Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 23:09

L’architecture s’est principalement développée en contexte urbain. La ville est à la fois centre religieux, politique, administratif et commercial, ainsi qu’un pôle où se diffuse le savoir. Au centre de la ville, la Grande Mosquée réunit le vendredi l’ensemble de la communauté musulmane. Avec l’accroissement urbain, les pôles religieux sont souvent démultipliés : chaque nouveau quartier s’organise autour de sa Grande Mosquée. La Grande Mosquée est entourée d’une zone commerciale, le sûq, dont les secteurs sont spécialisés, tandis que les édifices du pouvoir et de l’administration sont le plus souvent situés dans le voisinage de la mosquée.


                                                                               


La conquête de la Syrie et le choix de Damas comme capitale de l’Empire vont marquer à jamais l’architecture islamique, qui sera traversée, dès les Omeyyades, d’influences classiques et byzantines. La période omeyyade voit en effet la naissance d’un grand nombre de monuments, principalement des mosquées et des palais, aux éléments antiquisants fortement marqués : le Dôme du Rocher (691) à Jérusalem, qui reprend la forme octogonal du martyrium classique, et la Grande Mosquée de Damas (706-714), qui s’élève sur un site antique et incorpore des murs préexistants, sont ornés de mosaïques aux motifs romano-byzantins ; les « châteaux du désert » suivent le plan du castrum romain (‘Anjar) et sont décorés de fresques (Qusayr Amra, début VIIIe siècle) ou de mosaïques (Khirbat al-Mafjar, Qasr al-Hallabat et Qasr al-Hayr, VIIIe siècle) aux thèmes classiques. La conquête de territoires plus à l’Est se lit également dans l’architecture omeyyade : la salle de réception de la citadelle d’Amman est une pièce à quatre iwâns (salle voûtée ouverte sur une cour), couronnée d’un dôme, le décor en stuc de Khirbat al-Mafjar est inspiré de motifs sassanides et le décor du château de Mshattâ (743) réalise ces mêmes motifs dans la pierre.
Avec la révolution abbasside et le transfert du pouvoir à l’est, les traditions irano-sassanides sont de plus en plus importantes dans l’architecture, avec des édifices non plus en pierre, mais principalement en briques, ornés de stuc, de pierres et de peintures. Le schéma des mosquées se normalise avec la construction de vastes salles de prière hypostyle, généralement barlongues. Les variantes résident principalement dans la mise en valeur de l’axe du mihrab par l’élargissement de l’axe ou la présence d’une coupole, ainsi que dans le choix d’arcades perpendiculaires ou parallèles au mur de qibla, de colonnes ou de piliers, d’une couverture plate ou de voûtes. La création architecturale est stimulée par la fondation de villes nouvelles et de capitales par les souverains abbassides : la ville circulaire de Bagdad est fondée en 762 par al-Mansûr, tandis que la ville de Samarra, célèbre pour ses minarets hélicoïdaux, sera fondée par al-Mu‘tasim en 836.

En Afrique du Nord, l’influence mésopotamienne s’est mêlée au terreau classique et berbère, comme en témoignent les
carreaux lustrés du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle) ainsi que le minaret hélicoïdal et les décors de la mosquée Ibn Touloun (876-879) au Caire. À cette période s’y développent les mosquées à plan en T (Grandes Mosquées de Kairouan, de Tunis et de Sousse) et l’usage du ribat, « monastère-forteresse » pour les soldats engagés dans le jihad (Monastir, Sousse).

L’Andalousie est par excellence terre de mélange, comme en témoignent plusieurs éléments de son architecture : dans la Grande mosquée de Cordoue, la forme de l’hypostyle est combinée avec les traditions classiques et wisigothiques pour produire un style unique dans lequel se lit la nostalgie de l’architecture omeyyade de Syrie (arcature sur deux niveaux, mosaïque, ablaq ou alternance de pierres polychromes dans la maçonnerie).


                                     
                                                                 Mosquée de Tlemcen (Algérie)
À partir du Xe siècle, l’empire abbasside commence à se désagréger, occasionnant une régionalisation plus importante de l’architecture islamique.

En Égypte, les Fatimides fondent autour de 970 une nouvelle capitale, Le Caire, ville-palais réservée au calife, qui témoigne de la fusion qu’a réalisée l’architecture fatimide, entre traditions maghrébines et iraniennes (muqarnas ou niche à structure alvéolaire, arc à profil persan). Les mosquées (al-Azhar, 972 ou al-Hakim, 990-1013) présentent toujours le plan arabe traditionnel (nefs parallèles au mur de qibla et travée du mihrab mise en valeur). À partir de la construction d’une nouvelle enceinte par le vizir Badr al-Jamali, la pierre supplante la brique : ainsi, la façade de la salle de prière d’al-Aqmar (1125) transpose, dans la pierre, les motifs d’al-Azhar. C’est également à cette période que se développe l’architecture funéraire (nécropole d’Assouan, XIIe siècle). La conquête de la Syrie puis de l’Égypte par les Ayyoubides donne lieu à une architecture syncrétique, particulièrement lisible dans l’amélioration des techniques de la pierre de taille (arcs et voûtes à claveau) nécessaire à la solidité de l’architecture militaire (citadelles d’Alep et de Damas).

En Anatolie, les Seldjukides de Rûm transposent eux aussi dans la pierre les formes de l’architecture en brique héritée de leurs origines asiatiques et de leur passage en Perse : iwân à encadrement plat, pishtaks (grands portails), arcs brisés et voûtes en carènes et muqarnas. Cette architecture se caractérise à la fois par une économie structurelle et par un foisonnement décoratif. Les mosquées, à hypostyle, présentent des plans assez variés : arcades parallèles à Diyarbekir, Dunaysir et Mardin, mais perpendiculaires à Sivas, voûtes sur arcades croisées à la mosquée Ala ed-Din de Nigdé (1223). Les madrasas – à cour fermée par une coupole (madrasa Tchukur à Tokat, madrasa Karatay de Konya) ou ouverte et encadrée de deux ou quatre iwâns (madrasa Karatay à Antalya) – les tombeaux – turriformes (türbe) ou à coupole (kümbet) –, et les caravansérails (grands gîtes d’étapes pour les caravanes, avec muraille, cour et mosquée), sont alors érigés en nombre.

Au Maghreb et en Espagne, les visées réformatrices des Almoravides et des Almohades influencent fortement l’architecture, associant austérité – dans le travail des matériaux notamment (brique et pierre) – et goût marqué pour l’ornementation (décoration élaborée, arc polylobé, muqarnas). La Qarawiyin de Fès (1142), la mosquée de Tinmal (1153) ou la Kutubiya de Marrakech (1158) illustrent le maintien du plan maghrébin des mosquées en T. Le minaret carré, quant à lui, dérive du modèle de Kairouan (Kutubiya de Marrakech, Giralda de Séville).

Au milieu du XIIIe siècle, l’architecture islamique est traversée par deux courants principaux : l’architecture des Nasrides et des Marinides à l’ouest, et, à l’est, l’architecture des Mameluks.

L’architecture en Espagne et au Maroc se caractérise alors par sa profusion ornementale. L’Alhambra (1333-1391) illustre tout à fait cette richesse décorative avec coupoles à muqarnas, stuc ciselé, claustras ajourés (moucharabieh), céramique architecturale au répertoire géométrique fortement coloré, arcs polylobés et festonnés ou encore plafond marquetés. Cette virtuosité dans l’ornement caractérise également la construction des madrasas marinides (madrasa Attarin, al-Sahridj ou Bu-Inaniya à Fès).

En Syrie et en Égypte, les Mameluks, bien que fortement marqués par l’architecture ayyoubide (arrangement soigné de la maçonnerie, dépouillement des murs, finesse du décor, ablaq), s’inspirent également des formes architecturales de leurs prédécesseurs ou contemporains – Croisés du Levant (poliorcétique), persans (plan cruciforme inspiré des madrasa à cour, grands iwans) et seldjukides (appareillage de qualité, décor géométrique). La vitalité et la stabilité du régime mameluk ont contribué au développement d’une importante activité architecturale, dans des domaines très variés : édifices religieux (mosquée sultan Hassan au Caire, 1356-1362 ; madrasas du sultan Hassan au Caire, 1347-1361), funéraires (mausolée, complexe funéraire du sultan Qaytbay au Caire, 1472) ou commerciaux (suq al-Qattanin à Jérusalem, 1336 ; khan Yunis à Ghaza, 1387 ; caravansérails). Ces édifices sont caractérisés par leurs coupoles, leurs fins minarets, leurs portails monumentaux ornés de muqarnas. Les parements, discrets et sollicitant peu la couleur, sont ornés notamment de décors originaux, larges bandeaux épigraphiques ou blasons.

 
                                                 
                                                           Mosquée bleue d'Istanbul

À partir du XVIe siècle, la création de l’empire ottoman, en dépit de son étendue, concourt à l’élaboration d’un style architectural relativement homogène, répondant à de nouveaux critères de qualité. En raison d’un contexte historique troublé, son architecture ne va se stabiliser qu’à partir de la prise de Constantinople (1453) et la découverte de Sainte-Sophie. En effet, alors que les premières mosquées ottomanes sont hypostyles et couronnées de petites coupoles (Ulu Cami de Bursa ou Eski Cami de Edirne), l’architecture ottomane va développer, à partir du modèle de Sainte-Sophie, sa forme caractéristique : la mosquée à coupole centrale (mosquée Bayazid, Istanbul, 1501-1506), inscrite au centre de complexes religieux (kulliyés) aux fonctions multiples. Le célèbre Sinan va magnifier, sous l’impulsion de Soliman le Magnifique, l’architecture des mosquées ottomanes en leur conférant des proportions grandioses, en multipliant le contrebutement par des coupoles latérales et en affinant les minarets. Dans ses trois chefs d’œuvres, la Shézadé Djami (1543), la Suleymaniyé (1550) à Istanbul, et la Sélimiyé d’Edirne (1570), Sinan joue d’une lumière omniprésente, accentue la verticalité, et épure l’articulation des modénatures, afin de créer un espace allégé et limpide.

L’architecture islamique, quoique traversée par de multiples traditions, ne relève en aucun cas d’un agrégat de traditions locales ou dynastiques. Les architectes ont su transcender les héritages pour créer une esthétique architecturale propre, portant une attention singulière à l’ornementation (jeux de couleur, de relief, de matière) et reposant sur des éléments architectoniques récurrents (coupole, colonne, arcade). Qantara.



Exemple d'architecture islamique, la Grande Mosquée de Damas.
Par Mehdi - Communauté : Histoire
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