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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 22:18

Vie de cour et art de vivre sont deux notions qui, en terres d’Islam, s’articulent autour de la figure du prince. Le culte de la personnalité et la valorisation du souverain sont à la base de la conception du pouvoir et de son exercice.

                                                  
                                        Cour intérieure
                                                                     Maison Nasride

Le cérémonial aulique, qui vit le jour dès l’époque omeyyade, est une composante essentielle de la vie de cour. Les califats omeyyade puis abbasside correspondent à une période de mise au point de règles de fonctionnement de ce cérémonial, qui furent ensuite sans cesse considérées comme des modèles. Inspiré des pratiques sassanides et byzantines, ce cérémonial très codifié visant à glorifier le monarque, est mis en œuvre à diverses occasions parmi lesquelles les audiences princières, publiques ou privées, tiennent une place primordiale.

Il semble que, en contexte islamique, la naissance du cérémonial aulique soit à mettre en rapport avec la pratique religieuse. En effet, les premiers califes, se réclamant de la succession du prophète Muhammad, tenaient une place centrale lors de la prière dans le cadre de la mosquée. Dès l’époque omeyyade, le cadre du cérémonial se déplace dans le palais. De nombreuses règles organisent absolument tout le déroulement des événements, du cheminement que doit suivre l’auditoire à travers les multiples salles et jardins du palais au placement des membres de la cour autour du calife. Parmi ces derniers, dont le nombre augmenta largement sous les Omeyyades – notamment sous le règne d’Abd al-Malik (r. 685-705) – certains occupent des fonctions qui existaient déjà en Iran sassanide, comme celle de chambellan. Les eunuques occupent dès cette période des fonctions privilégiées, faveur qui perdurera dans la vie des cours mamluke puis ottomane des siècles plus tard.

Lors des audiences, le calife se tient derrière un rideau, dont on ne sait pas précisément à quel moment ou occasion il est levé. Il reçoit en vêtements colorés, alors que les tenues blanches étaient réservées aux apparitions à la mosquée. Il est coiffé d’une couronne ornée de gemmes (tâj) ou d’un bonnet (qalansuwah), connu auparavant en Iran sassanide.

À l’époque abbasside, le cérémonial est en partie connu à travers les descriptions du Livre de la couronne. Les pratiques omeyyades perdurent, en particulier celle du rideau. Le calife arbore des accessoires emblématiques de sa fonction : le manteau du Prophète et le Coran d’Uthman, un des califes « bien guidés » des premiers temps de l’Islam, gendre du Prophète. Le récit de la réception d’une ambassade byzantine en 917 par le calife al-Muqtadir nous permet de reconstituer le parcours semé de merveilles emprunté par les visiteurs. Tout le palais avait été pour l’occasion orné de milliers de tentures et de tapis ; des objets en or, argent, pierres précieuses et bois exotiques, avaient été disposés en divers endroits. Les ambassadeurs furent conduits à travers le palais en passant par des jardins aux bassins de mercure, peuplés d’animaux exotiques. Ils ne franchirent pas moins de quatorze palais avant de parvenir à celui du Diadème, où le souverain vivait alors. Le calife, entouré par sa cour, donna enfin l’ordre d’actionner un mécanisme d’automates : une fontaine mécanique sortit alors du sol pour le plus grand émerveillement des invités.

Ces pratiques se transmirent aux époques postérieures, avec des variations dues aux spécificités de chaque entité culturelle. Les Turcs seljukides d’Iran introduisirent par exemple dans le cérémonial la valorisation des activités militaires, une tendance qui sera également suivie en Égypte mamluke (1250-1517), où une parade militaire hebdomadaire menait le sultan jusqu’au champ de manœuvre. Les Fatimides d’Égypte reprirent des éléments des cérémoniaux omeyyade et abbasside comme le rideau. Ils privilégièrent particulièrement les processions publiques au cours desquelles le calife apparaissait sous un parasol, entouré de ses dignitaires et de sa garde, selon un protocole attesté en contexte byzantin. Lors de ces sorties officielles, les honneurs de la foule étaient périodiquement accordés au calife.

Les fêtes publiques offrent une facette intéressante de la vie de la cour ; c’est, avec les processions publiques, une des rares occasions où la cour sort de l’enceinte du palais ou de la ville royale, pour se donner à voir au peuple.

                                                Pièces de jeu d’échec
                                                           pièces de jeu d'échec

L’activité diplomatique, qui se matérialise en partie à travers ces audiences, constitue un autre aspect de la vie de cour. Les contacts avec des cours étrangères, parfois européennes, permettaient d’établir des échanges politiques, économiques et culturels. Le phénomène est particulièrement bien documenté pour l’époque ottomane, durant laquelle les relations entre la cour turque, installée dans le palais de Topkapi à Istanbul, et les cours européennes furent particulièrement prospères : invitations d’artistes européens à Istanbul, réceptions d’ambassadeurs, échanges de courriers diplomatiques concernant des alliances politiques ou commerciales. La vision des visiteurs étrangers et les récits de leur expérience sont en Occident à l’origine d’une certaine vision de l’Orient, dans laquelle le luxe et le faste de l’art de vivre sont invariablement soulignés.

Les divertissements incarnent un autre aspect de l’art de vivre des cours islamiques. Si les notions de plaisir et de luxe sont étroitement liées à cet aspect de la vie de cour, ces activités sont également destinées à augmenter les vertus du prince et donc à le valoriser encore. C’est probablement pour cette raison que les plaisirs princiers trouvent une place si favorisée dans l’iconographie des arts islamiques.

La chasse, activité princière par excellence pratiquée dans les cercles de pouvoir depuis l’Antiquité (Assyrie, Iran sassanide), est un des passe-temps favoris du prince. Elle se déroulait notamment dans des paradeison, des jardins peuplés d’animaux destinés à la pratique cynégétique dont l’existence est attestée en Iran sassanide et dans l’empire byzantin. Le thème apparaît à plusieurs reprises dans les décors des palais islamiques.

La poésie est un art qui fut pratiqué par les princes eux-mêmes dès l’époque omeyyade. Occupant avant l’avènement de l’Islam une place importante de la vie intellectuelle en Arabie, les poètes furent particulièrement valorisés dans les cours islamiques, notamment à l’époque omeyyade en Syrie, et particulièrement en Andalousie, où, en célébrant l’Orient perdu, ils fournirent dans une certaine mesure une légitimation à cette dynastie nouvellement installée en Espagne. Ce phénomène, attesté dès l’époque sassanide, s’observe également dans les cours occidentales, où les poètes pratiquent leur art avant tout au service du pouvoir.

Musique et danse rythment la vie de cour, notamment pendant les banquets, dont on imagine, d’après l’étude de certains sites comme Khirbat al-Mafjar (Palestine, VIIIe siècle), qu’ils se déroulaient notamment à l’occasion des audiences princières. Ces activités étaient déjà très appréciées en Arabie à la Mecque et à Médine, tout comme en Iran sassanide où les musiciens et les danseurs appartenaient à la catégorie de courtisans regroupés sous le vocable de « maîtres de plaisir ». L’évocation de ce complexe palatial nous permet d’aborder rapidement le phénomène des bains, hérité du monde romain antique, qui connut une faveur exceptionnelle dans la civilisation islamique.

La consommation d’alcool qui, malgré les préceptes coraniques, paraît faire partie intégrante des habitudes princières et du cérémonial, semble empreinte d’une signification symbolique à rapprocher de l’exercice du pouvoir. Les sources attestent de la consommation de boissons alcoolisées dans le cadre de la vie officielle, comme c’était déjà le cas en Iran sassanide. Le thème de la coupe, peut-être remplie de vin, visible dans nombre de représentations figurées découvertes en contexte palatial, trouve probablement son origine dans les cultes antiques rendus à Bacchus ou Mithra.


                              La réception des Ambassadeurs
                                          Réception des ambassadeurs vénitiens à Damas.



Vidéo sur les arts de vivre issu du site Qantara de même que l'article: cliquez ici!

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Published by Mehdi
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commentaires

el halaissi 08/10/2016 18:02

cava tranquille le plagiat???
http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=861

L17 18/10/2009 23:14


Bonsoir Medhi,
Je découvre votre site aujourd'hui avec émerveillement et beaucoup de plaisir : de très belles pages pleines d'intérêt, harmonie de couleurs et magnifiques illustrations. Merci de nous faire
connaître et partager votre culture de l`Islam.
Amitiés.


Mehdi 19/10/2009 19:16


Merci beaucoup, je vous souhaite une bonne visiter sur Attarikh.


Doucepoésie 12/10/2009 11:28


Bonjour trés bel article et trés belle illustration également , merci de nous partager tes connaissances en ce domaine sur l'Islam .
Passe une délicieuse journée et une douce semaine sous le doux regard de Dieu , bises amicales Mimi.


Mehdi 12/10/2009 17:54


Merci pour ton message. Cordialement.


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