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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 03:44

Soliman II, surnommé le Magnifique par les Occidentaux, et le Législateur (Kanouni) ou le Grand (Asametleu) par les Turcs, est indéniablement le plus grand sultan de l’empire ottoman... et celui dont le règne a été le plus long (46 ans, de 1520 à 1566).   

Apogée de l'empire ottoman

Avec Soliman II, l’empire ottoman atteint sa plus grande expansion territoriale, des frontières du Maroc à celles de la Perse, des portes de Vienne aux rives de l'océan Indien. Le sultan, soucieux de bonne gestion, le dote d'un code de lois, leKannuname.

L'empire ottoman connaît aussi sous son règne une grande effervescence artistique, dont témoignent les réalisations du célèbre architecte d'origine grecque Sinan comme les mosquées Chéhéadé et Suleymaniye (Constantinople) et Selimiye(Andrinople).

On est alors en pleine Renaissance et les petits États batailleurs d'Europe occidentale ne sont pas en reste, multipliant les palais et basiliques, réinventant les sciences et les arts...

Succès militaires en cascade

L'empire ottoman a été fondé par les Turcs à la fin du Moyen Âge, sur les ruines de l’empire byzantin. À cheval sur l'Europe et l'Asie, il a pour capitale Constantinople.

Quand il succède le 20 septembre 1520 à son père Sélim 1er, justement surnommé le Cruel, Soliman, alors âgé de 25 ans, a la chance de trouver un empire remis en ordre après les errances des sultans précédents.

L'administration ottomane tient les provinces bien en main et la menace que fait peser la Perse (aujourd'hui l'Iran) sur les frontières orientales est contenue.

Avec le concours du grand vizir Ibrahim Pacha, un compagnon d'enfance, Soliman achève sans tarder la conquête de la Méditerranée orientale, illustrée trois quarts de siècle plus tôt par la prise spectaculaire de Constantinople.

Le 20 décembre 1522, après cinq mois de siège, il s'empare de la forteresse de Rhodes que défendent les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Ces chevaliers quittent l'île pour une autre,Malte, au coeur de la Méditerranée.

La menace vient désormais de l'Occident que domine l'empereur Charles Quint. C'est ainsi que Soliman noue une alliance de revers avec le roi de France François 1er. L'alliance impie fait scandale chez les chrétiens et se révèlera, qui plus est, sans aucun profit pour le Français. Mais elle manifeste avec éclat l'évolution des mentalités au sortir du Moyen Âge. Pour la première fois, en effet, en Occident, l'intérêt de l'État l'emporte sur la solidarité religieuse.

Profitant de ce que François 1er relance à l'Ouest la guerre contre l'empereur, le sultan monte une expédition préventive contre la Hongrie du roi Louis II, située entre ses possessions des Balkans et celles des Habsbourg. Les Hongrois sont écrasés à Mohacs le 28 août 1526 et leur roi périt dans la bataille.

Fort de cette victoire inattendue qui l'amène aux portes de l'Occident, le sultan peut dès lors s'emparer tranquillement de Buda (aujourd'hui Budapest), capitale du royaume hongrois.

Désireux d'exploiter son succès, il met le siège devant Vienne, capitale de Charles Quint, le 27 septembre 1529 ! La résistance des habitants et celle des vingt mille soldats de sa garnison ont raison de sa détermination et il doit bientôt se retirer. Mais jusqu'à la fin de son règne, il n'aura de cesse de disputer la Hongrie aux Habsbourg, ces derniers conservant la partie occidentale du pays (et le titre royal) et lui-même annexant la partie orientale.

Là-dessus, Soliman se retourne à l'Est contre l'Iran séfévide. En 1534, avec son armée de janissaires , il conquiert l'Azerbaïdjan, Tabriz et Bagdad, soit la plus grande partie de l'Irak actuel. Dans le même temps, les corsaires Barberousse, à son service, écument la Méditerranée occidentale. Lui-même signe en 1536 avec son allié François 1er le traité des capitulations, par lequel le roi de France obtient la protection des Lieux Saints et des chrétiens de l'empire.

La fin du long règne de Soliman sera assombrie par les intrigues de la sultane Roxelane, une esclave originaire de Ruthénie, devenue sa seule épouse légitime. Le sultan en viendra à laisser exécuter son fidèle ami Ibrahim Pacha et lui-même acceptera le meurtre de son propre fils aîné, le brillant Moustafa, né d'une précédente favorite.

Roxelane meurt le 18 avril 1558 et Soliman le 6 septembre 1566, au cours d'une ultime expédition en Hongrie.

L'un de leurs fils monte sur le trône sous le nom de Sélim III et liquide comme il se doit ses propres frères. Sélim sera surnommé l'Ivrogne. Autant dire qu'il n'aura rien des qualités de son père...

 

Par Herodote.net

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 02:02

Voici un documentaire diffusé par France 2 sur les musulmans en Sicile. En effet, la Sicile a été musulmane pendant deux siècles (IXème au XIème siècle) avant de passer sous domination normande. Où là encore les musulmans furent nombreux dont le plus célèbre est le géographe Al Idrissi.

L'héritage musulman de l'île est encore présent de nos jours dans l'architecture, la gastronomie ou encore la langue.

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 02:52

Voici une belle citation que je souhaitais partager avec vous, tiré de l'ouvrage l'Islam en Europe aux éditions Bordas, où l'historien Jean-Paul Roux, spécialiste de l'Islam en Asie centrale, nous donne sa vision des choses sur le sujet. Plein d'enseignements et de vérités.


 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/8c/%D0%9C%D0%B5%D1%87%D0%B5%D1%82%D1%8C_%D0%9A%D1%83%D0%BB_%D0%A8%D0%B0%D1%80%D0%B8%D1%84_02%2C_2009.jpg/800px-%D0%9C%D0%B5%D1%87%D0%B5%D1%82%D1%8C_%D0%9A%D1%83%D0%BB_%D0%A8%D0%B0%D1%80%D0%B8%D1%84_02%2C_2009.jpg

                                                                                Mosquée de Kazan (Russie)

 

 

 

"Il y a eu une Europe musulmane qui a duré près de 8 siècles en Espagne, aux alentours d’un demi millénaire en Crimée, en Ukraine, sur la Volga, quelques trois siècles en Sicile et qui le sait ? Des petits bouts de France musulmane, ici pour des décennies, là pour des siècles. Il y eu une Europe soumise à l’islam pendant des temps considérables, celle des russes sous son joug de 1223 à 1423 environ, celle des grecs, des Roumains, des Balkaniques, durant quatre ou cinq siècles et même celle des Hongrois pendant plus de 150 ans. Cela compte, mais compte peut être encore plus que ce que l’on pourrait nommé une certaine islamisation de l’Europe avec afflux de produits, de sciences et de techniques. Quelle place ne doit-on pas faire à un Averroès qui subjugua les esprits médiévaux ? Quel écho n'entend-on pas dans la divine comédie, dans Goethe, dans le romantisme français jusqu'à Loti ? Quelque soit la façon dont on juge l’influence musulmane, quelques violentes qu’aient été la réaction contre elle et la façon de s’en débarrasser, on ne peut nier que l’Europe ne serait pas exactement ce qu’elle est si elle n’avait pas connu l’islam. Il appartient à son patrimoine. Rechercher les vestiges de l'islam en Europe, c'est, recherchant autrui, se rechercher aussi un peu soi-même."

 

 

 

Jean-Paul Roux, historien.

 


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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 19:06

Voici un documentaire de qualité récent sur l'histoire des sciences arabes, à travers le parcours dans le monde musulman d'un physicien anglo-irakien en plusieurs épisodes. Toutes les sciences ou presque y sont abordés, avec des exemples concrets réalisé par des spécialistes toujours dans une rédecouverte du passé scientifique arabo-musulman.

 

Le documentaire est en 3 épisodes. Bon visionnage.

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 23:45

A l'occasion des 50 ans des Accords d'Evian et du cessez-le-feu en Algérie. Voici un documentaire de réfèrence d'Yves Courrière et Philippe Monnier sur cette guerre d'indépendance. Qui marque encore de nos jours, profondément les relations algéro-françaises.

 

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 18:04

Excellent documentaire réalisé par Arte sur le résistant au colonialisme Abdelkrim Al Khattabi, qui avec de faibles moyens réussira à créer son propre état et même à battre les troupes coloniales. Jusqu'au moment où la riposte unie des forces françaises et des espagnoles lui soit fatal, un évènement majeur connu sous le nom de Guerre du Rif.

 

 

 

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 23:36

http://www.vitaminedz.com/entete-categorie/365.jpg

 

Abd el-Kader

 

2000 ans d'Histoire sur France Inter de Patrice Gélinet avec Ahmed Bouyerdene (historien).

 

 

« Les Français n'ont quitté leur pays que pour conquérir le nôtre. Mais je suis l'épine que Dieu leur a placée dans l'œil et, si vous m'aidez, je les rejetterai à la mer. »(Abd-el-Kader)

 

Lorsqu'en 1830, l'armée française du général de Bourmont débarquait en Algérie, il ne s'agissait pas encore de la coloniser mais de venger un affront. Ce fameux coup d'éventail donné trois ans plus tôt par le dey Hussein au consul de France à Alger.Personne n'imaginait encore que cette expédition marquait le début de 130 ans de présence française en Afrique du nord.

 

Personne ne pensait non plus qu'il faudrait des années de guerre pour soumettre celui qui fut le premier adversaire de la colonisation française en Algérie. L'émir Abd-el-Kader.Pendant 15 ans, ce chef de guerre qui fut aussi un des plus grands mystiques de l'Islam a tenu tête à une des armées les plus puissante du monde avant de se rendre au général de Lamoricière le 23 décembre 1847.

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 18:55

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2b/TUNISIE_MONASTIR_RIBAT_04.jpg

Ribat de Monastir en Tunisie.

 

 

Premier voyage de Sindbad.

 

J’avais hérité de ma famille des biens considérables, j’en dissipai la meilleure partie dans les débauches de ma jeunesse ; mais je revins de mon aveuglement, et, rentrant en moi-même, je reconnus que les richesses étaient périssables, et qu’on en voyait bientôt la fin quand on les ménageait aussi mal que je faisais. Je pensai, de plus, que je consumais malheureusement dans une vie déréglée le temps, qui est la chose du monde la plus précieuse. Je considérai encore que c’était la dernière et la plus déplorable de toutes les misères que d’être pauvre dans la vieillesse. Je me souvins de ces paroles du grand Salomon, que j’avais autrefois ouï dire à mon père « Il est moins fâcheux d’être dans le tombeau que dans la pauvreté. »

Frappé de toutes ces réflexions, je ramassai les débris de mon patrimoine. Je vendis à l’encan, en plein marché, tout ce que j’avais de meubles. Je me liai ensuite avec quelques marchands qui négociaient par mer. Je consultai ceux qui me parurent capables de me donner de bons conseils. Enfin, je résolus de faire profiter le peu d’argent qui me restait ; et dès que j’eus pris cette résolution, je ne tardai guère à l’exécuter. Je me rendis à Balsora , où je m’embarquai avec plusieurs marchands sur un vaisseau que nous avions équipé à frais communs.

Nous mîmes à la voile, et prîmes la route des Indes orientales, par le golfe Persique, qui est formé par les côtes de l’Arabie Heureuse à la droite, et par celles de Perse, à la gauche, et dont la plus grande largeur est de soixante-dix lieues, selon la commune opinion. Hors de ce golfe, la mer du Levant, la même que celle des Indes, est très spacieuse elle a d’un côté, pour bornes, les côtes d’Abyssinie, et quatre mille cinq cents lieues de longueur jusqu’aux îles de Vakvak. Je fus d’abord incommodé de ce qu’on appelle le mal de mer ; mais ma santé se rétablit bientôt, et depuis ce temps-là je n’ai point été sujet à cette maladie. Dans le cours de notre navigation, nous abordâmes à plusieurs îles, et nous y vendîmes ou échangeâmes nos marchandises. Un jour que nous étions à la voile, le calme nous prit vis-à-vis une petite île presque à fleur d’eau, qui ressemblait à une prairie par sa verdure. Le capitaine fit plier les voiles et permit de prendre terre aux personnes de l’équipage qui voulurent y descendre. Je fus du nombre de ceux qui y débarquèrent. Mais, dans le temps que nous nous divertissions à boire et à manger et à nous délasser de la fatigue de la mer, l’île trembla tout à coup et nous donna une rude secousse.

On s’aperçut du tremblement de l’île dans le vaisseau, d’où l’on nous cria de nous rembarquer promptement ; que nous allions tous périr ; que ce que nous prenions pour une île était le dos d’une baleine. Les plus diligents se sauvèrent dans la chaloupe, d’autres se jetèrent à la nage. Pour moi, j’étais encore sur l’île, ou plutôt sur la baleine, lorsqu’elle se plongea dans la mer, et je n’eus que le temps de me prendre à une pièce de bois qu’on avait apportée du vaisseau pour faire du feu. Cependant, le capitaine, après avoir reçu sur son bord les gens qui étaient dans la chaloupe et recueilli quelques-uns de ceux qui nageaient, voulut profiter d’un vent frais et favorable qui s’était élevé ; il fit hisser les voiles et m’ôta par là l’espérance de gagner le vaisseau.

Je demeurai donc à la merci des flots, poussé tantôt d’un côté et tantôt d’un autre ; je disputai contre eux ma vie tout le reste du jour et de la nuit suivante. Je n’avais plus de force le lendemain et je désespérais d’éviter la mort, lorsqu’une vague me jeta heureusement contre une île. Le rivage en était haut et escarpé, et j’aurais eu beaucoup de peine à y monter, si quelques racines d’arbres, que la fortune semblait avoir conservées en cet endroit pour mon salut, ne m’en eussent donné le moyen. Je m’étendis sur la terre, où je demeurai à demi mort, jusqu’à ce qu’il fût grand jour et que le soleil parût.

 

 

Retrouvez ici les contes des Mille et une nuits traduit par Antoine Galland au début du XVIIIème siècle.

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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 16:36

Voici un numéro du Dessous des cartes qui s'inscrit en plein coeur de l'actualité et éclairci un peu plus notre vision du monde arabe. Bon visionnage.

 

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 21:07

Voici un extrait du prochain ouvrage de Tariq Ramadan, professeur d'islamologie à l'université d'Oxford, portant sur les révolutions arabes. Une histoire du temps présent sur le monde arabo-musulman et sur ces bouleversements.


http://www.directmatin.fr/commun/n509x359/86/egyptiens-paris-f-tent-espoir-mocratie-pour-monde-arabe-45655.jpg


 

INTRODUCTION

 

Il n’est jamais facile d’analyser les situations à chaud, au moment où les événements se déroulent, alors que demeurent tant d’incertitudes sur la compréhension des causes, des faits eux-mêmes et de l’avenir. Cet ouvrage ne prétend pas révéler des secrets, dévoiler des stratégies plus ou moins bien intentionnées ou encore prédire l’avenir. Ce serait folie, ce serait prétentieux, ce serait vain et inutile. À l’heure où l’on parle de « printemps arabe », de « révolutions » et de « bouleversements » en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (Anmo), nous avons voulu revenir sur les faits, étudier les réalités et tenter de mettre en avant quelques enseignements pour le monde arabe et les sociétés majoritairement musulmanes elles-mêmes, mais également pour les observateurs de ces évolutions si étonnantes, si inattendues.

 

Que s’est-il donc passé en Tunisie et en Égypte, que se passe-t-il plus largement dans les deux régions constituant l’Anmo, pourquoi maintenant ? Telles sont les premières questions qui nous viennent à l’esprit et qu’il faut aborder en réétudiant le passé récent, les acteurs en présence, de même que les données politiques, géostratégiques et économiques. Seule une lecture holistique, comprenant ces trois dimensions, sera à même de nous donner quelques clés de compréhension. Face à l’ampleur du séisme qui secoue les pays arabes, une telle étude est impérative, si l’on veut évaluer les enjeux et accompagner ces sociétés vers la liberté, la démocratisation et l’autonomie économique.

 

Il nous est apparu nécessaire de nommer, ou plutôt de refuser de nommer trop vite les soulèvements arabes. Nous ne savons pas de quoi il s’agit exactement ni quels seront les résultats concrets de ces mouvements de masse non violents et transnationaux. Avec le monde, nous nous sommes réjouis et nous avons célébré la fin des dictateurs et de leur régime, mais à la suite de l’analyse des faits et d’un certain nombre de données objectives, nous exprimons un optimisme prudent et lucide. L’Histoire récente n’a pas encore fini de nous livrer ses secrets : nos analyses n’ont pas fini d’être revues, affinées et peut-être contestées

 

Ces soulèvements ne viennent pas de nulle part. Depuis 2003, avec de plus en plus de force, on entendait parler de la nécessaire démocratisation des pays de l’Anmo. Le président George W. Bush ne justifiait pas autrement l’intervention en Iraq, annonçant un programme plus vaste pour toute la région. Dès 2004, des séminaires de formation à la mobilisation non violente (dans la droite ligne de celle qui avait permis de faire chuter Milošević en 2000) sont offerts à de jeunes cyberdissidents de l’Anmo. En Serbie, dans le Caucase, en Europe de l’Est ou aux États-Unis, des institutions financées par l’administration américaine et/ou par de grandes compagnies privées (telles que Google), des conférences, des séminaires et des réseaux sont créés afin d’octroyer à de jeunes cadres des formations relatives, notamment, à la maîtrise des divers outils Internet et des réseaux sociaux (type Facebook ou Twitter).

Ces faits sont connus et ont été rapportés par les institutions formatrices ou les acteurs eux-mêmes, comme par la presse. Ils confirment une réalité : les gouvernements occidentaux connaissaient – et finançaient – ces formations, alors que les gouvernements de Tunisie, d’Égypte ou d’ailleurs en avaient également connaissance, puisque certains des cyberdissidents ont été interpellés et arrêtés à leur retour de formation, comme ce fut le cas en Égypte dès 2008. Ces faits sont tenaces ; il faut les étudier et les mettre en perspective si l’on veut avoir une meilleure compréhension des dynamiques et des enjeux.

 

Est-ce à dire, comme le pensent certains, que ces mouvements sont manipulés et que tout, au fond, est aux mains de « l’Occident », des États-Unis et de l’Europe ? Nous ne le pensons pas. Il y a loin entre déterminer ce qui était connu, contrôlé et parfois planifié, et conclure que les potentialités de l’Histoire se limitent aux tentatives de mainmise sur les événements. Il apparaît certes clairement que les États-Unis et l’Europe avaient décidé de changer de politique dans les deux régions. Soutenir inconditionnellement des dictateurs (désormais en fin de règne) et des régimes corrompus ne pouvait plus être viable ni efficace dans la perspective, en sus, de l’émergence de nouveaux acteurs politiques et économiques de poids tels que la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, voire la Turquie et le Venezuela. Une réforme s’imposait. Impossibles à contrôler, cependant, était l’étendue que prendrait le phénomène et la somme de sacrifices que les peuples étaient prêts à assumer pour recouvrer leur liberté.

Les mobilisations tunisiennes, puis égyptiennes – cette effervescence qui fleurissait sur la place de la Libération (midan at-Tahrir) – ont libéré des forces et des énergies insoupçonnées. Au Yémen, en Syrie, en Libye, au Maroc, à Bahreïn, des femmes et des hommes ont montré que, si l’instrumentalisation était parfois possible, le contrôle absolu des mouvements de masse ne l’était pas. Un verrou est brisé dans le monde arabe, dont il faut prendre acte lucidement, sans naïveté. Ce qui implique d’éviter tant l’idéalisme et l’optimisme béats de ceux qui sont aveugles aux manœuvres politiciennes que la paranoïa conspirationniste de ceux qui ne font plus confiance à la capacité des humains à rester sujets de leur Histoire. Des peuples ont montré qu’il était possible de déloger des dictateurs sans armes, par la force du nombre, dans une attitude pacifiste et positive : il y a quelque chose d’irréversible dans ces événements.

 

Le moment est historique, comme le sont les perspectives de sortir de l’époque des dictatures. Rien n’est joué, ces soulèvements ne sont pas encore des révolutions. De la Tunisie au Yémen, en passant par l’Égypte, la Libye, la Syrie, Bahreïn, rien n’est acquis : les processus démocratiques sont embryonnaires, la sécurité fragile et les armées toujours puissantes et aux aguets. Nul ne peut prédire l’avenir, et les tensions qui ont suivi les soulèvements, en Tunisie comme en Égypte, prouvent qu’il faudra encore du temps pour tourner le dos au passé et donner naissance à des sociétés ouvertes, pluralistes et démocratiques. Encore faudra-t-il que les acteurs desdites sociétés regardent les vrais défis en face et ne tombent pas, par exemple, dans le piège de la polarisation autour de débats stériles entre « laïques » et « islamistes ». Certes, il est des questions à clarifier sur le fond : nature de l’État, rôle de la référence religieuse, principes fondateurs de l’égalité des droits entre citoyens, notamment entre les femmes et les hommes, etc. Elles ne doivent pas réduire la discussion à la confrontation de deux approches respectivement en crise, comme cet ouvrage s’efforce de le montrer.

 

Déterminer les vrais enjeux, fixer des moyens et des priorités relatifs aux réformes sociales et politiques, accompagner l’émergence d’une vraie société civile, tels sont les chantiers qui attendent les intellectuels et les politiques, loin des débats tronqués et paralysants. C’est ce renouveau de fond, radical, que nous appelons de nos vœux, à l’heure où l’Anmo devient l’objet d’innombrables convoitises, pour des raisons tant économiques que géostratégiques.

L’heure est venue de cesser de blâmer l’Occident pour la colonisation et l’impérialisme du passé, ou encore pour les velléités de manipulation et de mainmise du présent. Les sociétés civiles arabo-musulmanes doivent se libérer de cette posture victimaire et se réconcilier avec le cours de l’Histoire, que des millions de femmes et d’hommes ont accéléré en descendant massivement dans la rue. C’est une responsabilité historique : il importe d’être lucide sur les enjeux, averti quant aux manipulations et toujours déterminé à réaliser les réformes qui s’imposent avec la participation des citoyennes et des citoyens de toutes classes sociales et de tous horizons religieux et culturels.

 

Ces soulèvements ont ouvert de multiples perspectives : rien n’est encore joué. Des choix s’imposent désormais. L’ancien couple « Islam et Occident » laisse désormais la place à des relations multipolaires où le Sud, l’Orient et l’Asie jouent un rôle original. Celui-ci est intéressant, même s’il n’est pas une garantie de plus de justice et de plus de démocratie (...) 

 

 

Source: http://www.tariqramadan.com/L-islam-et-le-Reveil-arabe.html

 

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Abou Al Qacim Al Zahrawi (latinisé Aboulcassis) est l'un des plus grands chirurgiens de tous les temps et sûrement le plus grand du Moyen Âge et de l'Islam classique, ses traités de chirurgie comportaient des descriptions d'instruments cliniques qu'il avait inventé (ophtalmologie, gynécologie), pratique de cautérisation. Traduit en Europe au XVème siècle, ils servirent pendant plus de 500 ans de références dans les universités d'Europe.  Cliquez ici pour découvrir ce personnage ! 

 

                                                                                                                       http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0e/17th_century_Persian_anatomy.jpg/383px-17th_century_Persian_anatomy.jpg

 

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  L'Emir Abdelkader face à la conquête française de l'Algérie, de Mehdi Benchabane (ed: Edilivre)

L émir Abdelkader face à la conquête française de l Alg
L'émir Abdelkader (1808-1883) est aujourd'hui considéré comme étant l'Algérie incarnée en homme, sa personne et son oeuvre constituent un formidable révélateur des relations franco-algériennes au cours du XIXème siècle, et également de la position de l'islam face à la colonisation. C'est ainsi que sa lutte contre la France coloniale entre 1830 et 1847 se distingue par une persévérance et une durée surprenantes au vu de ses forces militaires. Celle-ci s'est appuyée sur une intelligence tactique, une foi musulmane profonde imposant une éthique de vie, et un véritable sens du dialogue avec les différents acteurs du conflit. Cet ouvrage met ainsi en lumière les raisons de cette résistance exceptionnelle.
Pour vous le procurer : CLIQUEZ ICI

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