Mercredi 28 septembre 2011 3 28 /09 /Sep /2011 21:07

Voici un extrait du prochain ouvrage de Tariq Ramadan, professeur d'islamologie à l'université d'Oxford, portant sur les révolutions arabes. Une histoire du temps présent sur le monde arabo-musulman et sur ces bouleversements.


http://www.directmatin.fr/commun/n509x359/86/egyptiens-paris-f-tent-espoir-mocratie-pour-monde-arabe-45655.jpg


 

INTRODUCTION

 

Il n’est jamais facile d’analyser les situations à chaud, au moment où les événements se déroulent, alors que demeurent tant d’incertitudes sur la compréhension des causes, des faits eux-mêmes et de l’avenir. Cet ouvrage ne prétend pas révéler des secrets, dévoiler des stratégies plus ou moins bien intentionnées ou encore prédire l’avenir. Ce serait folie, ce serait prétentieux, ce serait vain et inutile. À l’heure où l’on parle de « printemps arabe », de « révolutions » et de « bouleversements » en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (Anmo), nous avons voulu revenir sur les faits, étudier les réalités et tenter de mettre en avant quelques enseignements pour le monde arabe et les sociétés majoritairement musulmanes elles-mêmes, mais également pour les observateurs de ces évolutions si étonnantes, si inattendues.

 

Que s’est-il donc passé en Tunisie et en Égypte, que se passe-t-il plus largement dans les deux régions constituant l’Anmo, pourquoi maintenant ? Telles sont les premières questions qui nous viennent à l’esprit et qu’il faut aborder en réétudiant le passé récent, les acteurs en présence, de même que les données politiques, géostratégiques et économiques. Seule une lecture holistique, comprenant ces trois dimensions, sera à même de nous donner quelques clés de compréhension. Face à l’ampleur du séisme qui secoue les pays arabes, une telle étude est impérative, si l’on veut évaluer les enjeux et accompagner ces sociétés vers la liberté, la démocratisation et l’autonomie économique.

 

Il nous est apparu nécessaire de nommer, ou plutôt de refuser de nommer trop vite les soulèvements arabes. Nous ne savons pas de quoi il s’agit exactement ni quels seront les résultats concrets de ces mouvements de masse non violents et transnationaux. Avec le monde, nous nous sommes réjouis et nous avons célébré la fin des dictateurs et de leur régime, mais à la suite de l’analyse des faits et d’un certain nombre de données objectives, nous exprimons un optimisme prudent et lucide. L’Histoire récente n’a pas encore fini de nous livrer ses secrets : nos analyses n’ont pas fini d’être revues, affinées et peut-être contestées

 

Ces soulèvements ne viennent pas de nulle part. Depuis 2003, avec de plus en plus de force, on entendait parler de la nécessaire démocratisation des pays de l’Anmo. Le président George W. Bush ne justifiait pas autrement l’intervention en Iraq, annonçant un programme plus vaste pour toute la région. Dès 2004, des séminaires de formation à la mobilisation non violente (dans la droite ligne de celle qui avait permis de faire chuter Milošević en 2000) sont offerts à de jeunes cyberdissidents de l’Anmo. En Serbie, dans le Caucase, en Europe de l’Est ou aux États-Unis, des institutions financées par l’administration américaine et/ou par de grandes compagnies privées (telles que Google), des conférences, des séminaires et des réseaux sont créés afin d’octroyer à de jeunes cadres des formations relatives, notamment, à la maîtrise des divers outils Internet et des réseaux sociaux (type Facebook ou Twitter).

Ces faits sont connus et ont été rapportés par les institutions formatrices ou les acteurs eux-mêmes, comme par la presse. Ils confirment une réalité : les gouvernements occidentaux connaissaient – et finançaient – ces formations, alors que les gouvernements de Tunisie, d’Égypte ou d’ailleurs en avaient également connaissance, puisque certains des cyberdissidents ont été interpellés et arrêtés à leur retour de formation, comme ce fut le cas en Égypte dès 2008. Ces faits sont tenaces ; il faut les étudier et les mettre en perspective si l’on veut avoir une meilleure compréhension des dynamiques et des enjeux.

 

Est-ce à dire, comme le pensent certains, que ces mouvements sont manipulés et que tout, au fond, est aux mains de « l’Occident », des États-Unis et de l’Europe ? Nous ne le pensons pas. Il y a loin entre déterminer ce qui était connu, contrôlé et parfois planifié, et conclure que les potentialités de l’Histoire se limitent aux tentatives de mainmise sur les événements. Il apparaît certes clairement que les États-Unis et l’Europe avaient décidé de changer de politique dans les deux régions. Soutenir inconditionnellement des dictateurs (désormais en fin de règne) et des régimes corrompus ne pouvait plus être viable ni efficace dans la perspective, en sus, de l’émergence de nouveaux acteurs politiques et économiques de poids tels que la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, voire la Turquie et le Venezuela. Une réforme s’imposait. Impossibles à contrôler, cependant, était l’étendue que prendrait le phénomène et la somme de sacrifices que les peuples étaient prêts à assumer pour recouvrer leur liberté.

Les mobilisations tunisiennes, puis égyptiennes – cette effervescence qui fleurissait sur la place de la Libération (midan at-Tahrir) – ont libéré des forces et des énergies insoupçonnées. Au Yémen, en Syrie, en Libye, au Maroc, à Bahreïn, des femmes et des hommes ont montré que, si l’instrumentalisation était parfois possible, le contrôle absolu des mouvements de masse ne l’était pas. Un verrou est brisé dans le monde arabe, dont il faut prendre acte lucidement, sans naïveté. Ce qui implique d’éviter tant l’idéalisme et l’optimisme béats de ceux qui sont aveugles aux manœuvres politiciennes que la paranoïa conspirationniste de ceux qui ne font plus confiance à la capacité des humains à rester sujets de leur Histoire. Des peuples ont montré qu’il était possible de déloger des dictateurs sans armes, par la force du nombre, dans une attitude pacifiste et positive : il y a quelque chose d’irréversible dans ces événements.

 

Le moment est historique, comme le sont les perspectives de sortir de l’époque des dictatures. Rien n’est joué, ces soulèvements ne sont pas encore des révolutions. De la Tunisie au Yémen, en passant par l’Égypte, la Libye, la Syrie, Bahreïn, rien n’est acquis : les processus démocratiques sont embryonnaires, la sécurité fragile et les armées toujours puissantes et aux aguets. Nul ne peut prédire l’avenir, et les tensions qui ont suivi les soulèvements, en Tunisie comme en Égypte, prouvent qu’il faudra encore du temps pour tourner le dos au passé et donner naissance à des sociétés ouvertes, pluralistes et démocratiques. Encore faudra-t-il que les acteurs desdites sociétés regardent les vrais défis en face et ne tombent pas, par exemple, dans le piège de la polarisation autour de débats stériles entre « laïques » et « islamistes ». Certes, il est des questions à clarifier sur le fond : nature de l’État, rôle de la référence religieuse, principes fondateurs de l’égalité des droits entre citoyens, notamment entre les femmes et les hommes, etc. Elles ne doivent pas réduire la discussion à la confrontation de deux approches respectivement en crise, comme cet ouvrage s’efforce de le montrer.

 

Déterminer les vrais enjeux, fixer des moyens et des priorités relatifs aux réformes sociales et politiques, accompagner l’émergence d’une vraie société civile, tels sont les chantiers qui attendent les intellectuels et les politiques, loin des débats tronqués et paralysants. C’est ce renouveau de fond, radical, que nous appelons de nos vœux, à l’heure où l’Anmo devient l’objet d’innombrables convoitises, pour des raisons tant économiques que géostratégiques.

L’heure est venue de cesser de blâmer l’Occident pour la colonisation et l’impérialisme du passé, ou encore pour les velléités de manipulation et de mainmise du présent. Les sociétés civiles arabo-musulmanes doivent se libérer de cette posture victimaire et se réconcilier avec le cours de l’Histoire, que des millions de femmes et d’hommes ont accéléré en descendant massivement dans la rue. C’est une responsabilité historique : il importe d’être lucide sur les enjeux, averti quant aux manipulations et toujours déterminé à réaliser les réformes qui s’imposent avec la participation des citoyennes et des citoyens de toutes classes sociales et de tous horizons religieux et culturels.

 

Ces soulèvements ont ouvert de multiples perspectives : rien n’est encore joué. Des choix s’imposent désormais. L’ancien couple « Islam et Occident » laisse désormais la place à des relations multipolaires où le Sud, l’Orient et l’Asie jouent un rôle original. Celui-ci est intéressant, même s’il n’est pas une garantie de plus de justice et de plus de démocratie (...) 

 

 

Source: http://www.tariqramadan.com/L-islam-et-le-Reveil-arabe.html

 

Par Mehdi - Communauté : Afrique et moyen orient.
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Dimanche 28 août 2011 7 28 /08 /Août /2011 17:12

Voici un documentaire en plusieurs parties diffusé par la télévision allemande sur l'histoire de la civilisation islamique, sa contribution scientifique, ses rapports avec l'Occident et ce qu'elle lui a transmis.

 

 

Partie 1

Partie 2.
 
Pour retrouver les parties 3, 4 et 5 rendez vous sur la liste des vidéos en y accédant via une des deux premières parties ci-dessus. Bon visionnage.

Par Mehdi - Communauté : Histoire
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Mercredi 27 juillet 2011 3 27 /07 /Juil /2011 21:40

Voici un bon numéro du Dessous des Cartes où Jean-Christophe Victor nous montre l'impact des sciences et de la culture arabo-musulmane sur le monde et l'Europe en particulier, mettant en lumière une partie de l'héritage musulman du Vieux Continent.

 

 

 

Par Mehdi - Communauté : Histoire
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Dimanche 26 juin 2011 7 26 /06 /Juin /2011 00:48

Abû ‘Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Idris al-‘Alî bi-amr Allâh al-Idrîsî dit al-Idrîsî est le géographe arabe le plus connu en Occident médiéval. Pharmacologue et géographe, il doit sa renommé à la rédaction du célèbre « Livre de Roger », Kîtab Rujâr. Tout part de la réalisation d’un grand planisphère en argent commandé à al-Idrîsî par Roger II, roi de Sicile, qui lui demande par la suite d’en rédiger le commentaire. Ainsi fut composé « L’Agrément de celui qui est passionné pour la pérégrination à travers le monde », le Kitâb Nuzhat al-mushtâq fî-khtirâq al-afâq, plus connu sous le nom de son royal commanditaire. Le livre développe tout ce que la carte ne pouvait traduire : la description de la nature, des distances, des récoltes, des commerces, des habitations et des constructions.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Al-Idrisi%27s_world_map.JPG

 Page du celèbre ouvrage géographique d'Al Idrissi représentant l'espace méditérannéen.

Selon les codes de la géographie arabe, le nord est ici en bas et le sud en haut.


Si nous connaissons assez bien l’environnement de la rédaction du Kitâb (ci-dessus), nous ne disposons que peu de détails sur la vie même d’al-Idrîsî, son ouvrage comme son nom. Seules ses nisbas peuvent constituer des éléments fiables pouvant nous renseigner sur sa personnalité et son histoire familiale et personnelle.

Al-Idrîsî serait attaché à la famille du Prophète, étant nommé descendant d’Abû Tâlib, oncle du Prophète, de ‘Alawî, descendant de ‘Alî, et encore de Hasanî, descendant de Hasan, dont il est fait mention part trois fois dans ses nisbas. Issu d’une famille marocaine remontant à Idris, d’où son nom Idrîsî, il est Hammûdî, membre de la branche ibérique des Idrissides.

Né probablement à Ceuta aux alentours de 1100 alors sous la domination de l’empire almoravide, il apparaît bien connaître l’Espagne, et il est entendu aujourd’hui qu’il a certainement effectué ses études à Cordoue alors centre intellectuel de l’Islam occidental.

Au vu de la rédaction du Kitâb et de ses précédents ouvrages de botanique, al-Idrîsî possède une solide culture en médecine ; il connaît bien les plantes, les poisons et les poudres dont il sait les qualités spécifiques, pharmacologiques et aphrodisiaques. Il possède un peu de latin, parle grec, et semble avoir beaucoup voyagé en Méditerranée. Le manque de sources fiables nous invite néanmoins à rester prudent sur les destinations et escales de ce grand voyageur. 

Selon l’introduction du Kitâb, al-Idrîsî serait certainement arrivé en 1139 en Sicile, le travail de collecte ayant duré quinze ans avant la mise en œuvre et donc la rédaction du célèbre ouvrage.

Ainsi al-Idrîsî commence à rédiger le Kitâb sur ordre du roi en 1154, un mois et demi avant la mort de Roger. L’ouvrage sera achevé sous Guillaume Ier, probablement vers 1157, date après laquelle on perd complètement la trace d’al-Idrîsî. Il serait mort vers 1165.

Al-Idrîsî est d’abord l’héritier de la tradition des géographes arabes, il est l’archétype parfait de ces écrivains et savants qui maintinrent vivace la culture arabe et ses traditions dans la Sicile des rois normands. Roger II quant à lui, illustre à merveille l’image du souverain savant, protecteur des arts et des savoirs, pragmatique dans la gestion de ses territoires et cherchant à affirmer le rayonnement culturel et scientifique de Palerme et la place privilégiée de la Sicile.  

Le travail du savant musulman est en droite ligne des traditions des géographes arabes mêlant l’étude technique et géographique comme politique et « culturelle » d’un territoire.

Dans son prologue, al-Idrîsî, se rapporte directement à douze livres arabes ; il cite ainsi dans le texte les ouvrages de Ptolémée (IIe siècle ap. J.-C.) perdu pour l’Europe occidentale mais préservé dans le monde musulman grâce à une traduction en arabe, d’Ibn Khurradâdhbih (de Bagdad, IXe siècle), de Jayhânî (Livre des routes et des pays, Xe siècle), de Qudâma (Xe siècle), de Hasan Ibn al-Mundar (Espagne, vers 950), de Mas’udî (Livre des merveilles, Xe siècle), d’Ibn Hawqal.

La destinée d’al-Idrîsî, savant musulman au service d’un roi chrétien, témoigne du bouillonnement, de l’effervescence et de la porosité culturelle de l’espace complexe qu’est la Méditerranée du XIIe siècle, au moment même où les relations entre chrétiens d’Occident, chrétiens d’Orient et musulmans se modifient.

L’émulation savante, la diffusion des connaissances, la confrontation des idées et des doctrines, font des places de convergences que sont entre autre la Sicile et l’Andalousie, de véritables carrefours où s’invente et s’affirme un syncrétisme politique et culturel.

Qantaramed

Par Mehdi - Communauté : Histoire
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Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 04:59

Lorsque le monde parlait arabe est un documentaire mettant en avant la brillance des sciences musulmanes à l'époque classique de l'Islam (époque médiévale). A travers ses contrées, nous est ici présenté l'histoire des sciences dans la civilisation islamique de ces débuts jusqu'à leur apogée. Des mathématiques à la philosophie, de la médecine à la botanique, de l'astronomie à la mécanique. Les apports et l'héritage scentifique de cette civilisation sont très bien retranscrit dans ce documentaire en 7 parties.

 

Les parties 3, 4, 5, 6 et 7 sont disponibles sur Youtube en y accédant à partir des vidéos ci-présentes.

 

 

 

 


Par Mehdi - Communauté : Histoire
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L'Empire arabo-musulman fût l'un des plus grands empires de l'histoire de l'Humanité et s'est constitué en moins d'un siècle, né d'une religion apparue en plein milieu du désert.

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Abou Al Qacim Al Zahrawi (latinisé Aboulcassis) est l'un des plus grands chirurgiens de tous les temps et sûrement le plus grand du Moyen Âge et de l'Islam classique, ses traités de chirurgie comportaient des descriptions d'instruments cliniques qu'il avait inventé (ophtalmologie, gynécologie), pratique de cautérisation. Traduit en Europe au XVème siècle, ils servirent pendant plus de 500 ans de références dans les universités d'Europe.  Cliquez ici pour découvrir ce personnage ! 

 

                                                                                                                       http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0e/17th_century_Persian_anatomy.jpg/383px-17th_century_Persian_anatomy.jpg

 

L'ouvrage du moment

  L'Emir Abdelkader face à la conquête française de l'Algérie, de Mehdi Benchabane (ed: Edilivre)

L émir Abdelkader face à la conquête française de l Alg
L'émir Abdelkader (1808-1883) est aujourd'hui considéré comme étant l'Algérie incarnée en homme, sa personne et son oeuvre constituent un formidable révélateur des relations franco-algériennes au cours du XIXème siècle, et également de la position de l'islam face à la colonisation. C'est ainsi que sa lutte contre la France coloniale entre 1830 et 1847 se distingue par une persévérance et une durée surprenantes au vu de ses forces militaires. Celle-ci s'est appuyée sur une intelligence tactique, une foi musulmane profonde imposant une éthique de vie, et un véritable sens du dialogue avec les différents acteurs du conflit. Cet ouvrage met ainsi en lumière les raisons de cette résistance exceptionnelle.
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