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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 12:19

La grande période de la science arabe se situe au Moyen Age, entre la fondation de Bagdad en 762 et la fin du XIVe siècle. Elle naît au milieu du VIIIe siècle sous les Abbassides, qui, avec les arts, en favorisent le développement. Astronomes, mathématiciens, médecins et philosophes vivent souvent dans les cours princières, et toute entreprise culturelle ou scientifique bénéficie des subsides du pouvoir: le mécénat sera le mode de fonctionnement institutionnel de la science arabe médiévale.

Science qui, au demeurant, est loin d'être exclusivement le fait d'Arabes proprement dits: certains savants sont, suivant les époques et les zones d'influence, turcs, kurdes, persans, andalous, etc. De même, elle n'est pas non plus exclusivement islamique: si la majorité de ces savants étaient musulmans, cependant certains étaient juifs ou chrétiens. En définitive, c'est d'abord la langue qui unifie tout le monde arabe médiéval, de l'Atlantique à l'Iran.




Jusqu'au IX e  siècle, les savants arabes vont se contenter, comme les moines européens, de traduire les textes des Anciens. Ils traduisent les œuvres majeures de la science grecque, les assimilent, mais les enrichissent assez peu, exception faite d'apports assez notables en mathématiques et en astronomie, lesquels sont cependant redevables à la traduction de certains textes indiens.  

 

Après le temps des grandes traductions arrive, au IX e siècle, celui d'une science proprement arabe représentée par al-Kharezmi, mathématicien et astronome, et al-Kindi, philosophe et géomètre. D'abord limitée à la Mésopotamie, elle s'étend progressivement, à partir du Xe siècle, au pourtour méridional du Bassin méditerranéen et en Espagne. A partir du XIe siècle, et jusqu'au XIVe siècle, une activité scientifique notable se développe dans des villes comme Bagdad, Le Caire et Kairouan ou, pour l'Espagne, Cordoue, Séville et Tolède. En Espagne, peu à peu reconquise par les chrétiens, de nombreux contacts vont se nouer entre la culture arabe et la culture chrétienne.  

Une bonne partie de ce que les savants avaient acquis de la science et de la philosophie grecque, et une partie non moins importante de ce qu'ils bâtirent à partir de cet héritage, ont été transmises à l'Europe, au XII e siècle, par des traductions faites en latin à partir de l'arabe. La science arabe assura ainsi le relais et la «continuité» de la science occidentale, au début comme à la fin de la période médiévale. Les noms de Djaber ibn Hayyan (chimie et alchimie), Mohammad ibn Moussa al-Khowarezmi (algèbre), Fakhr al-Din al-Razi dit Rhazès (médecine), Abou 'Abd Allah Mohammad ben Djaber ben Sinan al-Battani (astronomie), Avicenne (physique et médecine), al-Zarqali (astronomie et géographie) et Ibn al-Hattham dit «Alhazen» (optique et mathématiques) s'intègrent à la tradition intellectuelle occidentale tout autant qu'à la culture arabo-iranienne. Leurs œuvres ont joui d'un grand prestige en Europe, jusqu'à la fin du XVIIe siècle.


L'influence grecque et indienne
Pour l'essentiel, la science arabe est toujours restée grecque de caractère. Mais la science hellénistique, parente directe de la science arabe, avait incorporé des éléments orientaux. Plusieurs de ces éléments ont trouvé leur place directement dans la science arabe, comme le zéro et son utilisation dans le calcul, les chiffres dits «arabes» et certaines techniques trigonométriques et astronomiques - tous éléments venant de l'Inde. Cet enrichissement mutuel des idées grecques et indiennes explique les progrès importants accomplis dans les domaines de l'arithmétique, de l'algèbre et de l'astronomie, mais aussi certains résultats obtenus par les Arabes et qui n'ont pas leur origine dans la science antique des Grecs.  

 

Reste que, pour les savants médiévaux qui écrivaient en arabe, les Grecs représentaient l'autorité suprême: Euclide, Archimède et Apollonios de Pergé pour les mathématiques; Ptolémée pour l'astronomie; Gallien et Hippocrate pour la médecine. Cela ne signifie pas que les savants de l'islam médiéval furent de simples suiveurs. La civilisation islamique produisit un bon nombre de savants originaux - souvent d'origine iranienne - indépendants et doués d'un grand esprit critique, tels que al-Razi, al-Massoudi, al-Birouni et Alhazen. Mais leurs innovations dans les domaines de l'observation astronomique, de l'expérience médicale clinique et même de l'optique - science à laquelle Alhazen imprima un tournant décisif - ont été introduites dans le cadre général d'anciennes disciplines grecques ou d'après des modèles grecs; les critiques ont également été formulées selon les termes forgés par les fondateurs grecs.  

La science arabe n'a pas engendré de révolution scientifique comparable à celle que connut l'Europe aux XVI e et XVII e siècles. Mais l'idée selon laquelle la contribution islamique se serait bornée à préserver puis à transmettre l'héritage scientifique de l'Antiquité à l'Europe n'est que très partiellement exacte. A côté de ce passage de relais, pour un héritage qu'ils avaient maintenu vivant par leur enthousiasme et par leur participation active, les savants arabes ont également apporté des résultats substantiels entièrement de leur cru.  
 
Position dans le monde islamique
Le rôle de la science arabe dans la civilisation islamique n'est pas aisé à définir. On ne saurait maintenir que «les sciences rationnelles des Anciens» - par opposition aux «sciences islamiques» de l'exégèse coranique, des traditions, de la jurisprudence, etc. - ne sont jamais devenues parties intégrantes de la civilisation islamique: les sciences rationnelles ont vigoureusement prospéré en islam pendant presque quatre siècles. Bien qu'elles n'aient jamais fait partie des cursus officiels de l'éducation officielle, nous savons qu'elles étaient résolument encouragées - et pas simplement tolérées - par les souverains musulmans, qu'ils fussent sunnites ou chiites.  

Le problème du degré de pénétration des idées dérivées de la science et de la philosophie grecques dans les différentes classes et catégories de la société islamique ne saurait avoir de réponse uniforme pour toutes les périodes de son histoire. L'élite cultivée de Bagdad, au X e siècle, par exemple, avait une bonne connaissance de la philosophie grecque; elle utilisait les méthodes grecques d'argumentation. Certains de ceux qui faisaient leurs humanités en grammaire et en rhétorique étaient marqués, dans leurs recherches, par leur dépendance vis-à-vis de la logique aristotélicienne. La théologie islamique adopta la dialectique et la terminologie grecques dès son origine ou presque. Même le théologien orthodoxe al-Ghazali, qui soupçonnait que les sciences astronomiques et mathématiques avaient une influence pernicieuse, épargnait la logique grecque dans ses attaques, car il la considérait comme une étude propédeutique essentielle pour maîtriser la jurisprudence et le droit canon islamiques. Avant comme après le temps d'al-Ghazali, l'astronomie fut même proclamée au service de l'islam - parfois par des fonctionnaires chargés du calendrier musulman, dans les grandes mosquées - parce qu'elle fournissait la preuve de l'unicité de Dieu (article fondamental de la religion musulmane), de sa perfection et de sa sagesse.  

Des tentatives furent conduites pour concilier la philosophie rationnelle - dont les mathématiques et l'astronomie faisaient partie - et la religion islamique. Parmi les plus notables de ces tentatives, spécialement influentes dans les cercles chiites, il convient de mentionner les Epîtres des frères de pureté (ou «de Sincérité»), composées au X e siècle. Bien que ces tentatives aient généralement échoué, il serait erroné de conclure de cet échec à une condamnation des modes helléniques de pensée. A l'instar du philosophe Abou Ya'qoub Ishaq ibn Ahmad al-Sidjzi, dit Al-Sedjestani (X e siècle), certains de ceux qui n'avaient aucun intérêt pour ces conciliations étaient des amis sincères de la science hellénique tout autant que des musulmans convaincus et pratiquants. Au cours de la période finale de stagnation, seules les notions élémentaires d'astronomie et d'arithmétique restèrent enseignées pour des usages religieux limités: traitement des problèmes d'héritage, établissement du calendrier musulman, détermination de la direction de La Mecque.  
 

Les mathématiques
Ibn Musa al-Kharezmi inaugura, au début du IX e  siècle, un renouveau de l'algèbre. La manière est toujours rhétorique; l'algèbre arabe ne comporte pas de symboles, mais, par rapport à celle des Grecs, les algorithmes de calcul - du nom même du savant - se multiplient, notamment pour les extractions de racines carrées et cubiques ainsi que pour les calculs approchés. Cette algèbre s'inspire certes beaucoup de l'algèbre géométrique de Diophante, traduite dès le X e  siècle, mais, chez la plupart des mathématiciens arabes, elle se dégage peu à peu de la géométrie et devient une pratique autonome.  

D'autres questions sont également développées. Ainsi les frères Banû Musa, bien connus pour leurs recherches en mécanique, s'attachent à l'étude de la mesure des figures planes et sphériques. La construction des figures coniques ainsi que le problème des parallèles, en rapport avec le postulat  d'Euclide, ont suscité également de multiples travaux. 

La géographie
Hormis quelques dissidents, les Arabes demeurent fidèles au paradigme ptoléméen: Terre immobile; système de sphères; combinaisons de cercles pour expliquer les mouvements des planètes, de la Lune et du Soleil. Toutefois, grâce au bénéfice non d'une meilleure précision mais du temps qui s'est écoulé depuis Ptolémée, ils corrigent certains paramètres de son système, notamment la constante de précession des équinoxes. Ils sont aussi des calculateurs avisés de tables astronomiques et d'habiles constructeurs d'instruments de précision, tel l'astrolabe. 

La physique arabe
Le terme physique ne doit pas être compris dans son sens moderne. Il correspond ici à un ensemble de disciplines encore assez mal différenciées et portant essentiellement sur des questions de mécanique (statique et hydrostatique) et sur l'optique.  

Les études de mécanique portent principalement sur la détermination des centres de gravité, et des conditions d'équilibre, ainsi que sur l'usage de la balance. Ces travaux prolongent en particulier les recherches d'Archimède sur le centre de gravité et d'une façon générale sur les questions de statique. Sont également envisagés dans ce même champ de la mécanique ce qui concerne l'élévation des poids au moyen de machines ainsi que la transformation des mouvements. Les Mécaniques de Héron d'Alexandrie sont traduites par Qusta ibn-Luqûa, et les Banû Musa apportent d'intéressantes contributions à l'élaboration des machines simples ainsi qu'à l'étude des machines hydrauliques.   

L'importance et la richesse des travaux dans le domaine de l'optique est tout à fait remarquable. Si le nom d'Alhazen est bien connu par son œuvre principale, le Kitab al-Manazir, qui a exercé une influence déterminante sur le développement de l'optique jusqu'au XVII e  siècle - une traduction latine de l'ouvrage est donnée en 1672 en l'associant aux écrits de Witelo, qui seront repris plus tard par Kepler -, il importe également de rappeler le nom d'Ibn Sahl (X e  siècle), qui énonce sous la forme d'un rapport géométrique la loi de la réfraction, et celui de Kamal al-din al-Farisi qui, prolongeant les travaux d'Alhazen, donne une très belle théorie de l'arc-en-ciel et des réflexions dans une sphère cristalline.   
 

Géologie et Botanique
En géologie, science demeurée au stade embryonnaire pendant tout le Moyen Age, les Frères de la pureté (Akhwan el-Safa), auteurs, au X e  siècle, d'une Encyclopédie, ou Avicenne, au XI e  siècle, proposent des hypothèses concernant l'orogenèse, c'est-à-dire la formation des montagnes. D'autre part, seuls les Arabes s'intéressent aux minéraux d'un point de vue scientifique.  

En botanique également, ils continuent à étudier les plantes, mais à des fins uniquement pratiques. Même démarche en agronomie: la valeur agricole de certaines régions, surtout d'Espagne, est accrue par des travaux d'irrigation.  

Enfin, alors que la médecine occidentale est empreinte de magie et d'astrologie, la médecine arabe garde un caractère expérimental proche de la médecine grecque par les méthodes et les principes (importance de l'observation) ou de la médecine indienne par l'utilisation qu'elle fait de sa pharmacopée.




Voilà une vidéo interéssante mais peut être critiquable sur certains points, elle reste néanmons de bonne qualité montrant la multitude des inventions et  des perfections arabes (comme la torpille par exemple..!^^) avec le témoignage de nombreux historiens.

La video est en plusieurs parties, vous avez ci-dessus la première voici les autres:
partie 2
http://www.dailymotion.com/mychannel/TKFATPK/video/x6k80z_technologie-dorient-du-moyen-age-23_tech

partie 3
http://www.dailymotion.com/mychannel/TKFATPK/video/x6k7xq_technologie-dorient-du-moyen-age-33_tech

 

 

 


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Published by Mehdi
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L émir Abdelkader face à la conquête française de l Alg
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