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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 16:32

                  
                                                 Haroun al Rachid et l'ambassade de Charlemagne.


Les règles de la diplomatie islamique ont été définies en référence à la vie du prophète et aux formes des relations extérieures qui se sont imposées lors de la constitution du jeune Etat musulman. Cette diplomatie est fondée sur une bipartition du monde, dans le droit islamique, entre le territoire de l’Islam (dâr al-islâm) d’un côté, auquel est réservée la paix – on justifie toute guerre contre un autre Etat musulman en accusant le souverain d’être un mécréant –, et le territoire de l’incrédulité (dâr al-kufr) dominé par des Etats non musulmans. La guerre est l’état normal des relations avec le dâr al-kufr. Mais celui-ci est lui-même divisé en deux entités, le territoire de la guerre (dâr al-harb) et le territoire de l’accord (dâr al-‘ahd). La guerre est officielle avec le dâr al-harb, alors que les pays du dâr al-‘ahd sont ceux qui bénéficient d’un traité avec l’Etat musulman. En principe, toutefois, aucun traité de paix ne peut être signé avec les pays non musulmans, si bien que les accords de paix ne sont, en fait, que des trêves (hudna) dont la durée normale est de dix ans – cela en référence à la première trêve contractée par le prophète Muhammad avec les Qurayshites païens de la Mecque à al-Hudaybiya en 628.

Les négociations pour l’établissement de trêves, de traités d’alliance ou de commerce, constituent l’essentiel de la diplomatie islamique. A cet effet, se constitue, dès les premiers temps de l’Islam, une chancellerie, d’abord modeste, mais qui s’étoffe à partir de la stabilisation territoriale de l’empire, sous les califes abbassides. Cette chancellerie a pour vocation de recevoir et de rédiger des lettres entre les souverains. La complexification des relations diplomatiques a incité à une définition de plus en plus précise de la forme des actes et du protocole, dont témoignent d’épais manuels de chancellerie comme celui rédigé par al-Qalqashandî (XIVe siècle), administrateur du sultanat mamelouk.

La communication de ces lettres ainsi que les négociations et la signature de traités sont assurés par des émissaires (safîr), les traités étant par la suite ratifiés par le serment du souverain. Les envoyés en terre étrangère n’avaient donc une fonction d’ambassadeur que pour le temps de la mission. Cette charge était confiée à des dignitaires de l’Etat ou des notables, en général des gens connaissant d’autres langues, notamment des dhimmîs (des non musulmans sujets d’un Etat musulman), par exemple les évêques chrétiens délégués par le califat de Cordoue auprès des souverains chrétiens.

Toutes ces ambassades sont l’occasion d’échanges de cadeaux de prix, animaux, tissus précieux, livres, etc. Lors de la réception d’une ambassade, le souverain cherche à impressionner l’émissaire en faisant étalage de richesses, d’armes, de raretés, de soldats, afin d’afficher sa supériorité sur le maître de l’ambassadeur. Ainsi lors de l’ambassade franque au Caire en 1167, la réception des émissaires du roi Amaury Ier est somptueusement organisée, et les fastes et richesses du califat fatimide sont exposés tout le long de leur itinéraire dans le palais. L’arrivée ou l’envoi d’un ambassadeur est donc un événement décisif, marquant l’ouverture de relations diplomatiques entre deux souverains, et qui impose le respect d’un certain nombre de conventions et d’un apparat protocolaire.

Il existe différents types de traités. Premièrement, les traités de soumission – nombreux lors de la grande période d’expansion de l’islam – permettent au vaincu de conserver sa liberté en échange de sa soumission au califat et du paiement d’un tribut.

On trouve aussi plusieurs traités d’alliance, dont celui contracté entre le calife Hârûn al-Rachîd et l’empereur Charlemagne. Ces alliances peuvent donc être conclues entre chrétiens et musulmans, comme cela s’est souvent vu lors des Croisades. Certaines alliances politiques ont pu être concrétisées par une alliance matrimoniale, comme le mariage dont est issu ‘Abd al-Rahman Sanchuelo (qui règne sur Cordoue en 1008-1009), petit-fils du régent d’al-Andalus al-Mansûr et du roi de Navarre Sancho. Ces mariages avaient pour fonction de renforcer les alliances contractées entre les souverains.

Les traités de trêves sont très nombreux, puisque la paix ne pouvait se maintenir officiellement qu’avec la reconduction des trêves. Les relations diplomatiques intenses entre les souverains musulmans et l’empire byzantin avaient ainsi différents objectifs (échange de prisonniers, libre circulation des marchands, mais aussi envoi d’un artisan ou d’un artiste auprès de l’autre cour, etc.), mais étaient généralement assorties d’une clause de trêve.

Avec le développement du commerce européen, notamment italien, en Méditerranée, les traités de commerce se sont multipliés à partir du XIIe siècle : un des plus anciens exemples de traité de commerce formellement rédigé article par article étant signé entre Gênes et l’émir de Majorque en 1184. Ces traités prenaient une forme nouvelle : il ne s’agissait pas d’accords bilatéraux mais de proclamations unilatérales, de décrets, dans lesquels le souverain musulman accordait des privilèges aux marchands de telle cité italienne ou de telle nation européenne. Les principales dispositions de ces actes sont : la sécurité des personnes et des biens (amân), l’exterritorialité (avec la constitution d’une juridiction consulaire, et des modalités d’application variables), l’abolition de la responsabilité collective. Ils définissent aussi le régime fiscal, précisent la fondation (ou non) d’un établissement permanent (un funduq), etc. Des consuls sont donc nommés par les cités italiennes et les autres nations présentes dans le pays. Ainsi, dès 1238, Venise a un représentant en Egypte. Le consul a une autorité juridique sur sa communauté, il est le représentant de son Etat mandataire, et le renseigne sur la situation du pays où il réside. L’octroi de ces privilèges permet aux Etats musulmans de se faire des alliés politiques au sein de la chrétienté, d’obtenir des marchandises et des matières premières rares et stratégiques, et surtout favorise le développement du commerce international, et donc des recettes douanières. L’aspect unilatéral de ces traités permet au souverain musulman de les dénoncer dès lors qu’il considère que le bénéficiaire (le musta’min) n’a pas respecté les conditions. Notons que les Etats musulmans n’ont pas sollicité de tels privilèges auprès des Etats d’Europe occidentale – mais certains accords entre le sultanat mamelouk et l’empire byzantin prévoient la liberté et la protection mutuelle des marchands de l’autre Etat.

Avec le triomphe de l’empire ottoman (XVIe siècle), Istanbul devient le seul centre diplomatique de la Méditerranée musulmane (à l’exception du Maroc, qui demeure indépendant). Toutefois, l’importance des communautés européennes et de leurs intérêts commerciaux dans certaines villes marchandes du Proche-Orient a incité certains Etats à nommer des consuls dans des localités de province, le premier cas étant la nomination d’un consul de France à Alexandrie en 1528. Les traités accordés par le sultan (les « capitulations ») gardent en général la forme de proclamations unilatérales jusqu’à la fin du XVIIe siècle et le début du déclin de l’empire. La paix de Carlowitz, signée avec la Sainte-Ligue (coalition de puissances européennes) en 1699, marque ce changement de style, de la proclamation au document négocié. Progressivement, l’empire ottoman cède de plus en plus de privilèges aux Etats européens, et d’empire conquérant devient « l’homme malade de l’Europe ». Ses pratiques diplomatiques se rapprochent alors des modèles européens, notamment avec l’ouverture de légations permanentes auprès des cours d’Europe à partir de 1792. Source: qantaramed.


                                                              Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier                                
                                        Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier.

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Published by Mehdi
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commentaires

L17 20/11/2009 21:46


Article intéressant illustré par le magnifique tableau de Julius Köckert, peintre allemand.
Pourriez-vous indiquer dans quel musée il se trouve ?
Un grand merci.
Votre site est très beau : il est vrai que l'Islam a excellé de tous temps dans les Arts.
Cordialement.


Mehdi 21/11/2009 20:13


Merci pour votre commentaire. En effet, ce tableau de Julius Köckert est vraiment remarquable.

Malgré mes recherches je n'ai pas trouvé dans quel musée il se trouve, je tâcherais de trouver cela. 

Cordialement, Mehdi. ;) 


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