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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 00:34

http://www.ec-curie-tunis.ac-versailles.fr/IMG/jpg/kairouan-6-cm2-01.jpg
Kairouan, une ville symbole de l'Occident musulman.


La Sicile musulmane a laissé peu de traces archéologiques ; elle pourrait passer inaperçue et ne paraître qu'un bref intermède, s'il n'y avait en aval l'étonnant chapitre de la Sicile normande. Or de 831 à 1071, Palerme est une ville musulmane ; la conquête, d'abord militaire, ouvre la Sicile à une forte immigration venue d'Afrique du Nord. Pendant quelques décennies, les réformes des Fâtimides permettent l'apparition d'une civilisation urbaine qui va multiplier les échanges avec les villes musulmanes du bassin méditerranéen. Nous avons demandé à Henri Bresc de nous présenter cet épisode de l'histoire sicilienne. 

La conquête de la Sicile

Les premières ambitions musulmanes sur la Sicile reposent d'abord sur la position centrale de l'île en Méditerranée : depuis la conquête de l'Afrique du Nord par les Arabes, l'île est la base navale essentielle des Byzantins, qui contrôle une mer longtemps restée sous hégémonie grecque. C'est un centre de l'hellénisme, rattaché maintenant au point de vue religieux à Constantinople. Sa capitale, Syracuse, avait été choisie comme siège de l'empereur par Constant II, qui y est assassiné en 668. Un équilibre s'est institué, souligné par des trêves longues. Il est rompu en 826 par la révolte du gouverneur de Sicile, Euphémius, contre Michel II. Selon un scénario classique chez les Byzantins, un gouverneur appuyé sur une flotte puissante peut tenter sa chance. Euphémius se proclame empereur et fait appel à l'aide de Ziyâdat Allâh, émir aghlabide de Kairouan et gouverneur de l'Afrique du Nord, l'Ifrîqiyya, au nom du calife abbasside de Bagdad. Le monde musulman est alors uni par un califat unique, dont les Aghlabides sont de vieux et fermes partisans, et l'émir refuse de l'entraîner dans une guerre générale, mais il permet aux hommes de religion de Kairouan, juristes malikites et théologiens, de mener une armée de volontaires.


Les Aghlabides et la résistance byzantine

Conduite par un vieillard, le juge Asad b. al-Furât, l'armée débarque à Marsala et entreprend une longue guerre d'usure, bientôt soutenue par l'armée régulière venue d'Afrique. Il faudra quarante années de campagnes pour l'emporter sur une résistance acharnée des gens de l'île et atteindre la capitale en 878, après la prise de Palerme en 831 et celle d'Enna en 859. Les Grecs fortifient l'île et reprennent plusieurs fois les centres perdus, Raguse, Noto, laissés au statut de tributaires. La Sicile ne sera conquise et soumise à un ordre étatique à peu près totalement qu'en 902 par l'émir aghlabide Ibrâhîm II, qui prend Taormine. Le gouvernement aghlabide, ayant envoyé à la conquête de l'île les éléments les plus instables de l'armée et les juristes les plus rebelles, a eu en effet le plus grand mal à en prendre le contrôle. Les révoltes des musulmans de l'île se succèdent pendant le IXe siècle, en 851, en 886, en 897. De violents conflits internes manifestent la survie de l'esprit de la conquête, celui d'une coopérative militaire avide de butin, noyau de djihâd inquiet et prompt à se retourner contre les musulmans d'Afrique : les habitants d'Agrigente attaquent Tripoli et pillent Palerme et il faut, en 900, une grande expédition aghlabide pour pacifier l'île. Les révoltes reprennent après la guerre civile qui, en Afrique du Nord, oppose les éléments fidèles aux Abbassides aux partisans du nouveau califat chiite proclamé en 905 à Kairouan, qui prend le nom dynastique de Fâtimides. En 915 le gouverneur fâtimide est tué, les Palermitains équipent une flotte, détruisent Sfax et attaquent Tripoli.

Les Grecs ont longtemps résisté dans les montagnes du Valdemone, entre Cefalù, Messine et Taormine – Madonies, Nébrodes, Péloritaines –, autour du site fortifié et perché de Démenna – aujourd'hui San Marco d'Alunzio : selon le témoignage de Dawûdî, juriste du début du XIe siècle, auteur d'un Livre des impôts, les conquérants les ont chassés vers cette région, sans qu'ils aient été coupables de rébellion, pour que les terres qu'ils occupaient fassent partie du butin. La distribution des terres a en effet été illégale et spontanée entre les conquérants ; il n'y a eu ni cinquième réservé pour l'État, selon la règle ou khums, ni répartition coutumière ; une chrétienté « démennite » se regroupe donc, soumise en cas de nécessité, révoltée à l'occasion. Les Byzantins restaurent une province, un « thème », qui sera balayé vers 960. Les chrétiens accueillent en 1040 des musulmans révoltés qui se convertissent au christianisme. La répression sera sévère, mais ils restent prêts à accueillir un libérateur. Certains passent en Calabre sous contrôle byzantin, mais la tolérance « classique » des Aghlabides, puis des Fatimides permet la survivance minimale d'institutions religieuses dans les régions islamisées et arabisées : il y a un évêque auprès de l'émir à Palerme, où une porte de la ville est nommée Shantagata, « de Sainte-Agathe », du nom d'une église et peut-être à Catane, des monastères demeurent à Vicari et Saint-Philippe d'Argirò. Des écoles sont attestées par les vies de saints et la liturgie suit celles d'Égypte et d'Antioche. Le maintien de la culture grecque permet, comme dans l'ensemble du monde musulman, la présence de fonctionnaires chrétiens, qui servent la dynastie et protègent leurs coreligionnaires. C'est une preuve de dévouement car les risques sont élevés : l'aghlabide Ibrâhîm II, taxé de folie et de cruauté par les sources malikites, aurait, selon les récits hagiographiques, fait exécuter quatre Siciliens chrétiens, son trésorier, son collecteur des taxes, leur père et un autre homme.


Un paysage religieux composite

On ne constate donc pas en Sicile de ralliement général à l'envahisseur, comme en Orient, ni de résistance au nom d'un islam différent, comme dans le Maghreb berbère rallié au khâridjisme. C'est une vigoureuse immigration qui assure l'islamisation partielle de l'île et son arabisation. De nombreux cadres y exercent : au témoignage du géographe Ibn Hawqal, qui visite Palerme en 973, on n'y compte pas moins de trois cents maîtres d'école. La mosquée principale, réservée à la population non chiite, regroupe sept mille auditeurs, et la ville recense trois cents oratoires. La conversion est pourtant loin d'être complète. Ibn Hawqal, en 973, constate ainsi des faits scandaleux pour un juriste : des couples mixtes partagent leurs enfants entre la foi chrétienne et la loi musulmane ; les musulmans époux de chrétiennes permettent en effet à leurs filles de rester chrétiennes. La coexistence entre majorité musulmane et minorité chrétienne passe ainsi au sein des familles, et les femmes et les filles maintiennent des lignées féminines de foi différente de celle de leurs maris et de leurs frères. C'est dire l'indifférence profonde à l'égard de la foi : la religion est un statut politique plus ou moins avantageux, les règles ne sont pas intériorisées et les compromis toujours possibles avec les traditions religieuses locales.

Le régime musulman applique les impôts « coraniques », la capitation ou djizya et le tribut foncier sur les non-musulmans, mais il n'ose pas imposer les musulmans ; il ne lève ni l'impôt foncier ou kharâdj, ni même la dîme, mais se contente d'un impôt léger hérité des Byzantins ; s'y ajoutent, il est vrai, des prestations de bois pour les chantiers navals. La destruction des cadastres fiscaux, attestée par Dawûdî, manifeste la résistance de cette société de conquérants contre la discipline étatique et le tribut exigé. Le régime dispose aussi du tribut levé sur la Calabre et du butin des guerres navales et des razzias menées dans l'Italie continentale. La répartition des hommes s'est faite, entre la conquête et 965, en villages ouverts, qaryas, jusqu'au grand incastellamento décidé par les Fâtimides, mais le juriste Dawûdî témoigne aussi de l'existence de véritables fermes, diyâ', qui payent normalement la dîme. Une distribution de terres aux officiers princiers a en effet sans doute eu lieu, dont témoigne le nom de rahal qui reste, à l'époque normande, à un grand nombre de domaines fonciers, accompagné du nom d'un officier, le rahal du cadi, celui du qâ'id.


La Sicile fâtimide

La Sicile fâtimide est le grand laboratoire de la nouvelle dynastie califale qui arrive au pouvoir en 905 en Afrique, appuyée sur les Kabyles de la tribu Kutâma, précocement ralliés à son message chiite radical. L'île est d'abord difficile à contrôler, elle se révolte et les Fâtimides y envoient les Kutâma en 916. À côté de la vieille ville fortifiée de Palerme, le Qasr – qui deviendra le Cassaro –, et qui reste étrangère à la doctrine chiite, ils fondent en 936 une ville forte qui surveille le port et qui comprend le palais et les casernes de la garnison. C'est la Khâlisa, l'« élue », qui n'est habitée que par les chiites, et qui constitue le prototype de la ville du Caire fondé par Djawhar le Sicilien en 969. Les Fâtimides maintiennent un État fort, frappent l'île d'impôts sévères, de sorte qu'en 938 la population musulmane fait appel à l'empereur byzantin Romain Lécapène. Si l'anarchie est matée par un gouverneur à poigne, on est frappé de constater la fuite des musulmans chez les chrétiens rebelles et l'extrême violence des conflits. En 947, quand la principale famille de Palerme, les Tabarî, est soupçonnée de révolte, elle est prévenue et écrasée par un autre gouverneur énergique, qui fonde la dynastie des Kalbites. Les Fâtimides utilisent aussi la déportation : les Berbères khâridjites d'Afrique du Nord sont établis en Sicile, où leurs tribus sont dispersées, en particulier à Enna. Les Kalbites installent à Palerme, dans l'ombre du califat fatimide installé au Caire depuis 969, un vrai gouvernement avec des vizirs, des chambellans, une cour. La fin de la société de djihâd s'annonce.


Les émirs kalbites

La Sicile apparaît en effet pour les Fâtimides comme un terrain d'expériences : l'effort d'islamisation se fait jour en 962 par une grande cérémonie, où quatorze mille enfants sont circoncis simultanément ; après une offensive byzantine, écrasée en 965 à la bataille du Fossé ou de Rametta, le calife fâtimide Mu'izz fait accomplir par l'émir kalbite, en 967, un grand incastellamento, mouvement qui représente une mutation profonde de l'habitat. Il décide en effet le regroupement forcé de tous les habitants dans un petit nombre de villes ou madîna, une par district, chacune gardée par un château et munie d'une mosquée du vendredi, indispensable pour assurer la fidélité politique et l'endoctrinement religieux. Il s'agit de faire pénétrer l'islam, mais aussi de faire passer le message chiite sur lequel repose la dynastie. Cette nouvelle structure, accompagnée de la destruction des anciens habitats dispersés, fortifie l'île contre Nicéphore Phocas, et semble avoir réussi l'unification culturelle des populations. Cette islamisation et cette arabisation sont d'autant plus radicales qu'une immigration nombreuse suit les famines qui ravagent les provinces africaines, de 1004-1005 à 1040, avant même l'invasion des Hilaliens, qui disloque l'Afrique du Nord. Un mouvement à plus longue distance, fréquent dans le monde de l'islam, a fait affluer aussi des musulmans d'Espagne andalouse et même d'un Orient lointain, des Coptes, des Éthiopiens, des Khurasaniens, des Indiens. Ce sont des patriciens d'origine iranienne, les Tabarî, qu'on exécute à Palerme en 946. L'immigration entraîne aussi des juifs arabisés, nombreux, en relation étroite avec la synagogue de Ben Ezra du Vieux-Caire : la Sicile et la Tunisie leur servent de relais pour leurs trafics commerciaux entre l'Égypte et la Syrie fatimides et l'Occident musulman omeyyade.

Sur le modèle de la Tunisie aghlabide, les émirs kalbites ont ainsi obtenu la liquidation des solidarités militaires tribales et des grandes factions qui opposaient Agrigentins et Palermitains à la fin du IXe siècle. Les tribus disparaissent en ville, où ne se conserve que la « noblesse héraldique » : au XIIe siècle, dans les documents d'époque normande, de nombreux musulmans souscrivent les actes de la pratique notariale et portent des noms, des nisbas, qui se réfèrent aux grandes tribus arabiques et aux tribus berbères. Ces noms n'ont plus d'efficacité politique ou militaire, mais ils soulignent l'attachement à des origines considérées comme brillantes.


L'apogée de la Sicile musulmane

La conquête musulmane puis les réformes des Fâtimides ont aussi permis, sur le modèle des grandes réformes abbassides du IXe siècle, une révolution culturale, une ‘imâra, indispensable au développement commercial et à l'acculturation urbaine. Cette révolution culturale se manifeste par l'intégration des cités siciliennes dans le dénombrement des villes que décrivent les documents de la Geniza du Caire et s'exprime dans une consommation de produits de luxe nouveaux, vêtements de soie et de coton, mobilier de qualité, cuisine raffinée. Elle s'intègre dans le mouvement commercial du monde musulman : la Sicile exporte en particulier vers l'Orient des soieries précieuses. Il en résulte une économie agraire « en peau de léopard » qui multiplie les zones irriguées, où s'implantent les nouvelles cultures, iraniennes et indiennes, comme la canne à sucre, présente dès 910, le henné, l'indigo, le coton, les nouvelles espèces de légumes, et où se développent les agrumes, déjà présents dans le monde romain. Le mûrier à ver à soie, importé aussi en Méditerranée par Byzance, occupe une place capitale dans l'économie de la Sicile orientale et en Calabre. Les jardins jouent donc un rôle nouveau, attesté par le vocabulaire arabe passé dans la langue sicilienne, mais l'essentiel demeure la céréaliculture.

Cette économie monétaire, intensive, fondée sur une marqueterie de productions destinées au marché, repose sur un paysannat libre et entreprenant : en 1019, la Sicile se soulève contre l'émir Dja'far, contraint à l'exil pour avoir tenté de remplacer la taxe coutumière par une dîme générale sur les froments et sur les fruits – il part avec 970 000 dinars en Égypte ; son frère Akhal est chassé du pouvoir en 1035 quand il tente d'établir sur tous l'impôt foncier, le kharâdj.

Cités et activités artisanales ont connu un essor continu, en contraste vigoureux par exemple avec la relative atonie de l'Italie continentale. Les surnoms des vilains musulmans au XIIe siècle donnent l'image des activités productrices dans le champ industriel et de la dignité qui leur est conférée : textile, métal, cuir, bois et construction, tandis que fort peu viennent de la production agricole. Palerme, seule cité bien décrite, a remplacé Syracuse, capitale impériale de Constant II. Elle porte le nom de « ville de Sicile », madîna Siqilliya. Elle est décrite avec précision par le voyageur Ibn Hawqal, qui la visite en 980. Sur la colline, il visite d'abord la vieille ville fortifiée, le Qasr, Cassaro, qui a hérité de l'époque romaine et byzantine un urbanisme superbe et géométrique ordonné autour d'une grande rue droite, la « Rue de marbre », dallée de pierre. La grande mosquée englobe le bâtiment de la vieille cathédrale et on lui montre là le tombeau suspendu d'Aristote, qui protégeait la cité contre la sécheresse au temps des chrétiens. Près du port et de l'arsenal, la Khâlisa, fondée en 937, est le siège du pouvoir émiral et de l'armée. De nouveaux quartiers ont surgi entre les deux sites et d'autres seront construits par les Kalbites, celui des Esclavons, celui de la mosquée d'Ibn Saqlab, celui des hôtelleries, celui, enfin, de la synagogue et des forgerons. Les nouveautés sont remarquables : le rivage est défendu par des couvents, sans doute fortifiés, des ribâts, qu'Ibn Hawqal dit occupés par des mystiques sûfîs, qu'il présente comme des mauvais sujets et des débauchés. Au moment de la conquête normande, le nouveau mur englobera ces quartiers, un espace de deux cents, avec des jardins, le même espace qui accueillera cinquante mille hectares vers 1340 et cent mille en 1700. L'activité artisanale et commerciale y est intense, droguistes – ou ‘attârîn, qui laisseront leur nom au quartier des Lattarini – fourbisseurs d'armes, brodeurs, changeurs et une grande variété de commerces de bouche.

La Sicile est un producteur de soieries, turbans, robes, voiles, fabriqués dans la région de Démenna, de couvertures, de carpettes oumandîls. L'exportation de la soie sicilienne en Égypte est attestée dès 1042 par le voyageur persan Nâsir-i Khosraw. Un navire palermitain est présent à Tripoli du Liban en 1037-1038, il y décharge du lin d'Égypte, puis repart pour Mahdiyya en Tunisie ; quatre bâtiments arrivent de Palerme à Alexandrie en 1055, un autre de Mazara en 1062. Il porte la bonne nouvelle de la mort d'Ibn al-Thumna, le traître qui a introduit les Normands dans l'île. Mazara est en effet le grand port de la Sicile musulmane, avec un marché de redistribution du lin égyptien, du bois de brésil et de l'indigo, qui servent à teindre les textiles siciliens.


La guerre de frontière

La politique de l'île est dictée par sa situation de frontière : les portes des villes de Palerme gardent longtemps pendant le Moyen Âge chrétien des noms de régiments abbassides (Anbâ'), Sûdân fatimides (Noirs, Sûdân, Kutâma), et une autre reste la Porte des victoires, Bâb al-Futûh. La guerre est en effet constante encore au Xe et au début du XIe siècle contre l'Italie byzantine et lombarde : en 917-930 les troupes fâtimides poussent jusqu'en Pouille. Mais les forces palermitaines opèrent aussi contre les Omeyyades d'Espagne : l'expédition de 954 les mène contre Alméria, entraînant l'alliance des Andalous avec l'empereur byzantin Constantin VII. Après une période de calme, les Kalbites reprennent une guerre vigoureuse pour unifier la Sicile sous la domination fâtimide : en 962 ils conquièrent Taormine, rebaptisée Mu'izziya du nom du calife fâtimide Mu'izz ; l'année suivante, ils s'emparent de la forteresse de Rametta qui garde la montagne de Messine et qui a été consolidée par Nicéphore Phocas. La paix conclue alors n'est qu'une étape : l'armée revient en Calabre et jusqu'en Pouille en 975-977 ; les Kalbites affrontent alors le premier projet de reconquête conjointe menée par l'empereur germanique Otton II avec l'appui du pouvoir pontifical ; leur flotte est victorieuse en 982 au Cap Colonne, manquant capturer ou tuer Otton. Ils reprennent l'offensive de 1002 à 1016, puis en 1031, mais la Sicile est désormais entrée en relations économiques avec l'Italie et la guerre s'émousse.

Une aire de prospérité s'est en effet créée dans la mer Tyrrhénienne aux premières années du XIe siècle ; ce sont les marchands d'Amalfi, petite ville, mais port actif entre Naples et Salerne, qui animent les commerces entre la Campanie, la Sicile, la Tunisie et l'Égypte. Ils vendent en Sicile et dans tout le monde musulman les fruits séchés des vergers de leur montagne, noisettes, noix, châtaignes, le miel, et le vin aussi, qu'une pratique assez souple de l'islam tolère. Ils achètent à Alexandrie, mais aussi dans les ports du canal de Sicile les précieuses épices qui transitent par l'Égypte depuis l'Inde.


L'éclatement

Sous l'autorité de plus en plus lointaine du califat fatimide, la Sicile kalbite est confrontée à la puissance en ascension des Zîrides de Mahdiyya, dynastie berbère qui a remplacé l'autorité califale en Afrique du Nord. Elle hésite entre l'alliance militaire, qui permet de faire face, jusqu'en 1035, aux offensives du catépan byzantin de Pouille Basile Bojohannès, et la tentation de la concurrence. Les Siciliens entrent aussi dans une période d'ambiguïté : en 1035, la compétition sépare les partisans des Kalbites ; les uns font appel aux Zîrides, d'autres proposent de livrer l'île aux Byzantins, et un Kalbite est fait dignitaire de l'Empire, magistros. Byzance prépare depuis longtemps une grande offensive ; retardée par la mort de Basile II en 1025, elle est menée par le général Georges Maniakès de 1037 à 1042, sous le prétexte de porter secours à ses partisans. L'armée byzantine, reçue avec enthousiasme par les chrétiens de Sicile, prend Messine et Syracuse, mais l'ambition de Maniakès le conduit, comme souvent les généraux byzantins vainqueurs, à se rebeller et à conduire son armée vers Constantinople. Dans l'autre camp, l'expédition de secours zîride entre en conflit, dès 1040, avec les Kalbites de Palerme.

Vers 1040, tous les éléments politiques et religieux d'une crise sont rassemblés : l'idéologie politique chiite, compromise par les déchirures au sein de la gnose fatimide, ne constitue plus un ciment, mais multiplie les divisions et les groupuscules ; de nouvelles branches de la « famille bénie » du Prophète tentent leur chance en Espagne, et fondent des califats minuscules, en particulier les Hammûdites de Ceuta, descendant d'Idrîs, qui occupent le califat cordouan de 1016 à 1023 ; la pluralité des pouvoirs de fait et des légitimités califiennes touche la Sicile comme tout l'Occident musulman. Les Kalbites sont chassés de Palerme en 1044 par la « république » – shûrâ, c'est-à-dire conseil – des Shaykhs, pouvoir politique et économique qui envoie des navires de commerce en Orient ; la monnaie y manifeste toujours la référence au califat fatimide, ne serait-ce que par opposition aux Zîrides de Mahdiyya qui ont abandonné le chiisme et rejoint le mâlikisme des docteurs de Kairouan. Palerme lutte contre les Zîrides en envoyant des armes aux rebelles de Sousse. Et le Maghreb accueille à son tour des réfugiés siciliens, qui se soustraient à la guerre civile.

Quatre qâyds imposent en effet dans l'île des pouvoirs régionaux, des taifas, semblables à celles de l'Espagne du XIe siècle, et qui visent probablement tous au califat : les plus importants, Ibn al-Hawwâs – sans doute un Hammûdite – à Agrigente et Castrogiovanni (Enna), et Ibn al-Thumna à Syracuse entrent en conflit. Le dernier prend le nom califien, de modèle abbasside, d'Al-Qadîr bi'llâh, et fait prononcer le prêche du vendredi, la khutba, à son nom. De 1053 à 1060, il entreprend l'unification de l'île et n'hésite pas à attaquer Sousse en 1053-1054. En 1060, pour répondre à la contre-offensive d'Ibn al-Hawwâs, il cherche l'alliance des chefs normands de Pouille et de Calabre, considérés comme de simples mercenaires et les appelle dans l'île.


Les derniers feux

Les années de la crise sont comme en Espagne les plus belles : l'islamisation de l'île est encore accentuée par l'immigration des Ismâiliens d'Afrique fuyant la persécution sunnite ; ils entretiennent une activité intellectuelle vigoureuse, dans le domaine de la poésie, comme Ibn Hamdis, dans ceux de la lexicographie et de la grammaire, comme Al-Makkî, le « correcteur de la langue », qui publie une critique de l'arabe parlé des Siciliens. La prospérité commerciale est alors à son zénith : comme la Tunisie, l'île est un relais entre Égypte et l'Occident musulman, pour des trafics de produits rares et chers, et elle ne souffre pas, avant l'arrivée des Normands, des incursions militaires ou des ravages systématiques, comme ceux des Hilaliens en Afrique.

La faiblesse militaire, acquise depuis la dissolution, en 1015, des régiments spécialisés de Berbères et de Noirs, et la division des partis expliquent largement la rapidité de la conquête normande : entrés dans l'île en 1061 avec de faibles contingents, quelque trois cents chevaliers, les Normands sont maîtres de Palerme dix ans après et de toute l'île vers 1090. Mais il faut compter aussi sur leur politique habile, sur l'aide des chrétiens grecs et sur la démoralisation des cadres siciliens : plusieurs chefs se convertissent au christianisme, comme ce sera le cas à la fin de l'Espagne almohade. Le seigneur d'Enna, membre de la famille des Hammûdites, se convertit avant de livrer cette place stratégique au centre de l'île. La conquête chrétienne se présente comme une reconquête motivée et opérée en douceur par la négociation ; le maintien des statuts explique la longueur des collaborations, la relative confiance entre Siciliens musulmans et immigrants latins et surtout, alors qu'on s'attendrait à un exode, la poursuite d'une immigration de musulmans depuis les terres africaines, qui consolide pour un temps un monde de toute façon menacé.

De 1061 à 1071, le Normand Roger de Hauteville réussit là où Byzance avait échoué. Il élabore, ce faisant, les premiers éléments de ce qui sera en 1095 l'idéologie de la Croisade et construit aussitôt un État, qui se fera plus complexe avec Roger II, mais qui repose dès l'origine sur la collaboration de chrétiens locaux, grecs et arabes, et de musulmans, avec un encadrement venu de France.

Cette seconde Sicile musulmane, sous protection normande, connaîtra cependant de très graves conflits : son existence pacifique repose sur la force de l'État et sur sa capacité à maintenir l'ordre ; les régences, les complots aristocratiques, les moments de faiblesse de la monarchie éveillent des conflits entre les musulmans et leurs voisins chrétiens. Une première alarme sonne en 1160-1161, après une conspiration des nobles, et déclenche un pogrom anti-musulman dans l'île. Quand la dynastie normande entre dans sa crise mortelle en 1189 et que la guerre civile débouche sur la victoire des armées germaniques de l'empereur Henri VI, les musulmans rejoignent les forces de divers partis engagés dans la guerre civile. Ils sont broyés sous la meule des conflits factionnels. Les derniers combattants sont déportés en Pouille par Frédéric II de Hohenstaufen : il constitue à Lucera une ville-caserne peuplée de familles musulmanes et les utilise comme une garde personnelle.

Henri Bresc
Décembre 2002


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Published by Mehdi
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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 19:41

http://herodote.net/Images/arbalete.jpg


Ce calendrier musulman ou islamique est aussi appelé Hijri.


Il fut précédé, chez les Arabes et avant l’avènement de l'Islam, par un calendrier luni-solaire, certainement d'origine araméenne et, plus loin encore, babylonienne, de 12 mois de 30 ou 29 jours avec intercalation de mois complémentaires. Antérieurement à l'Islam, les Arabes intercalaient donc un mois supplémentaire tous les deux ou trois ans pour garder une certaine synchronisation du calendrier lunaire et du calendrier solaire.

Les préceptes du Coran firent prendre un virage définitif à ce calendrier et le transformèrent en un calendrier purement lunaire en lui donnant une importance proprement religieuse.

Puisque la vérité est là, plongeons donc dans quelques versets du Coran pour comprendre la structure de ce calendrier :

Le nombre de mois, auprès d'Allah, est de douze [mois], dans la prescription d'Allah, le jour où Il créa les cieux et la terre. Quatre d'entre eux sont sacrés : telle est la religion droite. [Durant ces mois], ne faites pas de tort à vous-mêmes. Combattez les associateurs sans exception, comme ils vous combattent sans exception. Et sachez qu'Allah est avec les pieux. Sourate 9 - verset 36


Première conclusion : l'année comporte douze mois.

J'ajoute que les noms de ces mois sont différents de ceux des calendriers arabes pré-islamiques. Le tableau suivant donne la liste des noms anciens et des noms nouveaux étant entendu que des manières différentes de traduire l'Arabe peuvent donner lieu à des orthographes différentes. 


L'année musulmane se présente donc ainsi :

Nom du mois
Nombre de jours
Signification
1
Muharram
30
Déclarer sacré
2
Safar
29
Saison de la moisson
3
Rabi' al-awwal (Rabi I)
30
Automne
4
Rabi' al-thani (Rabi' II)
29
Automne
5
Jumada al-awwal (Jumada I)
30
Gelée
6
Jumada al-thani (Jumada II)
29
Gelée
7
Radjab
30
Sacrifice du chameau
8
Sha'ban
29
se ramifier
9
Ramadan
30
Grande chaleur
10
Chawwal
29
Enlever (la chaleur ?)
11
Dhu al-Qi'dah
30
S'agenouiller
12
Dhu al-Hijjah
29 ou 30
Se diriger vers (les lieux saints ?)

Le report d'un mois sacré à un autre est un surcroît de mécréance. Par là, les mécréants sont égarés : une année, ils le font profane, et une année, ils le font sacré, afin d'ajuster le nombre de mois qu'Allah a fait sacrés. Ainsi rendent-ils profane ce qu'Allah a fait sacré. Leurs méfaits leurs sont enjolivés. Et Allah ne guide pas les gens mécréants. Sourate 9 - verset 37


Deuxième conclusion : il est hors de question d'ajouter des mois intercalaires.

C'est Lui qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière, et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul (du temps). Allah n'a créé cela qu'en toute vérité. Il expose les signes pour les gens doués de savoir. 
Sourate
 10 - verset 5

Ils t'interrogent sur les nouvelles lunes - Dis : “Elles servent aux gens pour compter le temps, et aussi pour le Hajj [pèlerinage]. Et ce n'est pas un acte de bienfaisance que de rentrer chez vous par l'arrière des maisons . Mais la bonté pieuse consiste à craindre Allah. Entrer donc dans les maisons par leurs portes. Et craignez Allah afin que vous réussissiez ! ”.
Sourate
 2 - verset 189


Troisième conclusion : Ce sont les phases de la lune qui déterminent la longueur des mois et des années.

...Mangez et buvez jusqu'à ce que se distingue, pour vous, le fil blanc de l'aube du fil noir de la nuit .Puis accomplissez le jeûne jusqu'à la nuit... Sourate 2 - verset 196

Commencez à jeûner en voyant (le fin croissant lunaire) et cessez de jeûner (en le voyant). S'il (le fin croissant lunaire) reste caché, alors comptez 30 jours au mois de cha'ban. Hadîth de Muhammad.


Quatrième conclusion : Le début de ramadan, aussi applicable aux autres mois, est déterminé par l'observation visuelle du croissant lunaire : chaque mois débute quand le croissant de lune est visible après la nouvelle lune. Dans la pratique, deux témoins doivent rapporter cette visibilité à un juge qui, s'il est d'accord, communique cette annonce à l'interprète de la loi musulmane, le mufti.

Cette visibilité peut varier en fonction de facteurs météorologiques ou de localisation de l'observateur. D'autant plus que certains musulmans se basent sur un point de vue local. D'autres, au contraire, se basent sur le point de vue de l'autorité compétente dans le monde islamique.

Il est pratiquement certain qu'au début de l'Islam cette règle de début de mois par observation du premier croissant de Lune visible était strictement observée et que la durée des années était donc de 354 ou 355 jours. Source: louig.net

 

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 17:44

Un bon article tiré du site Clio qui met en avant les relations entre l'Italie et le Maghreb ainsi que la présence arabe maghrébine en Italie durant le Moyen Âge.

Au cœur de la Méditerranée, l'Italie occupe naturellement une zone de liaison entre Europe et Afrique du Nord. De razzias en expéditions, la Méditerranée fut, du VIIIe au XIIe siècle, le théâtre d'une longue période de déséquilibres géopolitiques, avant que les relations ne se stabilisent, ouvrant la voie à des échanges commerciaux de plus en plus fructueux. Georges Jehel, auteur de L'Italie et le Maghreb (PUF, 2001), nous retrace ici les grandes étapes des relations complexes qu'entretinrent ces deux grandes civilisations durant tout le Moyen Âge.


                      Cloître de Monreale en Sicilesource image. 


L'Italie, carrefour de la Méditerranée


Sans s'enfermer dans un déterminisme si justement décrié, on ne saurait négliger la position d'intermédiaire de l'Italie, entre l'Europe et la Méditerranée, pour expliquer et caractériser la richesse de son patrimoine historique et sa place exceptionnelle dans la civilisation euro-méditerranéenne.

L'Italie est d'abord étroitement soudée aux Alpes : loin d'être une barrière, elles constituent une articulation dynamique vers la Mittel Europaqui s'est imposée sur les décombres de l'empire de Charlemagne pour donner naissance au Saint-Empire dont toute l'histoire est tournée vers Rome et la Sicile. Dotée de huit mille cinq cents kilomètres de côtes, si l'on compte les 3766 îles qui entourent la péninsule, l'Italie dispose d'une ouverture maritime exceptionnelle. Cela suffit à la situer dans une position privilégiée même par rapport aux autres grandes péninsules méditerranéennes, balkanique et ibérique. En effet, alors que ces deux dernières se trouvent en position périphérique et n'exercent d'influence directe que sur les zones occidentale et orientale de la Méditerranée, l'Italie occupe une position centrale et longitudinale qui en fait le centre de gravité d'un des foyers les plus importants de la civilisation. Le fait que l'Italie du Sud et la Sicile aient servi de cadre à l'expansion hellénique du VIIe au IIIe siècle av. J.-C., au point que cet ensemble reste connu sous l'appellation de Grande Grèce, suffit à montrer en quoi il s'articule à l'Orient. L'extension en longitude de l'Italie en situe l'extrémité méridionale à une latitude proche de celle de Bizerte. L'île italienne de Lampedusa est à la latitude de Kairouan. C'est donc à juste titre que l'Italie peut s'enorgueillir d'être le carrefour de la Méditerranée où viennent se rencontrer l'Asie, l'Afrique et l'Europe. La proximité de l'Afrique du Nord et de l'Italie crée entre ces deux ensembles des liens naturels que renforce la route des îles, Corse, Sardaigne, Sicile.


De Carthage à l'Africa romaine


Dès ses premières lueurs, l'histoire confirme sans équivoque cette vocation de l'Italie à relier l'Afrique à l'Europe. Autour de la Sicile s'est constitué un réseau géostratégique qui en a fait un enjeu de premier ordre pour tous les protagonistes de l'histoire de la Méditerranée. Dès l'époque mégalithique ont eu lieu des migrations de peuples dont les traces se retrouvent à Malte, en Afrique du Nord, en Sicile, en Sardaigne, en Corse. Les relations possibles entre ces foyers de forte et précoce humanisation ne sont pas attestées mais restent vraisemblables. Dès l'époque historique, l'arrivée des Phéniciens sur le littoral de l'actuelle Tunisie a donné à la région une impulsion décisive en multipliant les comptoirs en Sicile, en Sardaigne et en Corse, en rivalité avec les Grecs. Plus tard les guerres puniques, en mettant aux prises Rome et Carthage, ont montré toute l'importance de la relation entre l'Italie et l'Africa devenue sous la république l'une des plus belles provinces romaines.

La conquête de Carthage par les Arabes en 698 relança le dialogue entre deux mondes pour lesquels la Sicile devenait un trait d'union autant qu'une zone d'affrontement. Car pendant de longs siècles c'est en termes de conflit que s'établirent les relations entre l'Italie et l'Afrique du Nord devenue le Maghreb.



                                                                     
Résistance byzantine et razzias musulmanes


Bien qu'elle fût plus éloignée de leur base de départ, les Arabes investirent assez rapidement la péninsule Ibérique dont ils tenaient l'essentiel au tout début du VIIIe siècle. Il a fallu plus de cent ans pour qu'ils prennent pied en Sicile. Les distances comparées peuvent être un élément d'explication. Le plus court trajet entre l'Afrique et l'Espagne n'excède pas vingt-cinq kilomètres. Du cap Bon à la Sicile, la distance est de l'ordre de cent cinquante kilomètres. Compte tenu des conditions de navigation toujours difficiles dans cette région et des moyens encore sommaires de la marine de l'époque, l'entreprise n'était pas sans risque. Longtemps les Arabes se contentèrent de coups de main furtifs contre la Sicile et la Sardaigne. Il fallut attendre 703 pour voir le début d'expéditions plus déterminées. Jusqu'en 750 on en recense une vingtaine, organisées pour riposter aux tentatives byzantines de reprendre Carthage. De fait, la résistance byzantine éloigna le danger musulman jusqu'en 820. À cette date le projet de conquête de la Sicile prit forme à la cour aghlabide de Kairouan. Sa réalisation occupa tout un siècle, de 827 à 909. Elle correspondait au recul des capacités des Byzantins à se maintenir dans cette région.

C'est entre 840 et 950 que la puissance musulmane se déploya sous la forme de la ghazwa – la razzia – qui déferla sur toute l'Italie. Une de ses actions les plus retentissantes fut en 846 le sac de la basilique de Saint-Pierre de Rome, des faubourgs extérieurs à l'enceinte d'Aurélien et de l'église Saint-Pierre-Saint-Paul.


De l'émirat de Bari aux incursions siciliennes en Tunisie


Jouant sur les conflits locaux, les musulmans réussirent à s'infiltrer dans les zones les plus stratégiques. Il leur arriva de contrôler le passage du col du Grand-Saint-Bernard. Après avoir été difficilement délogés de Bari où ils avaient fondé un émirat, ils contrôlèrent jusqu'en 915 une citadelle puissante sur le Garigliano. Il fallut une vaste coalition de Grecs et d'Allemands, agissant à la demande du pape, pour les expulser de la péninsule.

Un renversement s'opéra au cours du XIe siècle avec l'arrivée des Normands qui mirent leurs redoutables capacités guerrières au service du pape en 1059. Il leur fallut toutefois près de trente ans pour chasser les Arabes de Sicile. Pendant ce temps une réorganisation interne de l'Italie du Nord aboutissait à la naissance des républiques urbaines, Pise, Gênes et Venise, qui fondèrent leur puissance sur l'activité navale. Refoulés de Corse, les musulmans le furent aussi de Sardaigne, au plus tard en 1020. Dans le même temps les flottes pisanes et génoises portaient la contre offensive aux Baléares et au Maghreb. Cette stratégie culmina en 1088 avec le pillage du grand arsenal fatimide de Mahdiya en Ifriqiya. L'occupation du littoral tunisien par le roi de Sicile, Roger II, de 1148 à 1159 fut l'un des épisodes marquants de ce renversement de tendance.


Traités et marchés


À partir du XIIe siècle, bien que les signes d'une agressivité réciproque, canalisée par la piraterie et la course, soient loin d'avoir disparu, l'Italie et le Maghreb développèrent leurs relations dans le sens de leurs intérêts économiques. Le Maghreb, d'une part, connaissait une organisation politique plus ferme avec une succession de dynasties prestigieuses : Almoravide, Almohade, Mérinide, bien implantée au Maroc, Ziride et Hafside en Tunisie, qui en faisaient un interlocuteur avec lequel il était possible de conduire une négociation constructive ; d'autre part, l'Italie entamait un processus de développement économique qui nécessitait un approvisionnement en matières premières de toutes sortes et des marchés capables d'absorber ses productions. Si des pourparlers, dont nous avons des indices autour de 1150, commencent dès 1100, c'est à partir de 1180 que commence la série des traités entre les États maghrébins et italiens. Elle se poursuivit jusqu'au début du XVIe siècle qui voit un ordre nouveau s'instaurer avec l'arrivée des Turcs.

Autorisés à séjourner dans les principaux ports, dans des fondouks soumis à une réglementation rigoureuse, les Italiens y résident parfois pendant plusieurs générations tout en conservant leurs liens familiaux avec leurs métropoles. La principale finalité de ces établissements est d'ordre commercial. Tunis, Bougie et Ceuta, à un moindre degré Honein, Salé, Sfax, Djerba, deviennent des carrefours du commerce international en même temps que des relais d'import-export entre Venise, Gênes, Pise, Florence, Naples, Palerme et le Maghreb.


Draps, matières premières, or et épices


Sur les marchés du littoral maghrébin s'échangent des produits qui viennent autant de Lombardie ou de Toscane que de Flandre, de Bourgogne ou de Champagne. Draps divers, identifiés par leur couleur – vert, bleu, vermillon – vingtains de lin, futaines, canevas, toile, brunette, cendal, étamine, bagadelle. La pourpre et la soie viennent surtout de Ligurie ou de Toscane, de Lucques en particulier, mais ces étoffes de luxe peuvent aller du Maghreb en Italie. Ce sont cependant les matières premières, laines brutes, cuirs et peaux, alun de Tlemcen, de Bougie, de Sijilmassa qui constituent, avec certains minerais comme le cuivre, l'essentiel des exportations du Maghreb vers l'Italie pour approvisionner une production artisanale et industrielle diversifiée en plein essor au XIVe siècle. Une bonne partie de cette production vise le marché maghrébin sous forme d'outillages, de vêtements, d'objets manufacturés en bois ou en métal, parfois précieux.

L'Italie sert aussi de relais pour les épices qui viennent de l'Orient lointain, poivre, gingembre, cannelle, encens, laque, indigo, fegia, girofle, noix muscade, musc.

L'or occupe une place particulière dans ce trafic. Il vient du Niger transporté par les caravanes qui remontent vers Sijilmassa, l'ancienne métropole du Tafilalet, au sud du Maroc, pour chercher du sel. Depuis le IXe siècle, l'essentiel de cet or circule en poudre vers l'Andalus, mais une part en est captée par les Génois qui le diffusent sous forme de monnaie en Italie. Dans la région de Tabarka, en Tunisie, les Génois exploitent le corail, qu'ils redistribuent en Italie et ailleurs.



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                                         Palais de Palerme

Blé, vin et victuailles


Les produits alimentaires ne sont pas négligés. Dans le domaine des céréales, la vocation traditionnelle de la Sicile comme pivot du commerce italien en Méditerranée et au Maghreb se vérifie pleinement. Par l'intermédiaire de marchands pisans, Bougie et Tunis importent régulièrement d'énormes quantités de blé sicilien depuis Trapani, Sciacca, Messine, Palerme et Agrigente.

Mais les grandes villes d'Italie du Nord, Pise, Florence, Venise et surtout Gênes, dont la population connaît un essor considérable, ont aussi d'énormes besoins alimentaires. Aux XIVe et XVe siècles, le Maghreb devient un gros fournisseur de blé. Vers 1450, ce sont des cargaisons de plusieurs milliers de tonnes qui se déversent sur les marchés génois et florentins depuis Tunis, Bône, Stora, Bougie, Alger, Oran, Ténès. En retour, en dépit de l'interdiction qui porte sur la consommation de cette boisson en pays musulman, l'exportation de vin vers le Maghreb est régulièrement attestée. Elle fournit une consommation qui dépasse certainement les besoins des communautés européennes présentes dans le pays. Au XVe siècle, les Vénitiens sont étroitement impliqués dans ces exportations qui concernent souvent des vins grecs. Une société de marchands juifs exporte de Trapani, sur des bateaux vénitiens, du vin casher à destination de Tunis où réside une importante communauté juive.

De fait, c'est toute la gamme de l'alimentation qui circule alternativement entre les deux régions. La Sicile exporte du miel, du beurre, du fromage et du thon à Tunis, mais au XVe siècle, les Italiens en importent de Sousse et de Sfax qui est avec Djerba le grand port d'exportation d'huile. Châtaignes, figues et autres fruits secs sont expédiés vers le Maghreb en échange de dattes et de sucre de canne dont l'exploitation s'est propagée en Sicile.


Influences culturelles entre Italie et Maghreb


Sans avoir la même densité, sauf en Sicile où elle se pérennisa sur plus de deux siècles, la présence maghrébine est localement bien attestée en Italie au Moyen Âge, notamment dans les grands ports qui eurent les relations les plus suivies avec le Maghreb, Gênes et Pise. Elle semble moins nette à Venise ou Naples.

Les relations politiques et économiques intenses qui se sont prolongées sur plusieurs siècles ont eu de multiples incidences culturelles. Sur le plan religieux, rappelons que l'Afrique du Nord a été dans l'Antiquité fortement christianisée et que des communautés chrétiennes s'y sont maintenues dans la précarité jusqu'au XIIe siècle environ.

Dans le domaine linguistique, on observe dans le suivi des échanges commerciaux et la diplomatie, que le latin reste pratiqué par les musulmans, puisque les traités sont souvent traduits en arabe, et que l'arabe est étudié à Gênes et à Pise.

En Toscane comme en Ligurie la diffusion d'anthroponymes d'origine arabe témoigne d'une forte imprégnation interculturelle. Des noms italiens comme Tabacco, Maruffo, Maraburlo, Sarraceno, Marabotto, Taibbi, sont vraisemblablement d'origine arabe, sinon maghrébine. L'importation d'esclaves africains en Italie a renforcé ce trait anthropologique. D'autres apports dans l'architecture, le décor, la mode, l'art culinaire ont enrichi une relation que tout favorisait.    Par Georges Jehel


Géographie d'al-Idrissi , une carte réalisée par le plus grand savant musulman de Sicile, étonnante par sa précision dans le contexte médiéval ou musulman classique. 
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 16:32

                  
                                                 Haroun al Rachid et l'ambassade de Charlemagne.


Les règles de la diplomatie islamique ont été définies en référence à la vie du prophète et aux formes des relations extérieures qui se sont imposées lors de la constitution du jeune Etat musulman. Cette diplomatie est fondée sur une bipartition du monde, dans le droit islamique, entre le territoire de l’Islam (dâr al-islâm) d’un côté, auquel est réservée la paix – on justifie toute guerre contre un autre Etat musulman en accusant le souverain d’être un mécréant –, et le territoire de l’incrédulité (dâr al-kufr) dominé par des Etats non musulmans. La guerre est l’état normal des relations avec le dâr al-kufr. Mais celui-ci est lui-même divisé en deux entités, le territoire de la guerre (dâr al-harb) et le territoire de l’accord (dâr al-‘ahd). La guerre est officielle avec le dâr al-harb, alors que les pays du dâr al-‘ahd sont ceux qui bénéficient d’un traité avec l’Etat musulman. En principe, toutefois, aucun traité de paix ne peut être signé avec les pays non musulmans, si bien que les accords de paix ne sont, en fait, que des trêves (hudna) dont la durée normale est de dix ans – cela en référence à la première trêve contractée par le prophète Muhammad avec les Qurayshites païens de la Mecque à al-Hudaybiya en 628.

Les négociations pour l’établissement de trêves, de traités d’alliance ou de commerce, constituent l’essentiel de la diplomatie islamique. A cet effet, se constitue, dès les premiers temps de l’Islam, une chancellerie, d’abord modeste, mais qui s’étoffe à partir de la stabilisation territoriale de l’empire, sous les califes abbassides. Cette chancellerie a pour vocation de recevoir et de rédiger des lettres entre les souverains. La complexification des relations diplomatiques a incité à une définition de plus en plus précise de la forme des actes et du protocole, dont témoignent d’épais manuels de chancellerie comme celui rédigé par al-Qalqashandî (XIVe siècle), administrateur du sultanat mamelouk.

La communication de ces lettres ainsi que les négociations et la signature de traités sont assurés par des émissaires (safîr), les traités étant par la suite ratifiés par le serment du souverain. Les envoyés en terre étrangère n’avaient donc une fonction d’ambassadeur que pour le temps de la mission. Cette charge était confiée à des dignitaires de l’Etat ou des notables, en général des gens connaissant d’autres langues, notamment des dhimmîs (des non musulmans sujets d’un Etat musulman), par exemple les évêques chrétiens délégués par le califat de Cordoue auprès des souverains chrétiens.

Toutes ces ambassades sont l’occasion d’échanges de cadeaux de prix, animaux, tissus précieux, livres, etc. Lors de la réception d’une ambassade, le souverain cherche à impressionner l’émissaire en faisant étalage de richesses, d’armes, de raretés, de soldats, afin d’afficher sa supériorité sur le maître de l’ambassadeur. Ainsi lors de l’ambassade franque au Caire en 1167, la réception des émissaires du roi Amaury Ier est somptueusement organisée, et les fastes et richesses du califat fatimide sont exposés tout le long de leur itinéraire dans le palais. L’arrivée ou l’envoi d’un ambassadeur est donc un événement décisif, marquant l’ouverture de relations diplomatiques entre deux souverains, et qui impose le respect d’un certain nombre de conventions et d’un apparat protocolaire.

Il existe différents types de traités. Premièrement, les traités de soumission – nombreux lors de la grande période d’expansion de l’islam – permettent au vaincu de conserver sa liberté en échange de sa soumission au califat et du paiement d’un tribut.

On trouve aussi plusieurs traités d’alliance, dont celui contracté entre le calife Hârûn al-Rachîd et l’empereur Charlemagne. Ces alliances peuvent donc être conclues entre chrétiens et musulmans, comme cela s’est souvent vu lors des Croisades. Certaines alliances politiques ont pu être concrétisées par une alliance matrimoniale, comme le mariage dont est issu ‘Abd al-Rahman Sanchuelo (qui règne sur Cordoue en 1008-1009), petit-fils du régent d’al-Andalus al-Mansûr et du roi de Navarre Sancho. Ces mariages avaient pour fonction de renforcer les alliances contractées entre les souverains.

Les traités de trêves sont très nombreux, puisque la paix ne pouvait se maintenir officiellement qu’avec la reconduction des trêves. Les relations diplomatiques intenses entre les souverains musulmans et l’empire byzantin avaient ainsi différents objectifs (échange de prisonniers, libre circulation des marchands, mais aussi envoi d’un artisan ou d’un artiste auprès de l’autre cour, etc.), mais étaient généralement assorties d’une clause de trêve.

Avec le développement du commerce européen, notamment italien, en Méditerranée, les traités de commerce se sont multipliés à partir du XIIe siècle : un des plus anciens exemples de traité de commerce formellement rédigé article par article étant signé entre Gênes et l’émir de Majorque en 1184. Ces traités prenaient une forme nouvelle : il ne s’agissait pas d’accords bilatéraux mais de proclamations unilatérales, de décrets, dans lesquels le souverain musulman accordait des privilèges aux marchands de telle cité italienne ou de telle nation européenne. Les principales dispositions de ces actes sont : la sécurité des personnes et des biens (amân), l’exterritorialité (avec la constitution d’une juridiction consulaire, et des modalités d’application variables), l’abolition de la responsabilité collective. Ils définissent aussi le régime fiscal, précisent la fondation (ou non) d’un établissement permanent (un funduq), etc. Des consuls sont donc nommés par les cités italiennes et les autres nations présentes dans le pays. Ainsi, dès 1238, Venise a un représentant en Egypte. Le consul a une autorité juridique sur sa communauté, il est le représentant de son Etat mandataire, et le renseigne sur la situation du pays où il réside. L’octroi de ces privilèges permet aux Etats musulmans de se faire des alliés politiques au sein de la chrétienté, d’obtenir des marchandises et des matières premières rares et stratégiques, et surtout favorise le développement du commerce international, et donc des recettes douanières. L’aspect unilatéral de ces traités permet au souverain musulman de les dénoncer dès lors qu’il considère que le bénéficiaire (le musta’min) n’a pas respecté les conditions. Notons que les Etats musulmans n’ont pas sollicité de tels privilèges auprès des Etats d’Europe occidentale – mais certains accords entre le sultanat mamelouk et l’empire byzantin prévoient la liberté et la protection mutuelle des marchands de l’autre Etat.

Avec le triomphe de l’empire ottoman (XVIe siècle), Istanbul devient le seul centre diplomatique de la Méditerranée musulmane (à l’exception du Maroc, qui demeure indépendant). Toutefois, l’importance des communautés européennes et de leurs intérêts commerciaux dans certaines villes marchandes du Proche-Orient a incité certains Etats à nommer des consuls dans des localités de province, le premier cas étant la nomination d’un consul de France à Alexandrie en 1528. Les traités accordés par le sultan (les « capitulations ») gardent en général la forme de proclamations unilatérales jusqu’à la fin du XVIIe siècle et le début du déclin de l’empire. La paix de Carlowitz, signée avec la Sainte-Ligue (coalition de puissances européennes) en 1699, marque ce changement de style, de la proclamation au document négocié. Progressivement, l’empire ottoman cède de plus en plus de privilèges aux Etats européens, et d’empire conquérant devient « l’homme malade de l’Europe ». Ses pratiques diplomatiques se rapprochent alors des modèles européens, notamment avec l’ouverture de légations permanentes auprès des cours d’Europe à partir de 1792. Source: qantaramed.


                                                              Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier                                
                                        Lettre de Soliman le Magnifique à François Ier.

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 23:09

L’architecture s’est principalement développée en contexte urbain. La ville est à la fois centre religieux, politique, administratif et commercial, ainsi qu’un pôle où se diffuse le savoir. Au centre de la ville, la Grande Mosquée réunit le vendredi l’ensemble de la communauté musulmane. Avec l’accroissement urbain, les pôles religieux sont souvent démultipliés : chaque nouveau quartier s’organise autour de sa Grande Mosquée. La Grande Mosquée est entourée d’une zone commerciale, le sûq, dont les secteurs sont spécialisés, tandis que les édifices du pouvoir et de l’administration sont le plus souvent situés dans le voisinage de la mosquée.


                                                                               


La conquête de la Syrie et le choix de Damas comme capitale de l’Empire vont marquer à jamais l’architecture islamique, qui sera traversée, dès les Omeyyades, d’influences classiques et byzantines. La période omeyyade voit en effet la naissance d’un grand nombre de monuments, principalement des mosquées et des palais, aux éléments antiquisants fortement marqués : le Dôme du Rocher (691) à Jérusalem, qui reprend la forme octogonal du martyrium classique, et la Grande Mosquée de Damas (706-714), qui s’élève sur un site antique et incorpore des murs préexistants, sont ornés de mosaïques aux motifs romano-byzantins ; les « châteaux du désert » suivent le plan du castrum romain (‘Anjar) et sont décorés de fresques (Qusayr Amra, début VIIIe siècle) ou de mosaïques (Khirbat al-Mafjar, Qasr al-Hallabat et Qasr al-Hayr, VIIIe siècle) aux thèmes classiques. La conquête de territoires plus à l’Est se lit également dans l’architecture omeyyade : la salle de réception de la citadelle d’Amman est une pièce à quatre iwâns (salle voûtée ouverte sur une cour), couronnée d’un dôme, le décor en stuc de Khirbat al-Mafjar est inspiré de motifs sassanides et le décor du château de Mshattâ (743) réalise ces mêmes motifs dans la pierre.
Avec la révolution abbasside et le transfert du pouvoir à l’est, les traditions irano-sassanides sont de plus en plus importantes dans l’architecture, avec des édifices non plus en pierre, mais principalement en briques, ornés de stuc, de pierres et de peintures. Le schéma des mosquées se normalise avec la construction de vastes salles de prière hypostyle, généralement barlongues. Les variantes résident principalement dans la mise en valeur de l’axe du mihrab par l’élargissement de l’axe ou la présence d’une coupole, ainsi que dans le choix d’arcades perpendiculaires ou parallèles au mur de qibla, de colonnes ou de piliers, d’une couverture plate ou de voûtes. La création architecturale est stimulée par la fondation de villes nouvelles et de capitales par les souverains abbassides : la ville circulaire de Bagdad est fondée en 762 par al-Mansûr, tandis que la ville de Samarra, célèbre pour ses minarets hélicoïdaux, sera fondée par al-Mu‘tasim en 836.

En Afrique du Nord, l’influence mésopotamienne s’est mêlée au terreau classique et berbère, comme en témoignent les
carreaux lustrés du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle) ainsi que le minaret hélicoïdal et les décors de la mosquée Ibn Touloun (876-879) au Caire. À cette période s’y développent les mosquées à plan en T (Grandes Mosquées de Kairouan, de Tunis et de Sousse) et l’usage du ribat, « monastère-forteresse » pour les soldats engagés dans le jihad (Monastir, Sousse).

L’Andalousie est par excellence terre de mélange, comme en témoignent plusieurs éléments de son architecture : dans la Grande mosquée de Cordoue, la forme de l’hypostyle est combinée avec les traditions classiques et wisigothiques pour produire un style unique dans lequel se lit la nostalgie de l’architecture omeyyade de Syrie (arcature sur deux niveaux, mosaïque, ablaq ou alternance de pierres polychromes dans la maçonnerie).


                                     
                                                                 Mosquée de Tlemcen (Algérie)
À partir du Xe siècle, l’empire abbasside commence à se désagréger, occasionnant une régionalisation plus importante de l’architecture islamique.

En Égypte, les Fatimides fondent autour de 970 une nouvelle capitale, Le Caire, ville-palais réservée au calife, qui témoigne de la fusion qu’a réalisée l’architecture fatimide, entre traditions maghrébines et iraniennes (muqarnas ou niche à structure alvéolaire, arc à profil persan). Les mosquées (al-Azhar, 972 ou al-Hakim, 990-1013) présentent toujours le plan arabe traditionnel (nefs parallèles au mur de qibla et travée du mihrab mise en valeur). À partir de la construction d’une nouvelle enceinte par le vizir Badr al-Jamali, la pierre supplante la brique : ainsi, la façade de la salle de prière d’al-Aqmar (1125) transpose, dans la pierre, les motifs d’al-Azhar. C’est également à cette période que se développe l’architecture funéraire (nécropole d’Assouan, XIIe siècle). La conquête de la Syrie puis de l’Égypte par les Ayyoubides donne lieu à une architecture syncrétique, particulièrement lisible dans l’amélioration des techniques de la pierre de taille (arcs et voûtes à claveau) nécessaire à la solidité de l’architecture militaire (citadelles d’Alep et de Damas).

En Anatolie, les Seldjukides de Rûm transposent eux aussi dans la pierre les formes de l’architecture en brique héritée de leurs origines asiatiques et de leur passage en Perse : iwân à encadrement plat, pishtaks (grands portails), arcs brisés et voûtes en carènes et muqarnas. Cette architecture se caractérise à la fois par une économie structurelle et par un foisonnement décoratif. Les mosquées, à hypostyle, présentent des plans assez variés : arcades parallèles à Diyarbekir, Dunaysir et Mardin, mais perpendiculaires à Sivas, voûtes sur arcades croisées à la mosquée Ala ed-Din de Nigdé (1223). Les madrasas – à cour fermée par une coupole (madrasa Tchukur à Tokat, madrasa Karatay de Konya) ou ouverte et encadrée de deux ou quatre iwâns (madrasa Karatay à Antalya) – les tombeaux – turriformes (türbe) ou à coupole (kümbet) –, et les caravansérails (grands gîtes d’étapes pour les caravanes, avec muraille, cour et mosquée), sont alors érigés en nombre.

Au Maghreb et en Espagne, les visées réformatrices des Almoravides et des Almohades influencent fortement l’architecture, associant austérité – dans le travail des matériaux notamment (brique et pierre) – et goût marqué pour l’ornementation (décoration élaborée, arc polylobé, muqarnas). La Qarawiyin de Fès (1142), la mosquée de Tinmal (1153) ou la Kutubiya de Marrakech (1158) illustrent le maintien du plan maghrébin des mosquées en T. Le minaret carré, quant à lui, dérive du modèle de Kairouan (Kutubiya de Marrakech, Giralda de Séville).

Au milieu du XIIIe siècle, l’architecture islamique est traversée par deux courants principaux : l’architecture des Nasrides et des Marinides à l’ouest, et, à l’est, l’architecture des Mameluks.

L’architecture en Espagne et au Maroc se caractérise alors par sa profusion ornementale. L’Alhambra (1333-1391) illustre tout à fait cette richesse décorative avec coupoles à muqarnas, stuc ciselé, claustras ajourés (moucharabieh), céramique architecturale au répertoire géométrique fortement coloré, arcs polylobés et festonnés ou encore plafond marquetés. Cette virtuosité dans l’ornement caractérise également la construction des madrasas marinides (madrasa Attarin, al-Sahridj ou Bu-Inaniya à Fès).

En Syrie et en Égypte, les Mameluks, bien que fortement marqués par l’architecture ayyoubide (arrangement soigné de la maçonnerie, dépouillement des murs, finesse du décor, ablaq), s’inspirent également des formes architecturales de leurs prédécesseurs ou contemporains – Croisés du Levant (poliorcétique), persans (plan cruciforme inspiré des madrasa à cour, grands iwans) et seldjukides (appareillage de qualité, décor géométrique). La vitalité et la stabilité du régime mameluk ont contribué au développement d’une importante activité architecturale, dans des domaines très variés : édifices religieux (mosquée sultan Hassan au Caire, 1356-1362 ; madrasas du sultan Hassan au Caire, 1347-1361), funéraires (mausolée, complexe funéraire du sultan Qaytbay au Caire, 1472) ou commerciaux (suq al-Qattanin à Jérusalem, 1336 ; khan Yunis à Ghaza, 1387 ; caravansérails). Ces édifices sont caractérisés par leurs coupoles, leurs fins minarets, leurs portails monumentaux ornés de muqarnas. Les parements, discrets et sollicitant peu la couleur, sont ornés notamment de décors originaux, larges bandeaux épigraphiques ou blasons.

 
                                                 
                                                           Mosquée bleue d'Istanbul

À partir du XVIe siècle, la création de l’empire ottoman, en dépit de son étendue, concourt à l’élaboration d’un style architectural relativement homogène, répondant à de nouveaux critères de qualité. En raison d’un contexte historique troublé, son architecture ne va se stabiliser qu’à partir de la prise de Constantinople (1453) et la découverte de Sainte-Sophie. En effet, alors que les premières mosquées ottomanes sont hypostyles et couronnées de petites coupoles (Ulu Cami de Bursa ou Eski Cami de Edirne), l’architecture ottomane va développer, à partir du modèle de Sainte-Sophie, sa forme caractéristique : la mosquée à coupole centrale (mosquée Bayazid, Istanbul, 1501-1506), inscrite au centre de complexes religieux (kulliyés) aux fonctions multiples. Le célèbre Sinan va magnifier, sous l’impulsion de Soliman le Magnifique, l’architecture des mosquées ottomanes en leur conférant des proportions grandioses, en multipliant le contrebutement par des coupoles latérales et en affinant les minarets. Dans ses trois chefs d’œuvres, la Shézadé Djami (1543), la Suleymaniyé (1550) à Istanbul, et la Sélimiyé d’Edirne (1570), Sinan joue d’une lumière omniprésente, accentue la verticalité, et épure l’articulation des modénatures, afin de créer un espace allégé et limpide.

L’architecture islamique, quoique traversée par de multiples traditions, ne relève en aucun cas d’un agrégat de traditions locales ou dynastiques. Les architectes ont su transcender les héritages pour créer une esthétique architecturale propre, portant une attention singulière à l’ornementation (jeux de couleur, de relief, de matière) et reposant sur des éléments architectoniques récurrents (coupole, colonne, arcade). Qantara.



Exemple d'architecture islamique, la Grande Mosquée de Damas.
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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 22:18

Vie de cour et art de vivre sont deux notions qui, en terres d’Islam, s’articulent autour de la figure du prince. Le culte de la personnalité et la valorisation du souverain sont à la base de la conception du pouvoir et de son exercice.

                                                  
                                        Cour intérieure
                                                                     Maison Nasride

Le cérémonial aulique, qui vit le jour dès l’époque omeyyade, est une composante essentielle de la vie de cour. Les califats omeyyade puis abbasside correspondent à une période de mise au point de règles de fonctionnement de ce cérémonial, qui furent ensuite sans cesse considérées comme des modèles. Inspiré des pratiques sassanides et byzantines, ce cérémonial très codifié visant à glorifier le monarque, est mis en œuvre à diverses occasions parmi lesquelles les audiences princières, publiques ou privées, tiennent une place primordiale.

Il semble que, en contexte islamique, la naissance du cérémonial aulique soit à mettre en rapport avec la pratique religieuse. En effet, les premiers califes, se réclamant de la succession du prophète Muhammad, tenaient une place centrale lors de la prière dans le cadre de la mosquée. Dès l’époque omeyyade, le cadre du cérémonial se déplace dans le palais. De nombreuses règles organisent absolument tout le déroulement des événements, du cheminement que doit suivre l’auditoire à travers les multiples salles et jardins du palais au placement des membres de la cour autour du calife. Parmi ces derniers, dont le nombre augmenta largement sous les Omeyyades – notamment sous le règne d’Abd al-Malik (r. 685-705) – certains occupent des fonctions qui existaient déjà en Iran sassanide, comme celle de chambellan. Les eunuques occupent dès cette période des fonctions privilégiées, faveur qui perdurera dans la vie des cours mamluke puis ottomane des siècles plus tard.

Lors des audiences, le calife se tient derrière un rideau, dont on ne sait pas précisément à quel moment ou occasion il est levé. Il reçoit en vêtements colorés, alors que les tenues blanches étaient réservées aux apparitions à la mosquée. Il est coiffé d’une couronne ornée de gemmes (tâj) ou d’un bonnet (qalansuwah), connu auparavant en Iran sassanide.

À l’époque abbasside, le cérémonial est en partie connu à travers les descriptions du Livre de la couronne. Les pratiques omeyyades perdurent, en particulier celle du rideau. Le calife arbore des accessoires emblématiques de sa fonction : le manteau du Prophète et le Coran d’Uthman, un des califes « bien guidés » des premiers temps de l’Islam, gendre du Prophète. Le récit de la réception d’une ambassade byzantine en 917 par le calife al-Muqtadir nous permet de reconstituer le parcours semé de merveilles emprunté par les visiteurs. Tout le palais avait été pour l’occasion orné de milliers de tentures et de tapis ; des objets en or, argent, pierres précieuses et bois exotiques, avaient été disposés en divers endroits. Les ambassadeurs furent conduits à travers le palais en passant par des jardins aux bassins de mercure, peuplés d’animaux exotiques. Ils ne franchirent pas moins de quatorze palais avant de parvenir à celui du Diadème, où le souverain vivait alors. Le calife, entouré par sa cour, donna enfin l’ordre d’actionner un mécanisme d’automates : une fontaine mécanique sortit alors du sol pour le plus grand émerveillement des invités.

Ces pratiques se transmirent aux époques postérieures, avec des variations dues aux spécificités de chaque entité culturelle. Les Turcs seljukides d’Iran introduisirent par exemple dans le cérémonial la valorisation des activités militaires, une tendance qui sera également suivie en Égypte mamluke (1250-1517), où une parade militaire hebdomadaire menait le sultan jusqu’au champ de manœuvre. Les Fatimides d’Égypte reprirent des éléments des cérémoniaux omeyyade et abbasside comme le rideau. Ils privilégièrent particulièrement les processions publiques au cours desquelles le calife apparaissait sous un parasol, entouré de ses dignitaires et de sa garde, selon un protocole attesté en contexte byzantin. Lors de ces sorties officielles, les honneurs de la foule étaient périodiquement accordés au calife.

Les fêtes publiques offrent une facette intéressante de la vie de la cour ; c’est, avec les processions publiques, une des rares occasions où la cour sort de l’enceinte du palais ou de la ville royale, pour se donner à voir au peuple.

                                                Pièces de jeu d’échec
                                                           pièces de jeu d'échec

L’activité diplomatique, qui se matérialise en partie à travers ces audiences, constitue un autre aspect de la vie de cour. Les contacts avec des cours étrangères, parfois européennes, permettaient d’établir des échanges politiques, économiques et culturels. Le phénomène est particulièrement bien documenté pour l’époque ottomane, durant laquelle les relations entre la cour turque, installée dans le palais de Topkapi à Istanbul, et les cours européennes furent particulièrement prospères : invitations d’artistes européens à Istanbul, réceptions d’ambassadeurs, échanges de courriers diplomatiques concernant des alliances politiques ou commerciales. La vision des visiteurs étrangers et les récits de leur expérience sont en Occident à l’origine d’une certaine vision de l’Orient, dans laquelle le luxe et le faste de l’art de vivre sont invariablement soulignés.

Les divertissements incarnent un autre aspect de l’art de vivre des cours islamiques. Si les notions de plaisir et de luxe sont étroitement liées à cet aspect de la vie de cour, ces activités sont également destinées à augmenter les vertus du prince et donc à le valoriser encore. C’est probablement pour cette raison que les plaisirs princiers trouvent une place si favorisée dans l’iconographie des arts islamiques.

La chasse, activité princière par excellence pratiquée dans les cercles de pouvoir depuis l’Antiquité (Assyrie, Iran sassanide), est un des passe-temps favoris du prince. Elle se déroulait notamment dans des paradeison, des jardins peuplés d’animaux destinés à la pratique cynégétique dont l’existence est attestée en Iran sassanide et dans l’empire byzantin. Le thème apparaît à plusieurs reprises dans les décors des palais islamiques.

La poésie est un art qui fut pratiqué par les princes eux-mêmes dès l’époque omeyyade. Occupant avant l’avènement de l’Islam une place importante de la vie intellectuelle en Arabie, les poètes furent particulièrement valorisés dans les cours islamiques, notamment à l’époque omeyyade en Syrie, et particulièrement en Andalousie, où, en célébrant l’Orient perdu, ils fournirent dans une certaine mesure une légitimation à cette dynastie nouvellement installée en Espagne. Ce phénomène, attesté dès l’époque sassanide, s’observe également dans les cours occidentales, où les poètes pratiquent leur art avant tout au service du pouvoir.

Musique et danse rythment la vie de cour, notamment pendant les banquets, dont on imagine, d’après l’étude de certains sites comme Khirbat al-Mafjar (Palestine, VIIIe siècle), qu’ils se déroulaient notamment à l’occasion des audiences princières. Ces activités étaient déjà très appréciées en Arabie à la Mecque et à Médine, tout comme en Iran sassanide où les musiciens et les danseurs appartenaient à la catégorie de courtisans regroupés sous le vocable de « maîtres de plaisir ». L’évocation de ce complexe palatial nous permet d’aborder rapidement le phénomène des bains, hérité du monde romain antique, qui connut une faveur exceptionnelle dans la civilisation islamique.

La consommation d’alcool qui, malgré les préceptes coraniques, paraît faire partie intégrante des habitudes princières et du cérémonial, semble empreinte d’une signification symbolique à rapprocher de l’exercice du pouvoir. Les sources attestent de la consommation de boissons alcoolisées dans le cadre de la vie officielle, comme c’était déjà le cas en Iran sassanide. Le thème de la coupe, peut-être remplie de vin, visible dans nombre de représentations figurées découvertes en contexte palatial, trouve probablement son origine dans les cultes antiques rendus à Bacchus ou Mithra.


                              La réception des Ambassadeurs
                                          Réception des ambassadeurs vénitiens à Damas.



Vidéo sur les arts de vivre issu du site Qantara de même que l'article: cliquez ici!

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 22:20

Les sciences humaines ont toujours eu une place importante dans le champ des sciences de la civilisation arabo-musulmane, elles sont marquées par leur spécifité et l'intêret qu'elles suscitent dans le monde musulman classique, notamment l'avance par rapport à d'autres civilisation dans ce domaine n'est pas à niée. Sont ici mis en lumière quatre domaine: l'histoire, la pensée politique, la philosophie et la géographie. Article intéressant tiré du site Qantara.

                                          Géographie d’al-Idrîsî         
                                                                       Carte d'Al Idrissi représentant la Sicile.  
      
L’histoire en Islam commence avec la relation des traditions concernant la geste du Prophète mais elle touche bien sûr alors à l’exégèse quand les événements rapportés concernent les circonstances de la révélation. La part importante des razzias dans ces informations a donné son nom au genre, à savoir les maghâzî ou « expéditions guerrières ». C’est avec Ibn Hishâm (IXe siècle) et al-Wâqidî (IXe siècle) que des maghâzî, on distingue des traditions qui sont complétées pour devenir la biographie du Prophète ou al-Sîra al-nabawiya. D’un point de vue stylistique, il s’agit de suite de khabar, « d’informations », qui, à l’instar des hadîth, sont rapportées par une chaîne de transmetteurs. La chronologie en détermine l’ordre et il n’y a pas de recherche de causalité. L’expansion du domaine musulman donne naissance à un genre historique propre, le Kitâb al-Futûh ou « Livre des conquêtes » dont on peut citer le Kitâb futûh Misr d’Ibn ‘Abd al-Hakam (IXe siècle) qui concerne l’Egypte, l’Afrique du Nord et al-Andalus ainsi que le Kitâb al-futûh d'al-Baladhuri du IXe siècle) qui traite de toutes les conquêtes dans un ordre géographique. A la même époque, apparaissent des histoires universelles allant de la Création jusqu’à l’époque de l’auteur. L’un des premiers représentants en est al-Ya’qûbî (IXe siècle) dont le Ta’rîkh (« Histoire ») est d’une grande importance, la première partie témoignant d’une connaissance des sciences hellénistiques, ainsi que des traditions chrétiennes et juives. Quant à l’histoire islamique, elle suit l’ordre des règnes. Cet aspect annalistique et chronologique prévaut chez les auteurs qui nous occupent et en font des chroniqueurs, plus que des historiens cherchant les raisons proches ou lointaines des changements qu’ils relatent. Ils appartiennent à une civilisation dont la religion est une sotériologie qui donne son sens à l’Histoire puisque après la Création, l’humanité a reçu ses prophètes et se dirige maintenant vers un jugement et un salut. Au nombre de ces chroniqueurs, il convient de mettre l’exégète et juriste al-Tabarî (Xe siècle) et son continuateur, Ibn al-Athîr (XIIe siècle).Un nom se détache cependant, c’est Ibn Khaldûn (m. 1406) dont la Muqaddima (« Introduction ») à son histoire universelle, Kitâb al-‘ibar, est une étude et une réflexion sur les causes qui provoquent les changements dans la communauté humaine.

Cette réflexion préoccupe aussi les juristes qui pensent la politique comme la mise en œuvre de principes en accord avec la révélation. Mais celle-ci reste vague (cf. Coran, III, 110 ; IV, 59 ; III, 159 et XLII, 38) et met en exergue trois éléments : pouvoir, commandement et consultation (hukm, amr et shûrâ). Les juristes spéculent alors sur la fonction et le rôle de l’imâma et du khalîfa, soit de la place et du rôle du calife. La réflexion d’al-Mawardî (XIe siècle) est, en ce sens, idéale car écrivant à une période où la puissance du calife est surtout théorique. En revanche, le rôle des juristes reste éminent pour l’application dans le domaine social de toutes les directives coraniques relatives à la vie en société. Enfin, la Cité est aussi pensée par certains philosophes qui élaborent une véritable philosophie politique, à l’exemple d’al-Fârâbî (m. 950), mais dont la réflexion reste essentiellement abstraite.


                                                                 Statue d'Ibn Khaldoun à Tunis

                                          Statue d'Ibn Khaldoun (Tunis) le père de la sociologie moderne.

La philosophie proprement dite, ou falsafa, naît de la traduction aux VIIIe et IXe siècles des ouvrages de philosophie antique (Platon, Aristote, etc.) et se trouve donc alimentée par un désir de rationalité qui la place à la lisière de la pensée islamique, dont le fondement reste la révélation. Les philosophes, falasîfa, appuient d’abord leurs réflexions sur la raison et les outils intellectuels qui en découlent comme la logique, pour être ensuite musulmans. Ils placent l’enseignement de la révélation à l’intérieur d’un cadre de pensée plus vaste : les notions cruciales de l’islam (création, unicité de Dieu, attributs, prophétie, sort de l’âme après la mort, etc.) sont vues à la lumière de la raison. Cette démarche commence en Orient avec al-Kindî (IXe siècle), se poursuit avec al-Fârâbî et atteint une première apogée avec Ibn Sînâ (Avicenne, m. 1037) qui élabore un véritable système. En Occident musulman, c’est au XIIe siècle que cette réussite apparaît au travers des œuvres d’Ibn Bâjja (Avempace) et d’Ibn Tufayl (m. 1185), célèbre pour son roman philosophique Hayy ibn Yaqzân. Enfin, les commentaires d’Ibn Rushd (Averroès, m. 1198) des ouvrages d’Aristote lui permettent de développer une pensée qui sera déterminante pour la scolastique en Occident, mais qui lui amènera également l’hostilité de ses coreligionnaires et l’autodafé de ses livres en Andalus. En effet, juristes et théologiens voient généralement d’un mauvais œil le questionnement de la révélation par la raison car cela peut aboutir à la mise en lumière d’apparentes contradictions chez la première.

Dans un autre domaine, la géographie constitue un champ vaste où plusieurs disciplines se croisent (géographie mathématique, sciences de la terre ou géographie humaine). Ici aussi, le legs hellénistique est important, pensons à la Géographie de Ptolémée, aux Météorologiques d’Aristote et, en particulier pour la géographie humaine, au traité d’Hippocrate Les airs, les eaux et les lieux ainsi qu’à son commentaire par Gallien. Celui-ci est largement cité par al-Ya’qûbî (IXe siècle), Ibn al-Faqîh et al-Mas’ûdî (Xe siècle) ou encore al-Marwazî (XIIe siècle). L’influence de l’héritage antique est d’ordre intellectuel : il veut conceptualiser le déterminisme géographique et donner des outils – et des préjugés – pour comprendre les différences observables entre les humains. 

                                                                 

                           Al Farabi, philosophe perse, 872-950 surnommé le Second maitre par Avérroès et Maïmonide.

Plus largement, aux IXe et Xe siècles, on retrouve dans les encyclopédies à la fois une description du monde sur le modèle ptoléméen ainsi qu’un grand nombre d’informations « ethnographiques » colportées par les commerçants ou rapportées par des ambassadeurs, tels que Ibrâhîm ibn Ya‘qûb en Europe, ou Ibn Fadlân chez les Bulgares de la Volga. Une « école » particulière de géographes apparaît au Xe siècle, c’est « l’école iranienne » ou d’al-Balkhî du nom de son premier représentant, elle se caractérise par un corpus d’une vingtaine de cartes, dont le commentaire prendra de plus en plus d’importance. Il faut citer al-Istakhrî, Ibn Hawqal et al-Muqaddasî qui écrit l’ouvrage où le désir de percevoir l’interaction entre l’individu et son terroir est le plus poussé. Après le XIe siècle, de nouveaux genres apparaissent caractérisés par la compilation mais importants par les auteurs ainsi conservés, pensons au traité d’al-Bakrî, si précieux pour le Maghreb, puis aux encyclopédies ou cosmographies comme celle d’al-Qazwînî, aux dictionnaires, en particulier, à celui de Yâqût, enfin aux ouvrages de synthèse comme le traité d’Abû l-Fidâ. Cette période voit aussi l’apparition de la « rihla » ou récit de voyage, avec Ibn Jubayr et ses émules comme al-Tijânî ou Ibn Battûta. Reste un auteur hors catégorie, al-Idrîsî, qui écrit pour Roger II de Sicile (m. 1154) une géographie universelle accompagnée de cartes.


Une vidéo est disponible sur la science et le savoir en en cliquant ici!      

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2 septembre 2009 3 02 /09 /septembre /2009 14:32

L’idée généralement retenue est qu’avant la première Croisade, les pays d’Islam avaient conscience des armes et des techniques militaires occidentales. Si cette situation semble avoir concerné l’Andalousie, en revanche le Proche-Orient, en contact avec les arts militaires byzantin et perse, en a tiré directement son propre art de la guerre.


                                                                                                                                                                                                                    

 

 

Ainsi, les armes blanches privilégiées, sabre (lame courbe à un seul tranchant) et épée (lame droite à double tranchant), cohabitèrent dès le début de l’Islam, même si l’épée domina au moins jusqu’au XIIe siècle, figurant notamment sur les miniatures médiévales et sur les bas-reliefs des portes fatimides du Caire (fin du XIe siècle). Le sabre, originaire d’Asie centrale, fut d’abord utilisé par les cavaliers avant d’être progressivement adopté par les piétons à partir du XIIIe siècle, l’épée conservant toutefois une fonction cérémonielle. Plus tard, le sabre devint un objet de prestige, arborant décorations, inscriptions et formules coraniques. Le poignard, arme personnelle à petite lame, connut les mêmes développements que le sabre avec une prédilection pour une lame courbe. Arme blanche également courante, la hache, à fer pour les piétons ou d’arçon pour les cavaliers, pouvait être maniée en même temps que le sabre ou l’épée, et est apparue dès le VIIe siècle, se diffusant surtout à l’époque mamluke sous une forme allongée à tête en croissant gravée du nom d’un souverain ou de sourates du Coran. Enfin, la lance, à la hampe en bambou et d’une longueur moyenne de quatre mètres, était fréquemment employée par les troupes à pied et les cavaliers musulmans.

L’une des particularités de ces armes blanches médiévales est l’emploi fréquent d’un acier très solide, obtenu à partir d’un procédé originaire d’Inde fondé sur la fusion prolongée de fragments de fer avec du charbon, puis le trempage et forgeage de l’amalgame créé. Les moirures obtenues par la frappe de cet acier lui donnèrent le nom d’acier « damassé ». 

Arme contondante, la masse, à la tête en fer forgée d’un seul tenant avec le manche ou à la tête montée sur une hampe en bois, fut développée principalement entre les Xe et XIIIe siècles et connut une fonction plus cérémonielle à l’époque ottomane.

En ce qui concerne les armes de trait, l’arc composite court, d’origine parthe, fut utilisé par le cavalier musulman à partir du VIIIe siècle. Il était formé de corne, de bois et de tendons assemblés avec de la colle et ses cordes étaient souvent en soie. L’arbalète, projetant mécaniquement un carreau calé sur un fût, possédait une plus grande force de frappe pour une cadence de tir faible. Mentionnée chez les Perses dès le IXe siècle, elle se diffusa ensuite en terre d’Islam. Il faut distinguer l’arbalète à main, l’arbalète à pied ou à tour, et l’arbalète légère réservée aux cavaliers. Une version collective, composée d’une ou de plusieurs grandes arbalètes superposées, aurait projeté de lourds carreaux en métal aux XIIe et XIIIe siècles.

Boulets de catapulte

                                                                                 Boulets de Catapulte (Jordanie)
                                          
Arme collective par excellence, la machine de tir à système de balancier, originaire de Chine, fit son apparition en Arabie dès l’époque omeyyade. Les modèles les plus évolués utilisés par les armées musulmanes aux XIIe et XIIIe siècles furent les grands trébuchets, avec un balancier à contrepoids mobile : ils pouvaient lancer un boulet d’une centaine de kilogrammes jusqu’à une distance de 200 mètres, avec une cadence faible de deux tirs par heure.Complément indispensable de ces armes variées, le feu grégeois est un mélange liquide ou pâteux d’origine byzantine, constitué de poix, de soufre, de suif, de salpêtre et de naphte dans des proportions variables, et qui a le double avantage d’être très inflammable, même au contact de l’eau, et inextinguible. Il fut fréquemment employé dès le début de l’Islam, à la surface de l’eau ou du sol pour la défense des ports, des côtes ou des routes, dans des tubes de métal fixes ou portatifs, ou dans des récipients en terre cuite projetés lors des batailles ou des sièges.

Évolutions ultimes des armes médiévales, les premières armes à feu portatives, ancêtres des arquebuses ne semblent avoir été utilisées en Orient qu’à partir du milieu du XIVe siècle, à la même époque que les canons, même si la poudre à canon, originaire de Chine, était connue des musulmans avant le milieu du XIIIe siècle.

En ce qui concerne l’armement défensif corporel, la cotte de mailles était la plus fréquemment portée, parfois sous une armure de plates en métal, en corne ou en cuir assemblées par des courroies et fixées à une doublure en tissu. Au XIVe siècle, cotte de mailles et armure de plates fusionnèrent en une cuirasse à laquelle pouvaient être ajoutées des protections en métal pour les jambes et les bras. Pour la défense de la tête, le casque, dont les modèles conservés en terre d’Islam ne remontent pas avant le IXe siècle, se présentait sous la forme d’une feuille de fer hémisphérique ou de plusieurs feuilles de cuir superposées, parfois renforcées intérieurement de plaques de bois ou de métal. Nasal, couvre-nuque et protège-oreilles en améliorèrent les qualités défensives à partir du XIIe siècle. Il évolua vers le casque-turban sous les Mamluks, objet de prestige orné de décorations et d’inscriptions.

Améliorant l’efficacité de l’armure, le bouclier était généralement circulaire, façonné en bois ou en cuir bouilli puis recouvert de cuir, parfois conçu en métal. De section convexe, il pouvait être renforcé d’un umbo en métal et était surtout utilisé par les cavaliers. Une variante allongée et à l’extrémité inférieure en pointe, d’origine byzantine et latine, était employée par les piétons. Avec l’essor de l’artillerie à feu au XVe siècle, le bouclier devint un objet de prestige, façonné par exemple en acier damassé avec des incrustations d’or fin, ou en peau de girafe, de rhinocéros comme en Haute-Égypte.


                                                                           
                                                                             Siège de Vienne (1529)
                                                                              Siège de Vienne par les Ottomans (1529) 

Cadres d’expérimentations à grande échelle de ces armements offensifs et défensifs des armées musulmanes en Méditerranée, les batailles et les sièges sont abondamment décrits et illustrés dans les manuscrits arabes et latins.

La tactique des armées médiévales lors des batailles nous est ainsi connue par les traités arabes d’art militaire rédigés aux XIIe et XIIIe siècles, comme celle de l’armée de Saladin avec l’installation des troupes dos au soleil, sous les étendards et au son des timbales et des trompettes ; la disposition en deux ailes centrales des piétons, archers, arbalétriers, lanceurs de javelots et piquiers, précédant la cavalerie ; le déploiement latéral des deux ailes, débordées par la cavalerie, afin d’encercler l’ennemi. L’archerie montée jouait un rôle essentiel avec la technique de l’alternance rapide entre assaut et repli : elle fut développée dès le début du VIIIe siècle avec la généralisation de l’arc, la récupération de l’étrier observé en Transoxiane et la présence de tribus turques nomades dans les armées omeyyades et abbassides.

Les techniques de siège constituèrent le joyau de l’art militaire des musulmans, inspirées de la poliorcétique byzantine. Les sièges des villes ou des châteaux, en particulier pour les armées des XIIe et XIIIe siècles étaient divisés en plusieurs étapes : l’installation des assaillants dans une zone dominant le site ; le blocus et la coupure de l’approvisionnement en denrées et en eau ; le bombardement intensif par les machines de tir ; le creusement de galeries sous les fondations des fortifications par des mineurs-sapeurs. Une fois les murailles effondrées sous l’effet des sapes, l’assaut débutait avec les piétons couverts par les archers et équipés d’échelles, de grappins, de béliers, de tours mobiles, jusqu’à la reddition des assiégés ou la retraite des assaillants. Source: Qantara



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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 14:24

  Née de la fragmentation du territoire andalou à la fin de la période almohade, dans un contexte de reconquête chrétienne, la dynastie nasride est fondée en 1232 par Muhammad ibn Yûsuf ibn Nasr ibn al-Ahmar, un chef militaire originaire de la région de Jaén. Dès 1237, il installe sa capitale à Grenade, et organise les défenses d'un territoire modeste englobant les villes de Málaga et d’Almería.

                                                                    .

 Les premiers émirs nasrides s'emploient à consolider leur position face aux Castillans, dont ils sont obligés malgré tout de reconnaître la suzeraineté et à qui ils doivent fournir tribut et contingent armé occasionnel. Ils réussissent néanmoins à tirer parti de la division entre les Castillans et les Catalo-Aragonais et s'allient par intermittence aux Abd al-Wadides de Tlemcen et surtout aux Marinides du Maroc, qui attaquent à plusieurs reprises les positions castillanes entre la fin du XIIIe et la premièremoitié du XIVe siècle. Les émirs grenadins remportent notamment une importante victoire, dite de la Vega de Grenade, en 1319, avec l'aide de contingents marocains, au cours de laquelle périssent deux infants de Castille. Cette période faste fut également marquée par la reprise d'Algésiras et de Gibraltar. Le règne de Muhammad V (1354-1391), qui profite d’une longue paix suite à l'affaiblissement du royaume castillan et à celui des sultans Marinides, constitue l'apogée politique et culturel de la dynastie.

L'émirat nasride est riche d'une population importante, par l'afflux de musulmans fuyant la Reconquête et l'ensemble des terres disponibles est exploité de manière intensive. Si le déficit en blé contraint à des importations d’Afrique du Nord, le royaume de Grenade exporte abondamment ses fruits secs et le sucre, ainsi que des soieries. Les Gênois, partenaires commerciaux privilégiés, sont très présents dans les ports de Málaga et d’Almería.

 

                                                               Blason Nasride avec leur devise:" Il n'y a de vainqueur que Dieu"

Sur le plan intellectuel, scientifique et littéraire, un certain conservatisme est de mise. Une stricte orthodoxie malikite s'impose, qui combat les tendances soufies mystiques qui s'étaient développées au XIIIe siècle, autour de Murcie. La figure intellectuelle dominante est sans conteste Ibn al-Khatîb, secrétaire puis vizir sous Muhammad V, avant d'être contraint à l'exil au Maroc et finalement exécuté en 1375. Son œuvre encyclopédique aborde aussi bien les sciences religieuses, la médecine que la philosophie, la poésie et l'histoire. Un de ses élèves, Ibn Zamrak (m. 1394), qui lui succède au vizirat, entame le chant du cygne de la poésie andalouse. Ses compositions ornant les murs de l'Alhambra lui ont assuré gloire et postérité.

La résidence palatiale de l'Alhambra, bâtie sur un promontoire rocheux dominant la ville de Grenade dès la fondation de la dynastie, fut modifiée et embellie au cours des siècles. Ceinte par d'imposantes murailles ponctuées de tours, elle se décompose en quartiers militaires, administratifs et différents pavillons princiers, dont les volumes simples, ajourés de portiques, sont dispersés au milieu de jardins et de pièces d’eau aux connotations clairement paradisiaques. Les règnes fastueux de Yûsuf Ier (1333-1354) et de Muhammad V ont marqué le site d'une forte empreinte, avec la construction des fameux patio de Comares et palais des Lions, ainsi que les extraordinaires salles à coupole dites des Deux-Sœurs et des Abencérages. Mêlant avec une virtuosité éblouissante les panneaux de céramique, les stucs sculptés et les boiseries, les intérieurs de l'Alhambra portent à un extrême raffinement une grammaire décorative que l'on retrouve au Maghreb, à partir de la fin du XIIIe siècle, dans les grandes réalisations des Abd al-Wadides à Tlemcen ou des Marinides à Fès et Marrakech. Une même parenté maghrébine se retrouve dans la mise en page et l'enluminure des manuscrits coraniques, privilégiant un format plutôt carré, l'emploi prolongé du parchemin et des frontispices à décor géométrique caractéristiques.


                                                                      


Les motifs végétaux, calligraphiques ou géométriques des stucs de l'Alhambra se trouvent transposés sur des tentures de soie façonnées, aux couleurs éclatantes où prédominent le rouge et le jaune. Sur l'une d'elles, conservée au musée de Cleveland, se déploie la devise nasride « Lâ ghâlib ilâ Allâh » ( « Il n’y a de vainqueur que Dieu »), présente sur de nombreux objets et décors, et qui prend souvent la forme d’un blason, sans doute sous influence chrétienne. Ces textiles de grand luxe étaient importés dans les cours princières européennes – parfois sous la forme de tributs. Leur fabrication a continué après la chute du royaume de Grenade. Cette continuité entre la période musulmane et la domination chrétienne s'illustre aussi à travers la production des céramiques à décor de lustre métallique. Celle-ci semble débuter en al-Andalus aux alentours du XIIe siècle et connaît un bel épanouissement à l'époque nasride. Málaga s'affirme alors comme un centre de production extrêmement dynamique, dont les pièces s'exportent aussi bien en Europe qu'en Orient, comme l’attestent des fragments trouvés au Caire, à Alexandrie mais aussi en Syrie, à Istanbul ou encore à Beaucaire, dans le sud de la France. Parmi ses réalisations les plus spectaculaires figurent les fameux vases monumentaux dits « de l’Alhambra », aux anses en forme d'ailes, dont certains ont été retrouvés sur le site palatial même. La fabrication de céramiques à décor de lustre métallique se prolonge bien au-delà de la chute de l’émirat de Grenade, avec la production dite « hispano-mauresque », issue des centres de Valence, Paterne et Manisès.

Enfin, le travail d'orfèvrerie atteste lui aussi du raffinement de la cour nasride : des poignées d'épée, des ornements de ceinture, des éléments de colliers utilisent avec virtuosité l'or filigrané, souvent associé à l'émail, témoignage là encore d'échanges avec les royaumes chrétiens.

 

  La cour des Lions dans l'Alhambra

Alors que les productions artistiques semblent se maintenir au cours du XVe siècle, la situation politique devient de plus en plus préoccupante et l’instabilité politique grandit, du fait des luttes internes à la famille nasride, auxquelles s’ajoutent les intrigues du puissant clan des Banû Sarraj (Abencérages). Le dernier siècle nasride se débat entre convulsions successives, courtes périodes de répit et derniers soubresauts, tandis que l’étau chrétien, fort de l’alliance castillo-aragonnaise réalisée en 1479, se resserre inéluctablement jusqu’à la reddition de Grenade, signée par Boabdil le 2 janvier 1492, signant la fin de toute domination musulmane en al-Andalus. source: Qantara med

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17 juillet 2009 5 17 /07 /juillet /2009 17:21



Bagdad est une ville habitée par moins de 5 millions de Bagdadis. Cette capitale d'Irak est traversée par le Tigre, et il faut savoir que du perse "bagh", qui veut dire "jardins" et "dad" que l'on peut traduire par "donner", Bagdad veut dire en fait "jardins donnés" (par dieu bien sûr.)

Bagdad a été fondée au VIIème siècle, sur les deux rives du Tigre, par le deuxième calife abbasside al Mansour. Celui-ci la baptise Madina al salam, à savoir "ville de la Paix", et il s'y installe en 763. Très vite, la capitale connaît un grand essor et devient la métropole économique, intellectuelle et artistique du monde musulman. Exaltée par les poètes, qui l'appellent "le paradis sur terre", la ville constitue une véritable merveille avec des somptueux palais et ses magnifiques jardins. Sa splendeur et ses activités, Bagdad les conservent même pendant la période de Samara de 836 à 842, capitale fondée par al-Mu'tasim pour son armée turque.

La ville développe peu à peu des activités commerciales, notamment des cotonnades et soieries, qui restent florissantes, de mêmes que les manufactures de cuir et de papier, ainsi que la construction des cristaux, des foulards et des tabliers. Ces activités, ajoutées à l'existence d'une armée et à la pratique de l'esclavage, expliquent d'une part, l'explosion démographique de Bagdad, qui atteint déjà 1 million d'habitants au Xème siècle; et d'autre part la diversité ethnique et religieuse de sa population. Cependant au début du XIème siècle, la capitale commence à décliner, la division de sa population entre musulmans chiites et musulmans sunnites, engendre des conflits, auquelle s'ajoute la naissance de mouvements contre les riches, qui terrorisent la bourgeoisie de Bagdad. Et comme si cela ne suffisait pas, les Ayyaruns, qui dirigent la ville, lèvent les taxes sur les marchés, pillent les boutiques, et s'installe alors un véritable climat d'insécurité. Des incendies et des inondations viennent s'ajouter à ces troubles qui provoquent d'énormes dégâts.

On retiendra dans l’Histoire de Bagdad, la journée du 10 février 1258, durant laquelle les Mongols ont donné le "coup de grâce" à cette ville. Alors, ne pensez pas que le "coup de grâce" a une connotation majestueuse, au contraire, il s’agit d’un massacre de plus de 100 000 habitants, des quartiers entiers sont détruits et la ville reste à la merci des pillages, si bien qu’au XIIIème siècle, les géographes parlent de Bagdad comme d’une ville en ruine.

A partir de 1410, Bagdad passe sous la domination turque, et ne se relève toujours pas de son déclin, et dès 1508, les Persans l’enlèvent aux Turcs, ces derniers qui la récupèrent en 1534, font de cette ville un chef lieu. Au XVIème siècle, la capitale irakienne paraît retrouver une partie de sa prospérité, elle devient un centre commercial important pour les Perses, l’Arabie et la Turquie. En 1623, la ville est de nouveau occupée par les Persans, mais les Turcs, sous le commandement du sultan Murad IV, la reprennent en 1638. Ainsi, et cela jusqu’à la Première Guerre Mondiale, Bagdad est gouvernée tant bien que mal par les Ottomans. En 1917, les Anglais s’en empare et en 1930, Bagdad devient la capitale d’un pays indépendant, l’Irak.

La ville désormais meurtrie depuis l’occupation américaine, par une guerre fratricide, se divise par de nombreux quartiers qui sont très contrastés. Le centre historique de Bagdad reste le fief des souks et bazars, que fréquentent avec joie les Bagdadis, un quartier qui est aussi au cœur des bâtiments administratifs, commerciaux ou bancaires. Au delà, vivent les plus aisés, au-delà en fait des risques d’innondations du Tigre, ici se concentrent surtout les chrétiens au sud et au sud-est. C’est dans cette même zone que se trouvent les ambassades. source:villesdumonde

Un lien audio très intéressant sur Bagdad des jeudis de l'IMA:
cliquez ici!



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