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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 16:50

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/87/ChristianAndMuslimPlayingChess.JPG

Chrétiens et musulmans jouant aux échecs, extrait de l'ouvrage Livre de Jeu d'Alphonse X le Sage. 1251-1283

 

[...] Autre jeu adopté très tôt en Islam, les échecs ou shatranj. Ce jeu de stratégie militaire serait né en Inde, au VIe ou VIIe siècle de notre ère. À l’origine, il opposait sur un plateau deux armées symboliques composées de quatre corps militaires, comme celle qu’affronta Alexandre le Grand dans sa marche vers l’Inde : chariots, éléphants, cavalerie et infanterie, autour d’un roi et de son ministre. L’apparence et le nom des pièces, leurs déplacements et le plateau lui-même subirent de nombreuses variations au fil du temps. Le jeu passa en Perse sous les Sassanides (226-637) puis se développa fortement en terres d’Islam, notamment dans les hautes sphères de la société. Sous la dynastie abbasside, au IXe siècle, naquit une littérature dédiée à ce jeu et ses règles. Pour la période islamique, les plus anciens pions conservés aujourd’hui remontent au IXe siècle et furent mis au jour en Iran, à Nichapur . Ces pièces pouvaient être réalisées en ivoire ou encore en cristal de roche et pierres précieuses . Elles constituaient alors de véritables objets de collection et semblent avoir séduit l’Occident avant le jeu proprement dit : arrivées par voie diplomatique, commerciale ou encore comme butin de guerre − suite aux Croisades notamment − elles furent précieusement conservées dans les trésors d’église. Outre la préciosité des matériaux employés, les pièces étaient auréolées de légendes liées à leurs origines orientales et supposément royales : les plus fameuses sont peut-être celles dites « de Charlemagne », réalisées en ivoire d’éléphant. Conservé depuis les années 1270, voire plus tôt encore dans le trésor de l’abbaye de Saint-Denis, le jeu aurait été offert au souverain par le célèbre calife de Bagdad Hârûn al-Rashîd (r. 789-809), un des héros des Contes des Mille et Une Nuits. Charlemagne est né bien trop tôt pour avoir pu jouer aux échecs, mais cette attribution conférait aux pièces un immense prestige politique et symbolique, qui rejaillissait sur l’abbaye détentrice de ce trésor.


Le jeu à proprement parlé parvint en Occident peut-être dès le milieu du Xe siècle, par Byzance et par l’Espagne, la Sicile et l’Italie du Sud, terres d’intenses échanges culturels. Le célèbre Livre des jeux réalisé en 1283 pour Alphonse X le Sage, roi de Castille et de León, contient de nombreuses illustrations de parties d’échec, dans lesquelles s’affrontent parfois un joueur chrétien et un musulman, distingués par leur costume. Les Scandinaves, qui commerçaient avec l’Empire byzantin, introduisirent le jeu par le Nord de l’Europe, au début du XIe siècle. L’Église romaine d’Occident comme l’Église grecque byzantine lui réservèrent un accueil défavorable, notamment dû au fait que, dans les premiers temps, on y jouait avec des dés comme en Orient. Si quelques souverains particulièrement pieux comme Saint Louis s’y opposèrent fortement − Joinville raconte ainsi qu’en 1250, le roi cinglant vers la Terre Sainte jeta par-dessus bord l’échiquier avec lequel ses frères étaient en train de jouer − la plupart l’adoptèrent rapidement, certains comme l’empereur Frédéric II (m. 1250) s’y adonnèrent même avec passion. Au milieu du XIIIe siècle, le jeu, adapté à la mentalité et aux symboles du système féodal faisait partie intégrante de la société courtoise. Les objets d’art , mais aussi les chansons de geste  et les romans courtois mettent en scène des parties d’échec allégoriques : Tristan et Yseult s’adonnent ainsi à une partie d’échec à bord du bateau qui les emmène à la cour du roi Marc.


Suite à la découverte, dans le trésor du palais de Topkapi à Istanbul, d’une série de cartes à jouer mamlukes remontant probablement au XVe siècle, L. A. Mayer démontra de façon convaincante que ces cartes étaient sans doute les ancêtres des jeux européens. Ces cartes, peintes à la main en bleu, noir, doré et rose présentent un long format peut-être hérité des cartes chinoises. Elles se répartissent en quatre ou cinq suites : la coupe, la monnaie, l’épée, la crosse de polo et peut-être le bâton. Chaque série décline quatre personnages de cour, signalés par une inscription au bas de la carte (le roi, le gouverneur, le gouverneur en second et l’assistant) et dix numéros. Dans l’Italie de la fin du Moyen Âge, les cartes reprennent les suites musulmanes : coppe, danari, spade, bastoni ; de même en Espagne avec les copas, oros, espadas et bastos. Il est à noter par ailleurs que ces anciens jeux ne comprennent pas de reine, à l’image des cartes orientales. Enfin, le nom utilisé dans l’Italie renaissante (naibi) et dans l’Espagne de nos jours encore (naipes) dérive de l’arabe nâ’ib désignant le personnage du gouverneur. Tout ceci confirme le témoignage d’un certain Giovanni di Iuzzo di Covelluzzo  qui raconte qu’en 1379, le jeu de cartes fut introduit à Viterbe en Italie, depuis le « pays des Sarrazins » qui l’appellaient « naib ». Le jeu de tarot vénitien dériverait ainsi du jeu musulman, une assertion qui semble très probable étant donné l’intensité des échanges économiques, culturels et politiques entre la Sérénissime et le Proche-Orient aux époques ayyubide et mamluke (XIIIe-XVIe siècles).


À l'inverse des jeux d'argent et de hasard, les sports et jeux d’adresse étaient fortement encouragés dans la société médiévale musulmane car considérés comme une préparation indirecte à la guerre. Dans la continuité des pratiques antiques, la lutte, le tir à l’arc, la natation, la course et les sports équestres étaient couramment pratiqués : des traités spécifiques leur furent consacrés et de nombreux objets − manuscrits, métaux, ivoires − mettent en scène des personnages s’adonnant à ce genre d’activité . Dans son Kitâb al-Aghânî (Livre des Chants), Abû’l Faraj al-Isfahânî  décrit ainsi le faste des compétitions sportives organisées par les califes omeyyades. Plus tard, la dynastie fatimide organisa également des compétitions de lutte sur les places publiques du Caire. L’exercice du corps était par ailleurs encouragé par les médecins musulmans, comme partie intégrante d’une bonne hygiène de vie. Avicenne (m. 1037), dans son célèbre Canon de la médecine, écrit que les sports, qui obligent à une activité respiratoire importante, sont bénéfiques pour la santé.[...]

 

Source : extrait de l'article "Les jeux" du site Qantara-med.

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 19:28
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Abd_el-Krim.jpg
L'Appel d'Abdelkrim :
" Marocains ! Il ne suffit plus aux impérialistes français d’occuper votre pays , de coloniser vos terres et d’ y amener des armées pour vous combattre chez vous. Il vous ont rendus misérables et ont exercé sur vous une pression telle que certains d’entre vous sont portés à croire que pour en finir avec leurs souffrances et échapper à la tyrannie, ils n’ont d’autres moyens que de s’enrôler dans les rangs des armées françaises. En réalité, enfants du Maghreb, c’est une action prohibée par notre juste religion, contraire aux enseignements du prophète ( SAWS). En effet, ceci est contraire aux commandements de Dieu et de son prophète qui vous interdisent d’être les aides des Français oppresseurs contre les peuples du Vietnam, ce peuple héroïque qui défend sa liberté. Soldats marocains ! Sachez que l’aide que vous apportez aux forces de l’impérialisme en Indochine, en plus de son caractère contraire à la religion et à la morale prolonge la présence française dans vos patries. Les Français vous diront que les vietnamiens sont un peuple d’idolâtres mais quand les français ont ils eu une religion ? ...Vous devez chercher à passer dans les rangs des Vietnamiens pour les aider à vaincre les impérialistes français car leur défaite serait aussi une victoire pour la cause de la liberté et de l’indépendance du Maghreb."
 
Traduction de l’appel paru dans le journal égyptien Sawt al Oumma du 21 mars 1948.
Réalisé et rapporté par la légation française du Caire Conservé aux Archives des Affaires étrangères
Dossier : Administration Centrale Affaires politiques Afrique Levant 1944 / 1972 , Généralités Levant 1944/ 1952.
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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 13:55

 

 

http://img.over-blog.com/223x300/3/77/84/03/diver/Khwarizmi.jpg

 

Al khawarizmi : l'un des plus grands mathématicien musulman, père des chiffres arabes.

 

La diffusion des chiffres arabes a été fort lente : en pleine Renaissance, un esprit de l’envergure de Montaigne (1533-1592) ne craignait pas d’écrire : [« Je ne sais compter ni avec des jetons, ni en écrivant [des chiffres arabes].»
Pourtant, la transmission en tant que telle a été relativement rapide : la première mention de chiffres arabes date de 976 (Codex Vigilanus, Cloître Albeda, Espagne), soit à peine un siècle et demi après la rédaction de l’ouvrage fondamental d’al-Khawarizmi, le Livre de l’addition et de la soustraction selon le calcul indien, vers 825.

 

C’est en effet dans la Bagdad abbasside que ce savant, né dans l’actuel Ouzbékistan, introduit, pour les besoins de ses propres opérations en astronomie, les techniques de calcul indiennes. Le système numérique indien est en effet très performant, puisque, à l’aide de dix symboles, il permet d’effectuer un nombre infini d’opérations. La chose est rendue possible grâce à la notation positionnelle (c’est la place du chiffre qui indique son rang : unité, dizaine, centaine, etc.) et à l’existence du zéro, d’abord moyen de noter l’absence d’unité, puis, très vite, nombre à part entière. 

Ce nouveau système mettra néanmoins quelques décennies à s’imposer, du fait tant d’un banal conservatisme culturel que de résistances spécifiquement corporatistes (caste de fonctionnaires impériaux qui craignaient pour leur statut, cette méthode révolutionnaire mettant le calcul à la portée de tout un chacun). Il s’imposera néanmoins assez rapidement, les besoins étant importants, tant dans le commerce que dans les sciences, deux domaines où les Arabes excellaient. L’astronomie et les mathématiques, notamment, purent ainsi faire d’énormes progrès. Essaimant le long des routes commerciales ou à partir des pôles scientifiques des médersas (universités islamiques), la suite de 10 chiffres gagna le Proche-Orient, puis le Maghreb et l’Espagne.

 

Ce faisant, sa forme évolue. C’est en effet à Kairouan, une des capitales scientifiques du Maghreb, que naît la forme universellement employée aujourd’hui, appelée en arabe ghubar. En Orient, aujourd’hui encore, c’est la graphie indienne qui prévaut, même si la forme occidentale est parfois notée en regard, en guise de « traduction ». C’est cette graphie ghubar, et à travers elle, le système numérique arabo-indien dans son ensemble, qui sera adoptée par l’Occident chrétien via l’Espagne musulmane. Non sans une farouche résistance qui durera des siècles. 

L’Eglise s’opposa en effet violemment à l’introduction de ce système dû à des mécréants, un système qui rendait le calcul si rapide qu’il semblait diabolique, et dont les signes, étranges, semblaient être des symboles de sorcellerie. Une hostilité dont l’étymologie témoigne encore : déchiffrer (de l’arabe sifr, « zéro ») signifie « décrypter », « dévoiler ce qui était caché »... 

Il n’est pas anodin à cet égard de noter que Sylvestre II lui-même, malgré son autorité de savant et de pape, a échoué au XIe siècle à imposer l’usage des chiffres arabes. Certains parmi les savants de l’Église ont été jusqu’à affirmer qu’il était habité par le diable.

 


 

Source : SaphirNews.com par Seyfeddine Ben Mansour

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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 07:35

Un documentaire très intéressant revient sur la campagne d'Egypte menée par Napoléon, celui-ci évoque notamment les rapports d'une figure majeure de l'histoire de France avec l'Islam et sa civilisation. 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9b/Bonaparte_en_Egypte.jpg/280px-Bonaparte_en_Egypte.jpg

Le Général Bonaparte et son état-major en Egypte, peinture orientaliste de Jean-Léon Gérôme, peinture datant de 1867 soit plus de soixante ans après la campagne de Napoléon Bonaparte.

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 14:22

Voici un excellent article du regretté Jean-Paul Roux, spécialiste des civilisations islamiques d'Asie centrale, sur la ville de Samarcande celèbre pour son archictecture islamique particulière et pour le célèbre Tamerlan.

 

                                                http://developtravel.be/wp-content/uploads/2013/08/Samarcande-1.jpg

 

Si la gloire de Samarcande était ancienne, puisqu'elle datait des Achéménides et des Grecs, la ville doit tout à Tamerlan, ce Mongol turquisé, qui allait fonder un immense et éphémère empire. Jean-Paul Roux retrace pour nous l'histoire de Samarcande que Tamerlan, qui en 1370 s'était fait proclamer Grand Émir à Bactres, choisit pourtant comme capitale.

 

Un très riche passé

 Samarcande, dans la vallée du Zeravchan, au sol bien arrosé et bien ensoleillé, où poussent en abondance les céréales, le mûrier et le coton, jouit d'une réputation enviée dès l'Antiquité et le haut Moyen Âge. Située à l'un des carrefours du commerce international en Asie centrale, sur l'itinéraire de la Route de la Soie, elle possède un grand marché où des nomades de la steppe apportent, outre les produits de leurs troupeaux, l'or et les pierres précieuses. On l'appelle alors Afrasiyab ou Marakanda, et son centre se trouve sur la colline qui domine l'actuelle cité. Certes, elle n'est pas la plus importante des villes de la Sogdiane, région à la vieille population iranienne. Ses habitants se rencontrent partout jusqu'à Nankin – comme on le voit par exemple en 217 de notre ère – et sa langue est devenue un idiome international. Samarcande ne fut que rarement capitale : à l'aube de l'histoire, puis de 874 à 892 sous les Samanides, ensuite bien sûr sous Tamerlan et quelques-uns de ses héritiers, enfin de 1924 à 1930, avant que la République soviétique à laquelle elle appartenait ne choisisse Tachkent.

Tous les peuples s'y aventurèrent, les Achéménides, plus tard les Grecs, les Parthes, les Yue-tche – appelés à devenir, en Inde les Kusana, Kouchans – puis les Arabes, les Turcs, les Mongols, et encore les Turcs avec les Uzbeks qui s'y installèrent en 1500 ; les Russes enfin. On y vit même parfois des Chinois. Toutes les religions s'y implantèrent malgré la tenace résistance du très antique mazdéisme : Si le bouddhisme n'y connu jamais un grand succès, le manichéisme y fit une longue carrière. Le christianisme s'y implanta, nestorien avec un représentant de l'autorité suprême, et catholique avec notamment un évêché encore signalé au XIVe siècle. Sans oublier l'islam qui imposa définitivement sa loi.

 

Samarcande des origines

 On ignore presque tout de la cité antique, peu fouillée. Elle a disparu au cours des temps, sans doute en particulier à cause du grand séisme de 831 et de ceux, moins effrayants, qui suivirent, plus que sous les coups de Gengis Khan qui semble ne pas s'être trop acharné sur elle. Des céramiques, quelques belles peintures permettent de confirmer ce que disent les sources écrites. Dans les premiers siècles de notre ère, on la considère comme le centre d'un petit État très peuplé qui compte, dit-on, « trente grandes villes et trois cents petites ». Ses habitants aiment « la boisson, la danse et le chant », écrivent les Annales chinoises, qui parlent aussi de ses ambassadeurs qui apportent en Chine des lions et des autruches, des danseuses et des courtisanes... et les sept notes de la gamme. Une classe sociale très ouverte, celle des dihqan – dont le mot « noble » rend assez mal compte – a le goût de l'aventure, de la gloire, des exploits, des fêtes, des plaisirs, des conversations galantes, des arts et des lettres. Les peintures murales qui traduisent son raffinement extrême et sa suprême élégance, la montrent racée, avec de fines attaches et de longs doigts déliés.

Cette vraie chevalerie, digne de celle de notre Moyen Âge, mais sans ses gauloiseries – où d'ailleurs la femme peut être soldat et se battre – va montrer une résistance tenace aux envahisseurs arabes, avant de se rallier à eux, épuisée. Les Sogdiens se vengeront de leur défaite à leur manière, en déversant dans la société musulmane en gestation tout leur patrimoine, en exerçant sur elle une influence dont on mesure de plus en plus l'importance.

 Ils jouiront d'un outil unique, le papier. On veut que ce soit en 751, à la bataille du Talas, entre Chinois et Arabes, que ces derniers l'aient découvert. S'il s'agit sans doute d'une légende, le papier fait toutefois son apparition dans le monde musulman au cours de la seconde moitié du VIIIe siècle et Samarcande s'en assure le monopole. Sans le conserver longtemps, elle en tirera un avantage durable. Lorsque la Sogdiane retrouve une semi-indépendance, sous la dynastie des Samanides, la cité connaît le début d'une deuxième prospérité. Les traditions du Prophète – hadith – y sont collectées, en particulier par le Boukhariote Bukhari – 810-870 – qui vécut et mourut à Samarcande. Alors renaît l'iranisme, notamment avec le grand poète de Samarcande, Rudaki vers 859-940. Alors apparaissent les premières madrasa, écoles de théologie, plus tard écoles supérieures, que l'on attribue en général aux Seldjoukides et à leur ministre Nizam al-Mulk. Inventées dès le IXe siècle – même si la première fondation dont nous puissions fixer la date avec certitude soit précisément celle, en 1060, d'une madrasa de Samarcande aujourd'hui disparue – elles ne sont en rien des « écoles coraniques » auxquelles elles sont en fait antérieures. La loi décrète l'accès de tous à l'éducation primaire, alors on promulgue un code d'agriculture. Aux IXe-XIe siècles – apparaît cette école de céramique à fond brun, jaune, rouge brique, noir et décor épigraphique qui prend place parmi les plus belles de l'Orient musulman .

 

Samarcande et Tamerlan

 

La chute des Samanides en 999 met fin à la domination des Sogdiens sur la Sogdiane. L'autorité désormais passe aux Turcs. Ils la conservent encore. Mais les Sogdiens continuent à vivre, à se nourrir de leur fidélité et à nourrir les autres de leur génie. Aujourd'hui encore, si le dynamisme économique et politique à Tachkent est uzbek, c'est-à-dire turc, à Samarcande il est tadjik, c'est-à-dire iranien.

Au XIVe siècle, la ville n'a rien perdu de sa force attractive, pour que Tamerlan la choisisse comme capitale parmi tant d'autres.

Voulant en faire le centre de la terre, il l'amène à entretenir des relations diplomatiques avec de lointaines contrées, comme le prouvent l'archevêque Jean de Sultaniye qu'il dépêche à Charles VI ou Don Ruy Gonzalès de Clavijo, ambassadeur de Castille, qui a la bonne idée d'écrire le récit de son voyage dans la capitale timouride.

Il veut en faire la plus belle ville du monde. Ses rapines lui en ont donné les moyens financiers. Il aime l'art ; il est mécène ; il invite ou déporte artistes et savants partout où il en déniche. Peut-être réussit-il dans son projet : il reste trop peu de ses monuments, construits hâtivement et insuffisamment solides, pour l'affirmer. Des palais, pavillons, madrasa, mosquées, tombes, jardins, cinq au moins nous ont été décrits. De tout cela, ne subsistent que son mausolée, une mosquée, quelques tombeaux.

Le Gur-e-Mir, n'était pas destiné à lui servir de dernière demeure. Il l'avait édifié pour en faire une mosquée. C'est cependant l'un des grands monuments funéraires de l'islam, antérieur à ceux de ses successeurs, les Grands Moghols des Indes. Il dresse dans le ciel, au-dessus d'une salle octogonale, un dôme renflé à godrons, posé sur un haut tambour décoré d'inscriptions coraniques en coufique géométrique – grandes lettres anguleuses formant dessins – qui abrite son cénotaphe, un bloc monolithique en néphrite vert foncé, placé, non au centre, mais un degré en retrait, comme il l'avait demandé, de celui de son maître spirituel. Sur le porche, on peut lire : « Heureux qui a refusé le monde avant que le monde le refuse ».

La mosquée de Bibi Hanum, vaste et audacieuse – sans être la plus grande jamais construite, comme on le dit parfois – élève sa coupole à plus de cent mètres et possède un grand arc d'une portée de seize mètres. Elle est en fait une madrasa qui suit le plan cruciforme classique en Iran, mais où les quatre voûtes en berceau brisé placées aux quatre extrémités de la croix – iwan – sont remplacées par des salles sous coupole. Son décor est éclatant, avec du bleu turquoise, du vert, du jaune, du brun, du manganèse et du noir. Au centre de ce qui était la cour, le bassin ou la fontaine traditionnels sont remplacés par un immense lutrin à Coran, comme si le livre saint était le symbole même de l'eau, source de vie.

C'est au Chah-i Zindeh, « le Roi Vivant », que l'art de Tamerlan se révèle le plus raffiné. La nécropole escalade, d'abord par un escalier de trente-quatre marches, puis par une étroite allée, les premières pentes de la colline d'Afrasiyab pour aboutir au lieu saint, dit « tombeau », construit à l'endroit où un parent du Prophète, Kussam Ibn Abbas, tué devant Samarcande, serait entré sous terre en portant sa tête, et où il attendrait, en vie, la fin des temps. Les édifices qui bordent l'allée sont modestes, mais leur parure est éblouissante. On y a fait appel à toutes les ressources et à toutes les techniques de la céramique, carreaux et mosaïques, briques émaillées sur tranches, faïences ciselées, moulées, gravées, dans un jeu chromatique d'une splendeur rarement atteinte. On y respire un air de féminité et l'on ne saurait s'en étonner puisque maints mausolées sont ceux de femmes : deux abritent des sœurs de Tamerlan, Kutlug Turkhan Aka – 1386 – le plus beau, et Chirin Bika Aka – 1385 – ; un troisième est celui de son épouse Tuman Aka – 1406. Presque tout en bas, près du porche d'entrée, se trouve le mausolée du grand astronome Kadi zade Rumi – 1437 – sans doute le seul savant à avoir été inhumé dans un cimetière de princes, de princesses et de rois.

 

Les successeurs de Tamerlan

 

Les descendants de Tamerlan, les Timourides, continueront son œuvre. Son petit-fils, Ulug Beg, qui gouverna Samarcande, avant de devenir empereur pour deux ans, était plus occupé de science que de politique et de gouvernement. On a retrouvé la partie souterraine de son observatoire, datant de 1428, avec ce grand sextant de plus de soixante mètres, placé si exactement sur le méridien que les astronomes contemporains s'en étonnent encore, et ses « Tables astronomiques », transportées à Constantinople et traduites en latin en 1655, qui feront autorité jusqu'au XIXe siècle. Les manuscrits copiés et illustrés dans « l'Académie du Livre », instituée par le souverain à l'imitation de celle de Hérat, ont malheureusement disparu au cours des guerres ultérieures. De l'œuvre architecturale d'Ulug Beg, il reste sur la place du Reghistan la madrasa de 1437 qui porte son nom. Les constructions qui la flanquaient ont été détruites par les Uzbeks. On leur en a fait un crime. Pardonnons-leur. En élevant à leur place deux autres madrasa, Chir Dar – 1646-1647 – et Tilla Kari – 1664 –, ils ont fait du Reghistan le haut lieu de la ville et l'une des plus belles places du monde.

Au XVIIe siècle, des milliers d'étudiants fréquentaient ce grand complexe universitaire. Qui a pu parler d'une décadence de Samarcande et de l'antique Sogdiane quand celle-ci est devenue l'Uzbekistan ?

 

Jean-Paul Roux

Juin 2006

Copyright Clio 2013 - Tous droits réservés

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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 20:52

Un documentaire très intéressant réalisé à partir d'images d'archives et de témoignages sur l'immigration maghrébine en France. Une histoire marquée par le passé colonial français, les indépendances, les liens lingusitiques et culturels, ou encore les besoins de main d'oeuvre. Un pan de l'histoire contemporaine de la France.

 

 


  Documentaire réalisé par Yamina Benguigui. 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 19:57

Le docteur Philippe Grenier fût le premier député musulman de France, retrouvez ici son parcours débuté à Pontarlier. Marqué par une éthique islamique, par son travail de médecin et ses liens avec l'Algérie ; le docteur et député Philippe Grenier s'est distingué dans l'histoire de France par sa personnalité généreuse, son dévouement pour les concitoyens de sa région et son attachement profond à l'Islam. Bon visionnage !

 

 

 

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 20:30

Voici une découverte de la Guerre d'Algérie, à travers ses temps forts, mis en oeuvre par France 5 éducation. Cette mise en lumière a pour mérite d'offrir des vidéos d'archives recontextualisant le conflit à l'époque. Bon visionnage !

 

Cliquez ici !

 

http://blogedu.tv/_upl/2762/image/alg%C3%A9rie.png

 

 


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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 22:35

Un lien de qualité qui permet aux plus jeunes (voir aux plus grands) de découvrir les principaux points de la civilisation islamique :

 

http://education.francetv.fr/activite-interactive/la-civilisation-arabo-musulmane-o13337

 

 

 http://education.francetv.fr/images/objet_520_400/13337.jpg

 

 Bonne découverte !

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 14:45

On admet en général que la domination ottomane sur l'Égypte fut pour elle une période de profond déclin, que jamais, dans son histoire millénaire, elle ne fut aussi misérable. C'est vrai, et elle ne fournit plus de penseurs, de philosophes, de savants, de grands mystiques, sa langue et son esprit semblent frappés de stérilité, mais il ne faut pas noircir exagérément sa situation. Dans les cafés et sur les places publiques, une certaine verve demeure qui s'exprime notamment par les contes, inlassablement répétés ; une institution comme l'université d'Al-Azhar sait conserver sous le boisseau l'héritage du passé : elle le montrera lors de sa renaissance au XXe siècle. Par ailleurs, les Ottomans ne se désintéressent pas de l'Égypte. Ils entretiennent avec elle des relations étroites. Comme le rappelle ici Jean-Paul Roux elle est une pièce maîtresse dans leur économie et leur politique. Loin de la fermer sur elle-même, ils lui permirent de s'ouvrir sur l'extérieur, notamment de renforcer ses liens avec la France.

 

http://www.lepoint.fr/images/2010/06/04/104095-orientales-une_2470.jpg

 

L'expédition de Sélim Ier contre la puissance iranienne

 

À son avènement, en 1512, le nouveau sultan ottoman Sélim Ier que l'on nomme Yavuz, « le Cruel » ou plutôt « l'Inflexible », se trouve dans une situation extrêmement dangereuse. L'Iran s'est rallié à la dynastie chiite des Séfévides, qui soulève les populations de l'Anatolie orientale et coupe les communications avec l'Orient plus lointain ; les Portugais sont arrivés dans l'océan Indien, s'y sont installés et menacent la voie maritime qui part du golfe arabo-persique et du nord de la mer Rouge. Or c'est en vain que les Turcs essaient d'aider les Mamelouks du Caire qui constituent encore, après des heures d'immense gloire, la principale puissance musulmane, qui possèdent la Syrie et la Palestine, la péninsule Arabique, la haute Égypte, le Sud-Est anatolien ; de plus, ils abritent le dernier calife abbasside, un fantoche certes depuis les invasions mongoles du XIIIe siècle qui l'ont chassé de Bagdad, mais qui n'en est pas moins le chef spirituel de l'islam. Ils leur ont envoyé ingénieurs et techniciens, matériel, capitaines de galères, canons, pour pallier aux faiblesses de leur flotte : En vain ! Les Mamelouks décidément ne font pas le poids devant les Portugais et, en 1509, Albuquerque leur inflige une sévère défaite.

 

Sélim décide alors d'intervenir lui-même. Il marche d'abord contre l'Iran, écrase son souverain Chah Isma'il à la bataille de Tchaldiran, près du lac de Van (1514), puis se retourne contre le sultan égyptien Qansuh al-Ghuri. Le 24 août 1516, il le vainc au nord d'Alep. Le 23 janvier 1517, il entre au Caire. Il y demeurera jusqu'à septembre, achevant de soumettre la vallée du Nil, organisant sa conquête et ajoutant de nouveaux titres à ceux, innombrables, dont il se pare déjà. Puis il repart, emmenant dans ses bagages l'acte de soumission du cherif de La Mecque, les saintes reliques du Prophète Mahomet – qui sont encore conservées au palais de Top Kapi – et l'ultime héritier des califes abbassides. C'est sans doute une légende tardivement formée qui veut que celui-ci lui transmette alors le califat. Déjà, avant sa campagne éclair, Sélim se disait Commandeur des Croyants et calife. Du moins plus personne ne peut contester désormais cette titulature : il est, et de loin, le plus puissant souverain du monde musulman.

 

Les pachas et la domination ottomane

 

L'Égypte, dans l'optique ottomane, mais il n'en alla pas toujours ainsi, devait être gouvernée par une sorte de vice-roi, le pacha, chargé de nommer les beys, hauts dignitaires et gouverneurs de districts, mais sans autorité sur l'armée qui était placée sous le commandement de l'agha des janissaires, une troupe d'élite, mais peu nombreuse, estimée par exemple à quelque cinq mille hommes en 1664, et doublée par une armée indigène, en réalité des mercenaires, des « esclaves », Mamelouks, comme par le passé, environ une dizaine de milliers de soldats à la même époque. Le pacha pouvait être un Turc ou ne pas l'être, mais ce n'était jamais un Égyptien. Il était nommé pour un an et renouvelable ; en fait, il ne restait jamais longtemps en poste, ce qui l'empêchait de se faire une clientèle et de se croire libre, mais ces continuels changements ne permettaient pas la poursuite d'une politique cohérente. On compte cent dix pachas de 1571 à 1798. Il y en eut de bons. Il y en eut de mauvais. Il était tentant pour eux de pressurer le pays, de s'enrichir rapidement, car ils n'étaient jamais sûrs de leur avenir. Certains furent fidèles. D'autres, par rancune contre le gouvernement impérial ou par pure ambition, essayèrent de se rendre indépendants. Dès 1524, un personnage comme Ahmed Pacha, qui a été second vizir à Constantinople, se jugeant disgracié par sa nomination au Caire, ose se déclarer sultan. Il est vite mis à la raison, et le Premier ministre, le grand vizir Ibrahim, en profite, au cours d'un séjour d'un an, pour achever de soumettre les Bédouins, toujours enclins à rejeter tout pouvoir, à réorganiser l'arsenal de Suez et à compléter le système administratif.

 

L'architecture ottomane en Égypte

 

Les Ottomans ne cessèrent d'y construire. Le Caire conserve d'eux quelque deux cents monuments classés dont certains ne manquent pas de mérite, bien qu'ils ne puissent pas soutenir la comparaison avec ceux des époques fatimides, ayyoubides et mameloukes. Parmi eux, quelques mosquées sont particulièrement remarquables, celles de Suleyman Pacha (1528), de Malika Safiya (1610), de Muhammad Abu Dahab (1771). Les sebil-kuttab, édifices qui réunissent en un seul l'école coranique et la fontaine publique, n'innovent guère, mais sont souvent jolis. L'un touche au chef-d'œuvre, celui d'Abd al-Rahman (1744), situé dans le secteur si riche en bâtiments anciens, la rue Muizz li-Din Allah, et ne le dépare pas. Quant aux maisons, plus arabes que turques, et de loin, elles forment un ensemble sans doute unique d'habitations patriciennes des XVIIe et XVIIIe siècles. L'apport sans doute le plus intéressant relève de la décoration qui fait usage de la céramique de revêtement, importée d'Iznik et de Damas ou fabriquée sur place. On en voit de magnifiques ensembles au sebil-kuttab d'Abd al-Rahman, déjà cité, ou à la mosquée d'al-Shungkur (1346), entièrement restaurée en 1661, nommée précisément à cause de ses carreaux de faïence « mosquée bleue ».

 

Trois siècles quelque peu léthargiques

 

On construit donc et les artisans poursuivent leurs travaux séculaires, fidèles aux traditions locales, mais l'Égypte sommeille. Un écrivain égyptien a pu dire qu'en dehors des actes de tyrannie et d'oppression, il ne se passe jamais rien. Il n'y a guère du moins de grands événements historiques pendant presque trois siècles. En 1605, un soulèvement a lieu contre le vice-roi de l'époque qui atteint son paroxysme en 1609 avec la révolte des soldats du Delta, dont la répression fut définie par un chroniqueur comme « la seconde conquête de l'Égypte » et dont la seule conséquence est un affaiblissement du pouvoir central au profit des beys locaux et des Mamelouks, virulents au moins jusqu'à 1622, un peu plus calmes ensuite. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, un Mamelouk circassien, acheté au Caire en 1743, puis affranchi, se met à gravir tous les échelons de la hiérarchie. Vrai maître du pays en 1760, il refuse, en 1770, de payer le tribut à la Porte – le gouvernement ottoman – et occupe le Hedjaz. En 1771, il envahit la Syrie avec quarante mille hommes, prend Damas. Mais il mécontente tout le monde et les agents secrets du sultan n'ont guère de peine à le discréditer et à lever contre lui les populations. Il finit exécuté en 1773, ce qui n'empêche pas l'Égypte de conserver l'autonomie qu'il lui a fait acquérir. En même temps, ou peu s'en faut, lors de la guerre turco-russe de 1768-1774, une flotte venue de Baltique en Méditerranée permet à un certain Muhammad Bey de renforcer la distance qui sépare Égyptiens et Ottomans. Quelques années plus tard, en 1786, la Sublime Porte décide pourtant de reprendre la situation en mains. Elle envoie un corps expéditionnaire et rétablit l'autorité du pacha. On n'aura pas le temps de savoir s'il l'aurait conservé longtemps.

 

Bonaparte en Égypte

 

Nous sommes à la fin du XVIIIe siècle et un fait presque aussi important que sa conquête par les Ottomans au XVIe siècle va marquer le destin de l'Égypte : le débarquement de Bonaparte en 1798. Le futur empereur des Français le proclame : il ne vient combattre ni les Ottomans ni les Égyptiens, mais cette lie d'étrangers, les Mamelouks, qui oppressent le pays depuis des siècles. Bien que l'expédition commence par un désastre – la bataille navale d'Aboukir – et se termine par des désastres pis encore – l'assassinat de Kléber, la capitulation de Menou, 1801 – ses conséquences sont incalculables : Elle porte un coup fatal au régime établi ou accepté par les Ottomans ; elle provoque la création de la nation égyptienne ; elle assure la prépondérance culturelle et économique française dans la vallée du Nil sans nuire gravement aux relations franco-turques, malgré les affrontements des armées françaises et ottomanes à Aboukir et à Saint-Jean d'Acre ; elle met à la mode la civilisation égyptienne et donne naissance à l'égyptologie ; elle fait sentir l'importance stratégique de l'Égypte.

 

Les ambitions de Mehemet Ali

 

Dès lors les événements se précipitent. En 1804, les milices albanaises cantonnées dans le pays se débarrassent des autres Mamelouks – nombre d'entre eux seront encore massacrés dans la citadelle du Caire en 1811 – et portent au pouvoir l'un des leurs, Mehemet Ali – en arabe, Muhammad Ali. En 1811, à la demande du sultan ottoman, celui-ci intervient en Arabie pour réprimer le mouvement musulman extrémiste des Wahhabites et reprendre les villes saintes qui sont tombées entre leurs mains. La guerre, dite « de Sept Ans » ne finira qu'en 1818. En 1820-1821, il conquiert la Nubie, puis détruit les royaumes soudanais de Sennar et de Kordofan. De 1822 à 1827, il met à la disposition du sultan, pour l'aider à réprimer l'insurrection grecque, sa flotte – qui sera détruite à Navarin en 1827 – et ses troupes, recrutées désormais par conscription, ce qui, soit dit en passant, soulève un vif mécontentement chez les fellahs, qui n'ont plus aucune tradition militaire. En tout il se conduit donc en fidèle et obéissant vassal : il veut le proclamer hautement en édifiant, au sommet de la citadelle du Caire, une mosquée qui copie au plus près les grands sanctuaires d'Istanbul, celle qui porte son nom ou celui de « mosquée d'albâtre » (1824-1848), et qui éveille parfois une admiration qu'elle ne mérite certes pas.

 

Il attend une récompense. Il l'aurait sans doute s'il ne demandait pas trop : le gouvernement de la Syrie et de la Palestine ! C'est un vieux rêve égyptien qui reprend vie. Le sultan les lui refuse. Mehemet Ali se fâche. Il décide de prendre ce qu'on ne veut pas lui donner. Son fils, Ibrahim, envahit les provinces convoitées, bouscule les Ottomans, s'avance au cœur de l'Anatolie, jusqu'à Kütahya (1834). Devant ces succès, les Puissances européennes craignent qu'à l'Empire ottoman, « l'homme malade », succède un Empire égyptien qui serait en pleine santé, car il a en effet entrepris nombre de réformes, se veut moderne, se met à l'école de la France. Elles interviennent (1840). Le Traité de Londres, en 1841, malgré le désaccord français, rend la Syrie à la Porte et donne à Mehemet Ali l'Égypte à titre héréditaire, tout en le contraignant de payer un impôt à Constantinople et de se reconnaître vassal.

 

En 1866, sous le règne d'un descendant de Mehemet Ali, mort en 1848, Isma'ïl (1863-1879), les Ottomans reconnaissent enfin la monarchie héréditaire de la famille albanaise en Égypte et, en 1867, donnent aux souverains, avec le titre de khédive, ou « seigneur », une position sans égale dans l'Empire. À Constantinople, sur la rive asiatique du Bosphore, les khédives feront édifier un palais, leur résidence dans la capitale dont ils continuent à reconnaître la suprématie. Enfin, en 1867, le canal de Suez, dont Ferdinand de Lesseps, c'est-à-dire la France, avait obtenu la concession en 1854, est solennellement inauguré. C'en est trop pour l'Angleterre. En 1882, elle commence l'occupation de la vallée du Nil tout en proclamant bien haut que l'Égypte reste membre de l'Empire ottoman.

 

Jean-Paul Roux

Novembre 2002

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