Dimanche 13 décembre 2009 7 13 12 2009 19:41

http://herodote.net/Images/arbalete.jpg


Ce calendrier musulman ou islamique est aussi appelé Hijri.


Il fut précédé, chez les Arabes et avant l’avènement de l'Islam, par un calendrier luni-solaire, certainement d'origine araméenne et, plus loin encore, babylonienne, de 12 mois de 30 ou 29 jours avec intercalation de mois complémentaires. Antérieurement à l'Islam, les Arabes intercalaient donc un mois supplémentaire tous les deux ou trois ans pour garder une certaine synchronisation du calendrier lunaire et du calendrier solaire.

Les préceptes du Coran firent prendre un virage définitif à ce calendrier et le transformèrent en un calendrier purement lunaire en lui donnant une importance proprement religieuse.

Puisque la vérité est là, plongeons donc dans quelques versets du Coran pour comprendre la structure de ce calendrier :

Le nombre de mois, auprès d'Allah, est de douze [mois], dans la prescription d'Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés : telle est la religion droite. [Durant ces mois], ne faites pas de tort à vous-mêmes. Combattez les associateurs sans exception, comme ils vous combattent sans exception. Et sachez qu'Allah est avec les pieux. Sourate 9 - verset 36


Première conclusion : l'année comporte douze mois.

J'ajoute que les noms de ces mois sont différents de ceux des calendriers arabes pré-islamiques. Le tableau suivant donne la liste des noms anciens et des noms nouveaux étant entendu que des manières différentes de traduire l'Arabe peuvent donner lieu à des orthographes différentes. 


L'année musulmane se présente donc ainsi :

Nom du mois
Nombre de jours
Signification
1
Muharram
30
Déclarer sacré
2
Safar
29
Saison de la moisson
3
Rabi' al-awwal (Rabi I)
30
Automne
4
Rabi' al-thani (Rabi' II)
29
Automne
5
Jumada al-awwal (Jumada I)
30
Gelée
6
Jumada al-thani (Jumada II)
29
Gelée
7
Radjab
30
Sacrifice du chameau
8
Sha'ban
29
se ramifier
9
Ramadan
30
Grande chaleur
10
Chawwal
29
Enlever (la chaleur ?)
11
Dhu al-Qi'dah
30
S'agenouiller
12
Dhu al-Hijjah
29 ou 30
Se diriger vers (les lieux saints ?)

Le report d'un mois sacré à un autre est un surcroît de mécréance. Par là, les mécréants sont égarés : une année, ils le font profane, et une année, ils le font sacré, afin d'ajuster le nombre de mois qu'Allah a fait sacrés. Ainsi rendent-ils profane ce qu'Allah a fait sacré. Leurs méfaits leurs sont enjolivés. Et Allah ne guide pas les gens mécréants. Sourate 9 - verset 37


Deuxième conclusion : il est hors de question d'ajouter des mois intercalaires.

C'est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n'a créé cela qu'en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. 
Sourate
 10 - verset 5

Ils t'interrogent sur les nouvelles lunes - Dis : “Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hajj [pèlerinage]. Et ce n'est pas un acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l'arrière des maisons . Mais la bonté pieuse consiste à craindre Allah. Entrer donc dans les maisons par leurs portes. Et craignez Allah afin que vous réussissiez ! ”.
Sourate
 2 - verset 189


Troisième conclusion : Ce sont les phases de la lune qui déterminent la longueur des mois et des années.

...Mangez et buvez jusqu'à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l'aube du fil noir de la nuit .Puis accomplissez le jeûne jusqu'à la nuit... Sourate 2 - verset 196

Commencez à jeûner en voyant (le fin croissant lunaire) et cessez de jeûner (en le voyant). S'il (le fin croissant lunaire) reste caché, alors comptez 30 jours au mois de cha'ban. Hadîth de Muhammad.


Quatrième conclusion : Le début de ramadan, aussi applicable aux autres mois, est déterminé par l'observation visuelle du croissant lunaire : chaque mois débute quand le croissant de lune est visible après la nouvelle lune. Dans la pratique, deux témoins doivent rapporter cette visibilité à un juge qui, s'il est d'accord, communique cette annonce à l'interprète de la loi musulmane, le mufti.

Cette visibilité peut varier en fonction de facteurs météorologiques ou de localisation de l'observateur. D'autant plus que certains musulmans se basent sur un point de vue local. D'autres, au contraire, se basent sur le point de vue de l'autorité compétente dans le monde islamique.

Il est pratiquement certain qu'au début de l'Islam cette règle de début de mois par observation du premier croissant de Lune visible était strictement observée et que la durée des années était donc de 354 ou 355 jours. Source: louig.net

 

   http://aminour.unblog.fr/files/2008/09/ph0200771.jpg http://www.bestmarkdirect.com/images/te3mah1161467140zh9.gif  

 


Par Mehdi - Communauté : Agora
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 29 novembre 2009 7 29 11 2009 17:44
Un bon article tiré du site Clio qui met en avant les relations entre l'Italie et le Maghreb ainsi que la présence arabe maghrébine en Italie durant le Moyen Âge.

Au cœur de la Méditerranée, l'Italie occupe naturellement une zone de liaison entre Europe et Afrique du Nord. De razzias en expéditions, la Méditerranée fut, du VIIIe au XIIe siècle, le théâtre d'une longue période de déséquilibres géopolitiques, avant que les relations ne se stabilisent, ouvrant la voie à des échanges commerciaux de plus en plus fructueux. Georges Jehel, auteur de L'Italie et le Maghreb (PUF, 2001), nous retrace ici les grandes étapes des relations complexes qu'entretinrent ces deux grandes civilisations durant tout le Moyen Âge.


                      Cloître de Monreale en Sicile


L'Italie, carrefour de la Méditerranée


Sans s'enfermer dans un déterminisme si justement décrié, on ne saurait négliger la position d'intermédiaire de l'Italie, entre l'Europe et la Méditerranée, pour expliquer et caractériser la richesse de son patrimoine historique et sa place exceptionnelle dans la civilisation euro-méditerranéenne.

L'Italie est d'abord étroitement soudée aux Alpes : loin d'être une barrière, elles constituent une articulation dynamique vers la Mittel Europaqui s'est imposée sur les décombres de l'empire de Charlemagne pour donner naissance au Saint-Empire dont toute l'histoire est tournée vers Rome et la Sicile. Dotée de huit mille cinq cents kilomètres de côtes, si l'on compte les 3766 îles qui entourent la péninsule, l'Italie dispose d'une ouverture maritime exceptionnelle. Cela suffit à la situer dans une position privilégiée même par rapport aux autres grandes péninsules méditerranéennes, balkanique et ibérique. En effet, alors que ces deux dernières se trouvent en position périphérique et n'exercent d'influence directe que sur les zones occidentale et orientale de la Méditerranée, l'Italie occupe une position centrale et longitudinale qui en fait le centre de gravité d'un des foyers les plus importants de la civilisation. Le fait que l'Italie du Sud et la Sicile aient servi de cadre à l'expansion hellénique du VIIe au IIIe siècle av. J.-C., au point que cet ensemble reste connu sous l'appellation de Grande Grèce, suffit à montrer en quoi il s'articule à l'Orient. L'extension en longitude de l'Italie en situe l'extrémité méridionale à une latitude proche de celle de Bizerte. L'île italienne de Lampedusa est à la latitude de Kairouan. C'est donc à juste titre que l'Italie peut s'enorgueillir d'être le carrefour de la Méditerranée où viennent se rencontrer l'Asie, l'Afrique et l'Europe. La proximité de l'Afrique du Nord et de l'Italie crée entre ces deux ensembles des liens naturels que renforce la route des îles, Corse, Sardaigne, Sicile.


De Carthage à l'Africa romaine


Dès ses premières lueurs, l'histoire confirme sans équivoque cette vocation de l'Italie à relier l'Afrique à l'Europe. Autour de la Sicile s'est constitué un réseau géostratégique qui en a fait un enjeu de premier ordre pour tous les protagonistes de l'histoire de la Méditerranée. Dès l'époque mégalithique ont eu lieu des migrations de peuples dont les traces se retrouvent à Malte, en Afrique du Nord, en Sicile, en Sardaigne, en Corse. Les relations possibles entre ces foyers de forte et précoce humanisation ne sont pas attestées mais restent vraisemblables. Dès l'époque historique, l'arrivée des Phéniciens sur le littoral de l'actuelle Tunisie a donné à la région une impulsion décisive en multipliant les comptoirs en Sicile, en Sardaigne et en Corse, en rivalité avec les Grecs. Plus tard les guerres puniques, en mettant aux prises Rome et Carthage, ont montré toute l'importance de la relation entre l'Italie et l'Africa devenue sous la république l'une des plus belles provinces romaines.

La conquête de Carthage par les Arabes en 698 relança le dialogue entre deux mondes pour lesquels la Sicile devenait un trait d'union autant qu'une zone d'affrontement. Car pendant de longs siècles c'est en termes de conflit que s'établirent les relations entre l'Italie et l'Afrique du Nord devenue le Maghreb.



                                                                     
Résistance byzantine et razzias musulmanes


Bien qu'elle fût plus éloignée de leur base de départ, les Arabes investirent assez rapidement la péninsule Ibérique dont ils tenaient l'essentiel au tout début du VIIIe siècle. Il a fallu plus de cent ans pour qu'ils prennent pied en Sicile. Les distances comparées peuvent être un élément d'explication. Le plus court trajet entre l'Afrique et l'Espagne n'excède pas vingt-cinq kilomètres. Du cap Bon à la Sicile, la distance est de l'ordre de cent cinquante kilomètres. Compte tenu des conditions de navigation toujours difficiles dans cette région et des moyens encore sommaires de la marine de l'époque, l'entreprise n'était pas sans risque. Longtemps les Arabes se contentèrent de coups de main furtifs contre la Sicile et la Sardaigne. Il fallut attendre 703 pour voir le début d'expéditions plus déterminées. Jusqu'en 750 on en recense une vingtaine, organisées pour riposter aux tentatives byzantines de reprendre Carthage. De fait, la résistance byzantine éloigna le danger musulman jusqu'en 820. À cette date le projet de conquête de la Sicile prit forme à la cour aghlabide de Kairouan. Sa réalisation occupa tout un siècle, de 827 à 909. Elle correspondait au recul des capacités des Byzantins à se maintenir dans cette région.

C'est entre 840 et 950 que la puissance musulmane se déploya sous la forme de la ghazwa – la razzia – qui déferla sur toute l'Italie. Une de ses actions les plus retentissantes fut en 846 le sac de la basilique de Saint-Pierre de Rome, des faubourgs extérieurs à l'enceinte d'Aurélien et de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul.


De l'émirat de Bari aux incursions siciliennes en Tunisie


Jouant sur les conflits locaux, les musulmans réussirent à s'infiltrer dans les zones les plus stratégiques. Il leur arriva de contrôler le passage du col du Grand-Saint-Bernard. Après avoir été difficilement délogés de Bari où ils avaient fondé un émirat, ils contrôlèrent jusqu'en 915 une citadelle puissante sur le Garigliano. Il fallut une vaste coalition de Grecs et d'Allemands, agissant à la demande du pape, pour les expulser de la péninsule.

Un renversement s'opéra au cours du XIe siècle avec l'arrivée des Normands qui mirent leurs redoutables capacités guerrières au service du pape en 1059. Il leur fallut toutefois près de trente ans pour chasser les Arabes de Sicile. Pendant ce temps une réorganisation interne de l'Italie du Nord aboutissait à la naissance des républiques urbaines, Pise, Gênes et Venise, qui fondèrent leur puissance sur l'activité navale. Refoulés de Corse, les musulmans le furent aussi de Sardaigne, au plus tard en 1020. Dans le même temps les flottes pisanes et génoises portaient la contre offensive aux Baléares et au Maghreb. Cette stratégie culmina en 1088 avec le pillage du grand arsenal fatimide de Mahdiya en Ifriqiya. L'occupation du littoral tunisien par le roi de Sicile, Roger II, de 1148 à 1159 fut l'un des épisodes marquants de ce renversement de tendance.


Traités et marchés


À partir du XIIe siècle, bien que les signes d'une agressivité réciproque, canalisée par la piraterie et la course, soient loin d'avoir disparu, l'Italie et le Maghreb développèrent leurs relations dans le sens de leurs intérêts économiques. Le Maghreb, d'une part, connaissait une organisation politique plus ferme avec une succession de dynasties prestigieuses : Almoravide, Almohade, Mérinide, bien implantée au Maroc, Ziride et Hafside en Tunisie, qui en faisaient un interlocuteur avec lequel il était possible de conduire une négociation constructive ; d'autre part, l'Italie entamait un processus de développement économique qui nécessitait un approvisionnement en matières premières de toutes sortes et des marchés capables d'absorber ses productions. Si des pourparlers, dont nous avons des indices autour de 1150, commencent dès 1100, c'est à partir de 1180 que commence la série des traités entre les États maghrébins et italiens. Elle se poursuivit jusqu'au début du XVIe siècle qui voit un ordre nouveau s'instaurer avec l'arrivée des Turcs.

Autorisés à séjourner dans les principaux ports, dans des fondouks soumis à une réglementation rigoureuse, les Italiens y résident parfois pendant plusieurs générations tout en conservant leurs liens familiaux avec leurs métropoles. La principale finalité de ces établissements est d'ordre commercial. Tunis, Bougie et Ceuta, à un moindre degré Honein, Salé, Sfax, Djerba, deviennent des carrefours du commerce international en même temps que des relais d'import-export entre Venise, Gênes, Pise, Florence, Naples, Palerme et le Maghreb.


Draps, matières premières, or et épices


Sur les marchés du littoral maghrébin s'échangent des produits qui viennent autant de Lombardie ou de Toscane que de Flandre, de Bourgogne ou de Champagne. Draps divers, identifiés par leur couleur – vert, bleu, vermillon – vingtains de lin, futaines, canevas, toile, brunette, cendal, étamine, bagadelle. La pourpre et la soie viennent surtout de Ligurie ou de Toscane, de Lucques en particulier, mais ces étoffes de luxe peuvent aller du Maghreb en Italie. Ce sont cependant les matières premières, laines brutes, cuirs et peaux, alun de Tlemcen, de Bougie, de Sijilmassa qui constituent, avec certains minerais comme le cuivre, l'essentiel des exportations du Maghreb vers l'Italie pour approvisionner une production artisanale et industrielle diversifiée en plein essor au XIVe siècle. Une bonne partie de cette production vise le marché maghrébin sous forme d'outillages, de vêtements, d'objets manufacturés en bois ou en métal, parfois précieux.

L'Italie sert aussi de relais pour les épices qui viennent de l'Orient lointain, poivre, gingembre, cannelle, encens, laque, indigo, fegia, girofle, noix muscade, musc.

L'or occupe une place particulière dans ce trafic. Il vient du Niger transporté par les caravanes qui remontent vers Sijilmassa, l'ancienne métropole du Tafilalet, au sud du Maroc, pour chercher du sel. Depuis le IXe siècle, l'essentiel de cet or circule en poudre vers l'Andalus, mais une part en est captée par les Génois qui le diffusent sous forme de monnaie en Italie. Dans la région de Tabarka, en Tunisie, les Génois exploitent le corail, qu'ils redistribuent en Italie et ailleurs.



                    JPEG - 33.2 ko
                                         Palais de Palerme

Blé, vin et victuailles


Les produits alimentaires ne sont pas négligés. Dans le domaine des céréales, la vocation traditionnelle de la Sicile comme pivot du commerce italien en Méditerranée et au Maghreb se vérifie pleinement. Par l'intermédiaire de marchands pisans, Bougie et Tunis importent régulièrement d'énormes quantités de blé sicilien depuis Trapani, Sciacca, Messine, Palerme et Agrigente.

Mais les grandes villes d'Italie du Nord, Pise, Florence, Venise et surtout Gênes, dont la population connaît un essor considérable, ont aussi d'énormes besoins alimentaires. Aux XIVe et XVe siècles, le Maghreb devient un gros fournisseur de blé. Vers 1450, ce sont des cargaisons de plusieurs milliers de tonnes qui se déversent sur les marchés génois et florentins depuis Tunis, Bône, Stora, Bougie, Alger, Oran, Ténès. En retour, en dépit de l'interdiction qui porte sur la consommation de cette boisson en pays musulman, l'exportation de vin vers le Maghreb est régulièrement attestée. Elle fournit une consommation qui dépasse certainement les besoins des communautés européennes présentes dans le pays. Au XVe siècle, les Vénitiens sont étroitement impliqués dans ces exportations qui concernent souvent des vins grecs. Une société de marchands juifs exporte de Trapani, sur des bateaux vénitiens, du vin casher à destination de Tunis où réside une importante communauté juive.

De fait, c'est toute la gamme de l'alimentation qui circule alternativement entre les deux régions. La Sicile exporte du miel, du beurre, du fromage et du thon à Tunis, mais au XVe siècle, les Italiens en importent de Sousse et de Sfax qui est avec Djerba le grand port d'exportation d'huile. Châtaignes, figues et autres fruits secs sont expédiés vers le Maghreb en échange de dattes et de sucre de canne dont l'exploitation s'est propagée en Sicile.


Influences culturelles entre Italie et Maghreb


Sans avoir la même densité, sauf en Sicile où elle se pérennisa sur plus de deux siècles, la présence maghrébine est localement bien attestée en Italie au Moyen Âge, notamment dans les grands ports qui eurent les relations les plus suivies avec le Maghreb, Gênes et Pise. Elle semble moins nette à Venise ou Naples.

Les relations politiques et économiques intenses qui se sont prolongées sur plusieurs siècles ont eu de multiples incidences culturelles. Sur le plan religieux, rappelons que l'Afrique du Nord a été dans l'Antiquité fortement christianisée et que des communautés chrétiennes s'y sont maintenues dans la précarité jusqu'au XIIe siècle environ.

Dans le domaine linguistique, on observe dans le suivi des échanges commerciaux et la diplomatie, que le latin reste pratiqué par les musulmans, puisque les traités sont souvent traduits en arabe, et que l'arabe est étudié à Gênes et à Pise.

En Toscane comme en Ligurie la diffusion d'anthroponymes d'origine arabe témoigne d'une forte imprégnation interculturelle. Des noms italiens comme Tabacco, Maruffo, Maraburlo, Sarraceno, Marabotto, Taibbi, sont vraisemblablement d'origine arabe, sinon maghrébine. L'importation d'esclaves africains en Italie a renforcé ce trait anthropologique. D'autres apports dans l'architecture, le décor, la mode, l'art culinaire ont enrichi une relation que tout favorisait.    Par Georges Jehel


Géographie d'al-Idrissi , une carte réalisée par le plus grand savant musulman de Sicile, étonnante par sa précision dans le contexte médiéval ou musulman classique. 
Par Mehdi - Communauté : Passion Histoire
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 15 novembre 2009 7 15 11 2009 16:32

                  
                                                 Haroun al Rachid et l'ambassade de Charlemagne.


Les règles de la diplomatie islamique ont été définies en référence à la vie du prophète et aux formes des relations extérieures qui se sont imposées lors de la constitution du jeune Etat musulman. Cette diplomatie est fondée sur une bipartition du monde, dans le droit islamique, entre le territoire de l’Islam (dâr al-islâm) d’un côté, auquel est réservée la paix – on justifie toute guerre contre un autre Etat musulman en accusant le souverain d’être un mécréant –, et le territoire de l’incrédulité (dâr al-kufr) dominé par des Etats non musulmans. La guerre est l’état normal des relations avec le dâr al-kufr. Mais celui-ci est lui-même divisé en deux entités, le territoire de la guerre (dâr al-harb) et le territoire de l’accord (dâr al-‘ahd). La guerre est officielle avec le dâr al-harb, alors que les pays du dâr al-‘ahd sont ceux qui bénéficient d’un traité avec l’Etat musulman. En principe, toutefois, aucun traité de paix ne peut être signé avec les pays non musulmans, si bien que les accords de paix ne sont, en fait, que des trêves (hudna) dont la durée normale est de dix ans – cela en référence à la première trêve contractée par le prophète Muhammad avec les Qurayshites païens de la Mecque à al-Hudaybiya en 628.

Les négociations pour l’établissement de trêves, de traités d’alliance ou de commerce, constituent l’essentiel de la diplomatie islamique. A cet effet, se constitue, dès les premiers temps de l’Islam, une chancellerie, d’abord modeste, mais qui s’étoffe à partir de la stabilisation territoriale de l’empire, sous les califes abbassides. Cette chancellerie a pour vocation de recevoir et de rédiger des lettres entre les souverains. La complexification des relations diplomatiques a incité à une définition de plus en plus précise de la forme des actes et du protocole, dont témoignent d’épais manuels de chancellerie comme celui rédigé par al-Qalqashandî (XIVe siècle), administrateur du sultanat mamelouk.

La communication de ces lettres ainsi que les négociations et la signature de traités sont assurés par des émissaires (safîr), les traités étant par la suite ratifiés par le serment du souverain. Les envoyés en terre étrangère n’avaient donc une fonction d’ambassadeur que pour le temps de la mission. Cette charge était confiée à des dignitaires de l’Etat ou des notables, en général des gens connaissant d’autres langues, notamment des dhimmîs (des non musulmans sujets d’un Etat musulman), par exemple les évêques chrétiens délégués par le califat de Cordoue auprès des souverains chrétiens.

Toutes ces ambassades sont l’occasion d’échanges de cadeaux de prix, animaux, tissus précieux, livres, etc. Lors de la réception d’une ambassade, le souverain cherche à impressionner l’émissaire en faisant étalage de richesses, d’armes, de raretés, de soldats, afin d’afficher sa supériorité sur le maître de l’ambassadeur. Ainsi lors de l’ambassade franque au Caire en 1167, la réception des émissaires du roi Amaury Ier est somptueusement organisée, et les fastes et richesses du califat fatimide sont exposés tout le long de leur itinéraire dans le palais. L’arrivée ou l’envoi d’un ambassadeur est donc un événement décisif, marquant l’ouverture de relations diplomatiques entre deux souverains, et qui impose le respect d’un certain nombre de conventions et d’un apparat protocolaire.

Il existe différents types de traités. Premièrement, les traités de soumission – nombreux lors de la grande période d’expansion de l’islam – permettent au vaincu de conserver sa liberté en échange de sa soumission au califat et du paiement d’un tribut.

On trouve aussi plusieurs traités d’alliance, dont celui contracté entre le calife Hârûn al-Rachîd et l’empereur Charlemagne. Ces alliances peuvent donc être conclues entre chrétiens et musulmans, comme cela s’est souvent vu lors des Croisades. Certaines alliances politiques ont pu être concrétisées par une alliance matrimoniale, comme le mariage dont est issu ‘Abd al-Rahman Sanchuelo (qui règne sur Cordoue en 1008-1009), petit-fils du régent d’al-Andalus al-Mansûr et du roi de Navarre Sancho. Ces mariages avaient pour fonction de renforcer les alliances contractées entre les souverains.

Les traités de trêves sont très nombreux, puisque la paix ne pouvait se maintenir officiellement qu’avec la reconduction des trêves. Les relations diplomatiques intenses entre les souverains musulmans et l’empire byzantin avaient ainsi différents objectifs (échange de prisonniers, libre circulation des marchands, mais aussi envoi d’un artisan ou d’un artiste auprès de l’autre cour, etc.), mais étaient généralement assorties d’une clause de trêve.

Avec le développement du commerce européen, notamment italien, en Méditerranée, les traités de commerce se sont multipliés à partir du XIIe siècle : un des plus anciens exemples de traité de commerce formellement rédigé article par article étant signé entre Gênes et l’émir de Majorque en 1184. Ces traités prenaient une forme nouvelle : il ne s’agissait pas d’accords bilatéraux mais de proclamations unilatérales, de décrets, dans lesquels le souverain musulman accordait des privilèges aux marchands de telle cité italienne ou de telle nation européenne. Les principales dispositions de ces actes sont : la sécurité des personnes et des biens (amân), l’exterritorialité (avec la constitution d’une juridiction consulaire, et des modalités d’application variables), l’abolition de la responsabilité collective. Ils définissent aussi le régime fiscal, précisent la fondation (ou non) d’un établissement permanent (un funduq), etc. Des consuls sont donc nommés par les cités italiennes et les autres nations présentes dans le pays. Ainsi, dès 1238, Venise a un représentant en Egypte. Le consul a une autorité juridique sur sa communauté, il est le représentant de son Etat mandataire, et le renseigne sur la situation du pays où il réside. L’octroi de ces privilèges permet aux Etats musulmans de se faire des alliés politiques au sein de la chrétienté, d’obtenir des marchandises et des matières premières rares et stratégiques, et surtout favorise le développement du commerce international, et donc des recettes douanières. L’aspect unilatéral de ces traités permet au souverain musulman de les dénoncer dès lors qu’il considère que le bénéficiaire (le musta’min) n’a pas respecté les conditions. Notons que les Etats musulmans n’ont pas sollicité de tels privilèges auprès des Etats d’Europe occidentale – mais certains accords entre le sultanat mamelouk et l’empire byzantin prévoient la liberté et la protection mutuelle des marchands de l’autre Etat.

Avec le triomphe de l’empire ottoman (XVIe siècle), Istanbul devient le seul centre diplomatique de la Méditerranée musulmane (à l’exception du Maroc, qui demeure indépendant). Toutefois, l’importance des communautés européennes et de leurs intérêts commerciaux dans certaines villes marchandes du Proche-Orient a incité certains Etats à nommer des consuls dans des localités de province, le premier cas étant la nomination d’un consul de France à Alexandrie en 1528. Les traités accordés par le sultan (les « capitulations ») gardent en général la forme de proclamations unilatérales jusqu’à la fin du XVIIe siècle et le début du déclin de l’empire. La paix de Carlowitz, signée avec la Sainte-Ligue (coalition de puissances européennes) en 1699, marque ce changement de style, de la proclamation au document négocié. Progressivement, l’empire ottoman cède de plus en plus de privilèges aux Etats européens, et d’empire conquérant devient « l’homme malade de l’Europe ». Ses pratiques diplomatiques se rapprochent alors des modèles européens, notamment avec l’ouverture de légations permanentes auprès des cours d’Europe à partir de 1792. Source: qantaramed.


                                                              Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier                                
                                        Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier.

Par Mehdi - Communauté : Agora
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 29 octobre 2009 4 29 10 2009 23:09

L’architecture s’est principalement développée en contexte urbain. La ville est à la fois centre religieux, politique, administratif et commercial, ainsi qu’un pôle où se diffuse le savoir. Au centre de la ville, la Grande Mosquée réunit le vendredi l’ensemble de la communauté musulmane. Avec l’accroissement urbain, les pôles religieux sont souvent démultipliés : chaque nouveau quartier s’organise autour de sa Grande Mosquée. La Grande Mosquée est entourée d’une zone commerciale, le sûq, dont les secteurs sont spécialisés, tandis que les édifices du pouvoir et de l’administration sont le plus souvent situés dans le voisinage de la mosquée.


                                                                               


La conquête de la Syrie et le choix de Damas comme capitale de l’Empire vont marquer à jamais l’architecture islamique, qui sera traversée, dès les Omeyyades, d’influences classiques et byzantines. La période omeyyade voit en effet la naissance d’un grand nombre de monuments, principalement des mosquées et des palais, aux éléments antiquisants fortement marqués : le Dôme du Rocher (691) à Jérusalem, qui reprend la forme octogonal du martyrium classique, et la Grande Mosquée de Damas (706-714), qui s’élève sur un site antique et incorpore des murs préexistants, sont ornés de mosaïques aux motifs romano-byzantins ; les « châteaux du désert » suivent le plan du castrum romain (‘Anjar) et sont décorés de fresques (Qusayr Amra, début VIIIe siècle) ou de mosaïques (Khirbat al-Mafjar, Qasr al-Hallabat et Qasr al-Hayr, VIIIe siècle) aux thèmes classiques. La conquête de territoires plus à l’Est se lit également dans l’architecture omeyyade : la salle de réception de la citadelle d’Amman est une pièce à quatre iwâns (salle voûtée ouverte sur une cour), couronnée d’un dôme, le décor en stuc de Khirbat al-Mafjar est inspiré de motifs sassanides et le décor du château de Mshattâ (743) réalise ces mêmes motifs dans la pierre.
Avec la révolution abbasside et le transfert du pouvoir à l’est, les traditions irano-sassanides sont de plus en plus importantes dans l’architecture, avec des édifices non plus en pierre, mais principalement en briques, ornés de stuc, de pierres et de peintures. Le schéma des mosquées se normalise avec la construction de vastes salles de prière hypostyle, généralement barlongues. Les variantes résident principalement dans la mise en valeur de l’axe du mihrab par l’élargissement de l’axe ou la présence d’une coupole, ainsi que dans le choix d’arcades perpendiculaires ou parallèles au mur de qibla, de colonnes ou de piliers, d’une couverture plate ou de voûtes. La création architecturale est stimulée par la fondation de villes nouvelles et de capitales par les souverains abbassides : la ville circulaire de Bagdad est fondée en 762 par al-Mansûr, tandis que la ville de Samarra, célèbre pour ses minarets hélicoïdaux, sera fondée par al-Mu‘tasim en 836.

En Afrique du Nord, l’influence mésopotamienne s’est mêlée au terreau classique et berbère, comme en témoignent les
carreaux lustrés du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle) ainsi que le minaret hélicoïdal et les décors de la mosquée Ibn Touloun (876-879) au Caire. À cette période s’y développent les mosquées à plan en T (Grandes Mosquées de Kairouan, de Tunis et de Sousse) et l’usage du ribat, « monastère-forteresse » pour les soldats engagés dans le jihad (Monastir, Sousse).

L’Andalousie est par excellence terre de mélange, comme en témoignent plusieurs éléments de son architecture : dans la Grande mosquée de Cordoue, la forme de l’hypostyle est combinée avec les traditions classiques et wisigothiques pour produire un style unique dans lequel se lit la nostalgie de l’architecture omeyyade de Syrie (arcature sur deux niveaux, mosaïque, ablaq ou alternance de pierres polychromes dans la maçonnerie).


                                     
                                                                 Mosquée de Tlemcen (Algérie)
À partir du Xe siècle, l’empire abbasside commence à se désagréger, occasionnant une régionalisation plus importante de l’architecture islamique.

En Égypte, les Fatimides fondent autour de 970 une nouvelle capitale, Le Caire, ville-palais réservée au calife, qui témoigne de la fusion qu’a réalisée l’architecture fatimide, entre traditions maghrébines et iraniennes (muqarnas ou niche à structure alvéolaire, arc à profil persan). Les mosquées (al-Azhar, 972 ou al-Hakim, 990-1013) présentent toujours le plan arabe traditionnel (nefs parallèles au mur de qibla et travée du mihrab mise en valeur). À partir de la construction d’une nouvelle enceinte par le vizir Badr al-Jamali, la pierre supplante la brique : ainsi, la façade de la salle de prière d’al-Aqmar (1125) transpose, dans la pierre, les motifs d’al-Azhar. C’est également à cette période que se développe l’architecture funéraire (nécropole d’Assouan, XIIe siècle). La conquête de la Syrie puis de l’Égypte par les Ayyoubides donne lieu à une architecture syncrétique, particulièrement lisible dans l’amélioration des techniques de la pierre de taille (arcs et voûtes à claveau) nécessaire à la solidité de l’architecture militaire (citadelles d’Alep et de Damas).

En Anatolie, les Seldjukides de Rûm transposent eux aussi dans la pierre les formes de l’architecture en brique héritée de leurs origines asiatiques et de leur passage en Perse : iwân à encadrement plat, pishtaks (grands portails), arcs brisés et voûtes en carènes et muqarnas. Cette architecture se caractérise à la fois par une économie structurelle et par un foisonnement décoratif. Les mosquées, à hypostyle, présentent des plans assez variés : arcades parallèles à Diyarbekir, Dunaysir et Mardin, mais perpendiculaires à Sivas, voûtes sur arcades croisées à la mosquée Ala ed-Din de Nigdé (1223). Les madrasas – à cour fermée par une coupole (madrasa Tchukur à Tokat, madrasa Karatay de Konya) ou ouverte et encadrée de deux ou quatre iwâns (madrasa Karatay à Antalya) – les tombeaux – turriformes (türbe) ou à coupole (kümbet) –, et les caravansérails (grands gîtes d’étapes pour les caravanes, avec muraille, cour et mosquée), sont alors érigés en nombre.

Au Maghreb et en Espagne, les visées réformatrices des Almoravides et des Almohades influencent fortement l’architecture, associant austérité – dans le travail des matériaux notamment (brique et pierre) – et goût marqué pour l’ornementation (décoration élaborée, arc polylobé, muqarnas). La Qarawiyin de Fès (1142), la mosquée de Tinmal (1153) ou la Kutubiya de Marrakech (1158) illustrent le maintien du plan maghrébin des mosquées en T. Le minaret carré, quant à lui, dérive du modèle de Kairouan (Kutubiya de Marrakech, Giralda de Séville).

Au milieu du XIIIe siècle, l’architecture islamique est traversée par deux courants principaux : l’architecture des Nasrides et des Marinides à l’ouest, et, à l’est, l’architecture des Mameluks.

L’architecture en Espagne et au Maroc se caractérise alors par sa profusion ornementale. L’Alhambra (1333-1391) illustre tout à fait cette richesse décorative avec coupoles à muqarnas, stuc ciselé, claustras ajourés (moucharabieh), céramique architecturale au répertoire géométrique fortement coloré, arcs polylobés et festonnés ou encore plafond marquetés. Cette virtuosité dans l’ornement caractérise également la construction des madrasas marinides (madrasa Attarin, al-Sahridj ou Bu-Inaniya à Fès).

En Syrie et en Égypte, les Mameluks, bien que fortement marqués par l’architecture ayyoubide (arrangement soigné de la maçonnerie, dépouillement des murs, finesse du décor, ablaq), s’inspirent également des formes architecturales de leurs prédécesseurs ou contemporains – Croisés du Levant (poliorcétique), persans (plan cruciforme inspiré des madrasa à cour, grands iwans) et seldjukides (appareillage de qualité, décor géométrique). La vitalité et la stabilité du régime mameluk ont contribué au développement d’une importante activité architecturale, dans des domaines très variés : édifices religieux (mosquée sultan Hassan au Caire, 1356-1362 ; madrasas du sultan Hassan au Caire, 1347-1361), funéraires (mausolée, complexe funéraire du sultan Qaytbay au Caire, 1472) ou commerciaux (suq al-Qattanin à Jérusalem, 1336 ; khan Yunis à Ghaza, 1387 ; caravansérails). Ces édifices sont caractérisés par leurs coupoles, leurs fins minarets, leurs portails monumentaux ornés de muqarnas. Les parements, discrets et sollicitant peu la couleur, sont ornés notamment de décors originaux, larges bandeaux épigraphiques ou blasons.

 
                                                 
                                                           Mosquée bleue d'Istanbul

À partir du XVIe siècle, la création de l’empire ottoman, en dépit de son étendue, concourt à l’élaboration d’un style architectural relativement homogène, répondant à de nouveaux critères de qualité. En raison d’un contexte historique troublé, son architecture ne va se stabiliser qu’à partir de la prise de Constantinople (1453) et la découverte de Sainte-Sophie. En effet, alors que les premières mosquées ottomanes sont hypostyles et couronnées de petites coupoles (Ulu Cami de Bursa ou Eski Cami de Edirne), l’architecture ottomane va développer, à partir du modèle de Sainte-Sophie, sa forme caractéristique : la mosquée à coupole centrale (mosquée Bayazid, Istanbul, 1501-1506), inscrite au centre de complexes religieux (kulliyés) aux fonctions multiples. Le célèbre Sinan va magnifier, sous l’impulsion de Soliman le Magnifique, l’architecture des mosquées ottomanes en leur conférant des proportions grandioses, en multipliant le contrebutement par des coupoles latérales et en affinant les minarets. Dans ses trois chefs d’œuvres, la Shézadé Djami (1543), la Suleymaniyé (1550) à Istanbul, et la Sélimiyé d’Edirne (1570), Sinan joue d’une lumière omniprésente, accentue la verticalité, et épure l’articulation des modénatures, afin de créer un espace allégé et limpide.

L’architecture islamique, quoique traversée par de multiples traditions, ne relève en aucun cas d’un agrégat de traditions locales ou dynastiques. Les architectes ont su transcender les héritages pour créer une esthétique architecturale propre, portant une attention singulière à l’ornementation (jeux de couleur, de relief, de matière) et reposant sur des éléments architectoniques récurrents (coupole, colonne, arcade). Qantara.



Exemple d'architecture islamique, la Grande Mosquée de Damas.
Par Mehdi - Communauté : Histoire
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 11 octobre 2009 7 11 10 2009 22:18

Vie de cour et art de vivre sont deux notions qui, en terres d’Islam, s’articulent autour de la figure du prince. Le culte de la personnalité et la valorisation du souverain sont à la base de la conception du pouvoir et de son exercice.

                                                  
                                        Cour intérieure
                                                                     Maison Nasride

Le cérémonial aulique, qui vit le jour dès l’époque omeyyade, est une composante essentielle de la vie de cour. Les califats omeyyade puis abbasside correspondent à une période de mise au point de règles de fonctionnement de ce cérémonial, qui furent ensuite sans cesse considérées comme des modèles. Inspiré des pratiques sassanides et byzantines, ce cérémonial très codifié visant à glorifier le monarque, est mis en œuvre à diverses occasions parmi lesquelles les audiences princières, publiques ou privées, tiennent une place primordiale.

Il semble que, en contexte islamique, la naissance du cérémonial aulique soit à mettre en rapport avec la pratique religieuse. En effet, les premiers califes, se réclamant de la succession du prophète Muhammad, tenaient une place centrale lors de la prière dans le cadre de la mosquée. Dès l’époque omeyyade, le cadre du cérémonial se déplace dans le palais. De nombreuses règles organisent absolument tout le déroulement des événements, du cheminement que doit suivre l’auditoire à travers les multiples salles et jardins du palais au placement des membres de la cour autour du calife. Parmi ces derniers, dont le nombre augmenta largement sous les Omeyyades – notamment sous le règne d’Abd al-Malik (r. 685-705) – certains occupent des fonctions qui existaient déjà en Iran sassanide, comme celle de chambellan. Les eunuques occupent dès cette période des fonctions privilégiées, faveur qui perdurera dans la vie des cours mamluke puis ottomane des siècles plus tard.

Lors des audiences, le calife se tient derrière un rideau, dont on ne sait pas précisément à quel moment ou occasion il est levé. Il reçoit en vêtements colorés, alors que les tenues blanches étaient réservées aux apparitions à la mosquée. Il est coiffé d’une couronne ornée de gemmes (tâj) ou d’un bonnet (qalansuwah), connu auparavant en Iran sassanide.

À l’époque abbasside, le cérémonial est en partie connu à travers les descriptions du Livre de la couronne. Les pratiques omeyyades perdurent, en particulier celle du rideau. Le calife arbore des accessoires emblématiques de sa fonction : le manteau du Prophète et le Coran d’Uthman, un des califes « bien guidés » des premiers temps de l’Islam, gendre du Prophète. Le récit de la réception d’une ambassade byzantine en 917 par le calife al-Muqtadir nous permet de reconstituer le parcours semé de merveilles emprunté par les visiteurs. Tout le palais avait été pour l’occasion orné de milliers de tentures et de tapis ; des objets en or, argent, pierres précieuses et bois exotiques, avaient été disposés en divers endroits. Les ambassadeurs furent conduits à travers le palais en passant par des jardins aux bassins de mercure, peuplés d’animaux exotiques. Ils ne franchirent pas moins de quatorze palais avant de parvenir à celui du Diadème, où le souverain vivait alors. Le calife, entouré par sa cour, donna enfin l’ordre d’actionner un mécanisme d’automates : une fontaine mécanique sortit alors du sol pour le plus grand émerveillement des invités.

Ces pratiques se transmirent aux époques postérieures, avec des variations dues aux spécificités de chaque entité culturelle. Les Turcs seljukides d’Iran introduisirent par exemple dans le cérémonial la valorisation des activités militaires, une tendance qui sera également suivie en Égypte mamluke (1250-1517), où une parade militaire hebdomadaire menait le sultan jusqu’au champ de manœuvre. Les Fatimides d’Égypte reprirent des éléments des cérémoniaux omeyyade et abbasside comme le rideau. Ils privilégièrent particulièrement les processions publiques au cours desquelles le calife apparaissait sous un parasol, entouré de ses dignitaires et de sa garde, selon un protocole attesté en contexte byzantin. Lors de ces sorties officielles, les honneurs de la foule étaient périodiquement accordés au calife.

Les fêtes publiques offrent une facette intéressante de la vie de la cour ; c’est, avec les processions publiques, une des rares occasions où la cour sort de l’enceinte du palais ou de la ville royale, pour se donner à voir au peuple.

                                                Pièces de jeu d’échec
                                                           pièces de jeu d'échec

L’activité diplomatique, qui se matérialise en partie à travers ces audiences, constitue un autre aspect de la vie de cour. Les contacts avec des cours étrangères, parfois européennes, permettaient d’établir des échanges politiques, économiques et culturels. Le phénomène est particulièrement bien documenté pour l’époque ottomane, durant laquelle les relations entre la cour turque, installée dans le palais de Topkapi à Istanbul, et les cours européennes furent particulièrement prospères : invitations d’artistes européens à Istanbul, réceptions d’ambassadeurs, échanges de courriers diplomatiques concernant des alliances politiques ou commerciales. La vision des visiteurs étrangers et les récits de leur expérience sont en Occident à l’origine d’une certaine vision de l’Orient, dans laquelle le luxe et le faste de l’art de vivre sont invariablement soulignés.

Les divertissements incarnent un autre aspect de l’art de vivre des cours islamiques. Si les notions de plaisir et de luxe sont étroitement liées à cet aspect de la vie de cour, ces activités sont également destinées à augmenter les vertus du prince et donc à le valoriser encore. C’est probablement pour cette raison que les plaisirs princiers trouvent une place si favorisée dans l’iconographie des arts islamiques.

La chasse, activité princière par excellence pratiquée dans les cercles de pouvoir depuis l’Antiquité (Assyrie, Iran sassanide), est un des passe-temps favoris du prince. Elle se déroulait notamment dans des paradeison, des jardins peuplés d’animaux destinés à la pratique cynégétique dont l’existence est attestée en Iran sassanide et dans l’empire byzantin. Le thème apparaît à plusieurs reprises dans les décors des palais islamiques.

La poésie est un art qui fut pratiqué par les princes eux-mêmes dès l’époque omeyyade. Occupant avant l’avènement de l’Islam une place importante de la vie intellectuelle en Arabie, les poètes furent particulièrement valorisés dans les cours islamiques, notamment à l’époque omeyyade en Syrie, et particulièrement en Andalousie, où, en célébrant l’Orient perdu, ils fournirent dans une certaine mesure une légitimation à cette dynastie nouvellement installée en Espagne. Ce phénomène, attesté dès l’époque sassanide, s’observe également dans les cours occidentales, où les poètes pratiquent leur art avant tout au service du pouvoir.

Musique et danse rythment la vie de cour, notamment pendant les banquets, dont on imagine, d’après l’étude de certains sites comme Khirbat al-Mafjar (Palestine, VIIIe siècle), qu’ils se déroulaient notamment à l’occasion des audiences princières. Ces activités étaient déjà très appréciées en Arabie à la Mecque et à Médine, tout comme en Iran sassanide où les musiciens et les danseurs appartenaient à la catégorie de courtisans regroupés sous le vocable de « maîtres de plaisir ». L’évocation de ce complexe palatial nous permet d’aborder rapidement le phénomène des bains, hérité du monde romain antique, qui connut une faveur exceptionnelle dans la civilisation islamique.

La consommation d’alcool qui, malgré les préceptes coraniques, paraît faire partie intégrante des habitudes princières et du cérémonial, semble empreinte d’une signification symbolique à rapprocher de l’exercice du pouvoir. Les sources attestent de la consommation de boissons alcoolisées dans le cadre de la vie officielle, comme c’était déjà le cas en Iran sassanide. Le thème de la coupe, peut-être remplie de vin, visible dans nombre de représentations figurées découvertes en contexte palatial, trouve probablement son origine dans les cultes antiques rendus à Bacchus ou Mithra.


                              La réception des Ambassadeurs
                                          Réception des ambassadeurs vénitiens à Damas.



Vidéo sur les arts de vivre issu du site Qantara de même que l'article: cliquez ici!

Par Mehdi
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Présentation

Les infos du moment

 Le saviez-vous?

Les Arabes sont considéré comme les inventeurs de l'hôpital psychatrique, en effet les bamaristan(s) (hôpitaux médiévaux du monde arabe et perse) avaient une partie consacré à ceux qui avait des problèmes d'ordre psychologiques ou mentaux. 

C'est le savant Al Jubayr qui a inventé le signe x en mathèmatique ainsi que l'algèbre.

Le déterminant El ou Al (le la en arabe) en espagnol est héritage arabe de la periode musulmane de l'Espagne (VIIIè-XVè).

Le personnage historique:


Peu connu en France, Ibn Battûta est pourtant l’un des plus grands explorateurs de l’Histoire.
Célèbre aventurier marocain du 14ème siècle, il entreprend à 22 ans, en 1325, une expédition épique à La Mecque, centre historique et culturel de l’Islam. Il rentre 29 ans plus tard, après avoir traversé le monde, de l’Afrique de l’Ouest, l’Espagne et l’Inde à la Chine et les Maldives, parcourant plus de 120 000 kilomètres, soit trois fois la distance parcourue plus tard par Marco Polo !

A la demande du Sultan de Fez, Ibn Battûta dictera ses souvenirs et livrera l’un des récits de voyage les plus célèbres du monde, le Rihla. Cet ouvrage est l’un des plus importants récits de voyage qui soit arrivé jusqu’à nous. Il reste toujours considéré comme une référence essentielle de l’histoire culturelle, architecturale, sociale, politique et géographique de bien des pays. Ibn Battûta demeure l’un des voyageurs les plus extraordinaires de l’histoire et le plus célèbre tangérois. Explorateur, globe-trotter, ambassadeur, jurisconsulte, courtisan, il était avant tout un homme lettré, curieux et ouvert sur le monde.

 

L'ouvrage du moment

Ibn Tufayl Le philosophe autoditacte (ed: mille et une nuits)


Le Philosophe autodidacte connut dès sa publication un immense succès. Véritable roman philosophique, dont la forme préfigure Gracián, Voltaire et Diderot, l'ouvrage relate la « formation » d'un homme isolé sur une île déserte. Hayy, le héros solitaire, mi-Robinson, part à la conquête de lui-même et du monde, et ses aventures nourrissent une réflexion sur les rapports de la nature et de la culture, de la civilisation et de la vie « sauvage ».

Le philosophe arabe Ibn Tufayl (1100-1181) fut le maître d'Averroès. Son oeuvre mêle la tradition mystique et le rationalisme, illustrant parfaitement la situation de l'Andalousie médiévale, carrefour entre Orient et Occident, entre Antiquité et modernité.

Recherche

Calendrier

Décembre 2009
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus