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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 22:20

Les sciences humaines ont toujours eu une place importante dans le champ des sciences de la civilisation arabo-musulmane, elles sont marquées par leur spécifité et l'intêret qu'elles suscitent dans le monde musulman classique, notamment l'avance par rapport à d'autres civilisation dans ce domaine n'est pas à niée. Sont ici mis en lumière quatre domaine: l'histoire, la pensée politique, la philosophie et la géographie. Article intéressant tiré du site Qantara.

                                          Géographie d’al-Idrîsî         
                                                                       Carte d'Al Idrissi représentant la Sicile.  
      
L’histoire en Islam commence avec la relation des traditions concernant la geste du Prophète mais elle touche bien sûr alors à l’exégèse quand les événements rapportés concernent les circonstances de la révélation. La part importante des razzias dans ces informations a donné son nom au genre, à savoir les maghâzî ou « expéditions guerrières ». C’est avec Ibn Hishâm (IXe siècle) et al-Wâqidî (IXe siècle) que des maghâzî, on distingue des traditions qui sont complétées pour devenir la biographie du Prophète ou al-Sîra al-nabawiya. D’un point de vue stylistique, il s’agit de suite de khabar, « d’informations », qui, à l’instar des hadîth, sont rapportées par une chaîne de transmetteurs. La chronologie en détermine l’ordre et il n’y a pas de recherche de causalité. L’expansion du domaine musulman donne naissance à un genre historique propre, le Kitâb al-Futûh ou « Livre des conquêtes » dont on peut citer le Kitâb futûh Misr d’Ibn ‘Abd al-Hakam (IXe siècle) qui concerne l’Egypte, l’Afrique du Nord et al-Andalus ainsi que le Kitâb al-futûh d'al-Baladhuri du IXe siècle) qui traite de toutes les conquêtes dans un ordre géographique. A la même époque, apparaissent des histoires universelles allant de la Création jusqu’à l’époque de l’auteur. L’un des premiers représentants en est al-Ya’qûbî (IXe siècle) dont le Ta’rîkh (« Histoire ») est d’une grande importance, la première partie témoignant d’une connaissance des sciences hellénistiques, ainsi que des traditions chrétiennes et juives. Quant à l’histoire islamique, elle suit l’ordre des règnes. Cet aspect annalistique et chronologique prévaut chez les auteurs qui nous occupent et en font des chroniqueurs, plus que des historiens cherchant les raisons proches ou lointaines des changements qu’ils relatent. Ils appartiennent à une civilisation dont la religion est une sotériologie qui donne son sens à l’Histoire puisque après la Création, l’humanité a reçu ses prophètes et se dirige maintenant vers un jugement et un salut. Au nombre de ces chroniqueurs, il convient de mettre l’exégète et juriste al-Tabarî (Xe siècle) et son continuateur, Ibn al-Athîr (XIIe siècle).Un nom se détache cependant, c’est Ibn Khaldûn (m. 1406) dont la Muqaddima (« Introduction ») à son histoire universelle, Kitâb al-‘ibar, est une étude et une réflexion sur les causes qui provoquent les changements dans la communauté humaine.

Cette réflexion préoccupe aussi les juristes qui pensent la politique comme la mise en œuvre de principes en accord avec la révélation. Mais celle-ci reste vague (cf. Coran, III, 110 ; IV, 59 ; III, 159 et XLII, 38) et met en exergue trois éléments : pouvoir, commandement et consultation (hukm, amr et shûrâ). Les juristes spéculent alors sur la fonction et le rôle de l’imâma et du khalîfa, soit de la place et du rôle du calife. La réflexion d’al-Mawardî (XIe siècle) est, en ce sens, idéale car écrivant à une période où la puissance du calife est surtout théorique. En revanche, le rôle des juristes reste éminent pour l’application dans le domaine social de toutes les directives coraniques relatives à la vie en société. Enfin, la Cité est aussi pensée par certains philosophes qui élaborent une véritable philosophie politique, à l’exemple d’al-Fârâbî (m. 950), mais dont la réflexion reste essentiellement abstraite.


                                                                 Statue d'Ibn Khaldoun à Tunis

                                          Statue d'Ibn Khaldoun (Tunis) le père de la sociologie moderne.

La philosophie proprement dite, ou falsafa, naît de la traduction aux VIIIe et IXe siècles des ouvrages de philosophie antique (Platon, Aristote, etc.) et se trouve donc alimentée par un désir de rationalité qui la place à la lisière de la pensée islamique, dont le fondement reste la révélation. Les philosophes, falasîfa, appuient d’abord leurs réflexions sur la raison et les outils intellectuels qui en découlent comme la logique, pour être ensuite musulmans. Ils placent l’enseignement de la révélation à l’intérieur d’un cadre de pensée plus vaste : les notions cruciales de l’islam (création, unicité de Dieu, attributs, prophétie, sort de l’âme après la mort, etc.) sont vues à la lumière de la raison. Cette démarche commence en Orient avec al-Kindî (IXe siècle), se poursuit avec al-Fârâbî et atteint une première apogée avec Ibn Sînâ (Avicenne, m. 1037) qui élabore un véritable système. En Occident musulman, c’est au XIIe siècle que cette réussite apparaît au travers des œuvres d’Ibn Bâjja (Avempace) et d’Ibn Tufayl (m. 1185), célèbre pour son roman philosophique Hayy ibn Yaqzân. Enfin, les commentaires d’Ibn Rushd (Averroès, m. 1198) des ouvrages d’Aristote lui permettent de développer une pensée qui sera déterminante pour la scolastique en Occident, mais qui lui amènera également l’hostilité de ses coreligionnaires et l’autodafé de ses livres en Andalus. En effet, juristes et théologiens voient généralement d’un mauvais œil le questionnement de la révélation par la raison car cela peut aboutir à la mise en lumière d’apparentes contradictions chez la première.

Dans un autre domaine, la géographie constitue un champ vaste où plusieurs disciplines se croisent (géographie mathématique, sciences de la terre ou géographie humaine). Ici aussi, le legs hellénistique est important, pensons à la Géographie de Ptolémée, aux Météorologiques d’Aristote et, en particulier pour la géographie humaine, au traité d’Hippocrate Les airs, les eaux et les lieux ainsi qu’à son commentaire par Gallien. Celui-ci est largement cité par al-Ya’qûbî (IXe siècle), Ibn al-Faqîh et al-Mas’ûdî (Xe siècle) ou encore al-Marwazî (XIIe siècle). L’influence de l’héritage antique est d’ordre intellectuel : il veut conceptualiser le déterminisme géographique et donner des outils – et des préjugés – pour comprendre les différences observables entre les humains. 

                                                                 

                           Al Farabi, philosophe perse, 872-950 surnommé le Second maitre par Avérroès et Maïmonide.

Plus largement, aux IXe et Xe siècles, on retrouve dans les encyclopédies à la fois une description du monde sur le modèle ptoléméen ainsi qu’un grand nombre d’informations « ethnographiques » colportées par les commerçants ou rapportées par des ambassadeurs, tels que Ibrâhîm ibn Ya‘qûb en Europe, ou Ibn Fadlân chez les Bulgares de la Volga. Une « école » particulière de géographes apparaît au Xe siècle, c’est « l’école iranienne » ou d’al-Balkhî du nom de son premier représentant, elle se caractérise par un corpus d’une vingtaine de cartes, dont le commentaire prendra de plus en plus d’importance. Il faut citer al-Istakhrî, Ibn Hawqal et al-Muqaddasî qui écrit l’ouvrage où le désir de percevoir l’interaction entre l’individu et son terroir est le plus poussé. Après le XIe siècle, de nouveaux genres apparaissent caractérisés par la compilation mais importants par les auteurs ainsi conservés, pensons au traité d’al-Bakrî, si précieux pour le Maghreb, puis aux encyclopédies ou cosmographies comme celle d’al-Qazwînî, aux dictionnaires, en particulier, à celui de Yâqût, enfin aux ouvrages de synthèse comme le traité d’Abû l-Fidâ. Cette période voit aussi l’apparition de la « rihla » ou récit de voyage, avec Ibn Jubayr et ses émules comme al-Tijânî ou Ibn Battûta. Reste un auteur hors catégorie, al-Idrîsî, qui écrit pour Roger II de Sicile (m. 1154) une géographie universelle accompagnée de cartes.


Une vidéo est disponible sur la science et le savoir en en cliquant ici!      

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Published by Mehdi
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