Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 16:50

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/ChristianAndMuslimPlayingChess.JPG

Chrétiens et musulmans jouant aux échecs, extrait de l'ouvrage Livre de Jeu d'Alphonse X le Sage. 1251-1283

 

[...] Autre jeu adopté très tôt en Islam, les échecs ou shatranj. Ce jeu de stratégie militaire serait né en Inde, au VIe ou VIIe siècle de notre ère. À l’origine, il opposait sur un plateau deux armées symboliques composées de quatre corps militaires, comme celle qu’affronta Alexandre le Grand dans sa marche vers l’Inde : chariots, éléphants, cavalerie et infanterie, autour d’un roi et de son ministre. L’apparence et le nom des pièces, leurs déplacements et le plateau lui-même subirent de nombreuses variations au fil du temps. Le jeu passa en Perse sous les Sassanides (226-637) puis se développa fortement en terres d’Islam, notamment dans les hautes sphères de la société. Sous la dynastie abbasside, au IXe siècle, naquit une littérature dédiée à ce jeu et ses règles. Pour la période islamique, les plus anciens pions conservés aujourd’hui remontent au IXe siècle et furent mis au jour en Iran, à Nichapur . Ces pièces pouvaient être réalisées en ivoire ou encore en cristal de roche et pierres précieuses . Elles constituaient alors de véritables objets de collection et semblent avoir séduit l’Occident avant le jeu proprement dit : arrivées par voie diplomatique, commerciale ou encore comme butin de guerre − suite aux Croisades notamment − elles furent précieusement conservées dans les trésors d’église. Outre la préciosité des matériaux employés, les pièces étaient auréolées de légendes liées à leurs origines orientales et supposément royales : les plus fameuses sont peut-être celles dites « de Charlemagne », réalisées en ivoire d’éléphant. Conservé depuis les années 1270, voire plus tôt encore dans le trésor de l’abbaye de Saint-Denis, le jeu aurait été offert au souverain par le célèbre calife de Bagdad Hârûn al-Rashîd (r. 789-809), un des héros des Contes des Mille et Une Nuits. Charlemagne est né bien trop tôt pour avoir pu jouer aux échecs, mais cette attribution conférait aux pièces un immense prestige politique et symbolique, qui rejaillissait sur l’abbaye détentrice de ce trésor.


Le jeu à proprement parlé parvint en Occident peut-être dès le milieu du Xe siècle, par Byzance et par l’Espagne, la Sicile et l’Italie du Sud, terres d’intenses échanges culturels. Le célèbre Livre des jeux réalisé en 1283 pour Alphonse X le Sage, roi de Castille et de León, contient de nombreuses illustrations de parties d’échec, dans lesquelles s’affrontent parfois un joueur chrétien et un musulman, distingués par leur costume. Les Scandinaves, qui commerçaient avec l’Empire byzantin, introduisirent le jeu par le Nord de l’Europe, au début du XIe siècle. L’Église romaine d’Occident comme l’Église grecque byzantine lui réservèrent un accueil défavorable, notamment dû au fait que, dans les premiers temps, on y jouait avec des dés comme en Orient. Si quelques souverains particulièrement pieux comme Saint Louis s’y opposèrent fortement − Joinville raconte ainsi qu’en 1250, le roi cinglant vers la Terre Sainte jeta par-dessus bord l’échiquier avec lequel ses frères étaient en train de jouer − la plupart l’adoptèrent rapidement, certains comme l’empereur Frédéric II (m. 1250) s’y adonnèrent même avec passion. Au milieu du XIIIe siècle, le jeu, adapté à la mentalité et aux symboles du système féodal faisait partie intégrante de la société courtoise. Les objets d’art , mais aussi les chansons de geste  et les romans courtois mettent en scène des parties d’échec allégoriques : Tristan et Yseult s’adonnent ainsi à une partie d’échec à bord du bateau qui les emmène à la cour du roi Marc.


Suite à la découverte, dans le trésor du palais de Topkapi à Istanbul, d’une série de cartes à jouer mamlukes remontant probablement au XVe siècle, L. A. Mayer démontra de façon convaincante que ces cartes étaient sans doute les ancêtres des jeux européens. Ces cartes, peintes à la main en bleu, noir, doré et rose présentent un long format peut-être hérité des cartes chinoises. Elles se répartissent en quatre ou cinq suites : la coupe, la monnaie, l’épée, la crosse de polo et peut-être le bâton. Chaque série décline quatre personnages de cour, signalés par une inscription au bas de la carte (le roi, le gouverneur, le gouverneur en second et l’assistant) et dix numéros. Dans l’Italie de la fin du Moyen Âge, les cartes reprennent les suites musulmanes : coppe, danari, spade, bastoni ; de même en Espagne avec les copas, oros, espadas et bastos. Il est à noter par ailleurs que ces anciens jeux ne comprennent pas de reine, à l’image des cartes orientales. Enfin, le nom utilisé dans l’Italie renaissante (naibi) et dans l’Espagne de nos jours encore (naipes) dérive de l’arabe nâ’ib désignant le personnage du gouverneur. Tout ceci confirme le témoignage d’un certain Giovanni di Iuzzo di Covelluzzo  qui raconte qu’en 1379, le jeu de cartes fut introduit à Viterbe en Italie, depuis le « pays des Sarrazins » qui l’appellaient « naib ». Le jeu de tarot vénitien dériverait ainsi du jeu musulman, une assertion qui semble très probable étant donné l’intensité des échanges économiques, culturels et politiques entre la Sérénissime et le Proche-Orient aux époques ayyubide et mamluke (XIIIe-XVIe siècles).


À l'inverse des jeux d'argent et de hasard, les sports et jeux d’adresse étaient fortement encouragés dans la société médiévale musulmane car considérés comme une préparation indirecte à la guerre. Dans la continuité des pratiques antiques, la lutte, le tir à l’arc, la natation, la course et les sports équestres étaient couramment pratiqués : des traités spécifiques leur furent consacrés et de nombreux objets − manuscrits, métaux, ivoires − mettent en scène des personnages s’adonnant à ce genre d’activité . Dans son Kitâb al-Aghânî (Livre des Chants), Abû’l Faraj al-Isfahânî  décrit ainsi le faste des compétitions sportives organisées par les califes omeyyades. Plus tard, la dynastie fatimide organisa également des compétitions de lutte sur les places publiques du Caire. L’exercice du corps était par ailleurs encouragé par les médecins musulmans, comme partie intégrante d’une bonne hygiène de vie. Avicenne (m. 1037), dans son célèbre Canon de la médecine, écrit que les sports, qui obligent à une activité respiratoire importante, sont bénéfiques pour la santé.[...]

 

Source : extrait de l'article "Les jeux" du site Qantara-med.

Partager cet article

Repost 0
Published by Mehdi
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Attarikh Histoire du monde arabo-musulman
  • Attarikh Histoire du monde arabo-musulman
  • : De l'Atlantique aux confins de l'Asie, l'histoire de la civilisation arabo-musulmane est ici mise en lumière. Ce blog a pour objectif de réunir un corpus documentaire sur l'histoire islamique pour tous les intéréssés, amateurs ou professionnels de la discipline historique.
  • Contact

Les infos du moment

 Le saviez-vous?

La langue française est composé de milliers de termes provenant de la langue arabe: cliquez ici !

C'est le savant Ibn Al Haytham qui découvre que la lumière entre dans l'oeil et non l'inverse comme le croyait les Grecs et Romains.


L'Empire arabo-musulman fût l'un des plus grands empires de l'histoire de l'Humanité et s'est constitué en moins d'un siècle, né d'une religion apparue en plein milieu du désert.

Le personnage historique:

 

Abou Al Qacim Al Zahrawi (latinisé Aboulcassis) est l'un des plus grands chirurgiens de tous les temps et sûrement le plus grand du Moyen Âge et de l'Islam classique, ses traités de chirurgie comportaient des descriptions d'instruments cliniques qu'il avait inventé (ophtalmologie, gynécologie), pratique de cautérisation. Traduit en Europe au XVème siècle, ils servirent pendant plus de 500 ans de références dans les universités d'Europe.  Cliquez ici pour découvrir ce personnage ! 

 

                                                                                                                       http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0e/17th_century_Persian_anatomy.jpg/383px-17th_century_Persian_anatomy.jpg

 

Recherche

L'ouvrage du moment

  L'Emir Abdelkader face à la conquête française de l'Algérie, de Mehdi Benchabane (ed: Edilivre)

L émir Abdelkader face à la conquête française de l Alg
L'émir Abdelkader (1808-1883) est aujourd'hui considéré comme étant l'Algérie incarnée en homme, sa personne et son oeuvre constituent un formidable révélateur des relations franco-algériennes au cours du XIXème siècle, et également de la position de l'islam face à la colonisation. C'est ainsi que sa lutte contre la France coloniale entre 1830 et 1847 se distingue par une persévérance et une durée surprenantes au vu de ses forces militaires. Celle-ci s'est appuyée sur une intelligence tactique, une foi musulmane profonde imposant une éthique de vie, et un véritable sens du dialogue avec les différents acteurs du conflit. Cet ouvrage met ainsi en lumière les raisons de cette résistance exceptionnelle.
Pour vous le procurer : CLIQUEZ ICI

Sondage

Sondage précedent:
Quelle zone de la civilisation islamique vous intéresse le plus ?
- 57% pour le Maghreb et Al Andalus
- 16% pour le Machrek
- 11% pour le monde persan.
- 7% pour le monde turc.
- 5% pour l'Asie du Sud-Est.
- 3% pour l'Afrique Sub-Saharienne.
Total: 219 votes.

Livre d'Or

Catégories